Abraham dans son histoire et dans l’Histoire

Quelques considérations sur l’histoire d’Abraham dans l’Histoire

Abraham, Moïse, Guillaume Tell, La Mère Royaume sont tous des personnages emblématiques pour raconter une « Histoire » afin de donner une cohérence à un groupe, une tribu, un peuple une nation, une idéologie. Qu’ils aient existé ou pas n’a pas d’importance. Ce qui en a c’est le moment qui a rendu nécessaire leur histoire.

Jusque vers les années 1970, les archéologues et historiens parcouraient le Moyen Orient la Bible à la main pour repérer sur le terrain les « preuves » de l’histoire du Peuple Elu.

Les bibles nous racontaient que les Patriarches Abraham s’étaient mis en routes vers 1900-2000 avant JC, Moïse vers -1500, David et Salomon auraient règné vers -1000…

Traditionnellement, Abraham était un nomade Araméen suivant le Croissant Fertile de Ur en Chaldée vers une « terre Promise » en passant par Harran, territoire des Akkadiens…En venant s’établir en Palestine, avec ses dromadaires et ses moutons, il rencontre les Cananéens dont il conquiert les villes -quand il ne s’allie pas avec- et les Philistins de la côte méditerranéenne. Il pousse jusqu’en Égypte où il est finalement assez bien reçu par Pharaon à qui ll présente sa femme comme sa soeur … nul n’est parfait, même un patriarche.

L’archéologie scientifique ouvre de nouvelles perspectives

Des archéologues juifs comme Israël Finkelstein et Niel Asher Silberman, aussi laïcs que pénétrés des traditions du judaïsme, vont étudier le terrain et faire des fouilles en laissant leurs bibles dans leurs bibliothèques.

Depuis les années 1970, les archéologues et historiens vont faire usage de la datation au Carbone 14 en particulier. Cela va permettre de dater les couches stratigraphiques des terrains de fouilles, et remettre en cause tout ce qu’on avait cru évident dans la chronologie biblique. Ils pourront alors expliquer pourquoi et comment se sont élaborés les principaux textes du premier Testament, la Torah de la tradition juive.

La première interrogation est déjà assez ancienne : Jéricho a été détruite au milieu du 3e millénaire, donc bien avant la conquête de Josué attribuée au milieu du 2e ! Le miracle avait donc été une manière de légitimation de la conquête qui ne faisait de tort à personne…

Le site de Meguiddo traditionnellement construit par Salomon, se révèle une citadelle Égyptienne bien plus ancienne que l’époque attribuée à Salomon.

Et Abraham, ses caravanes de dromadaires … un rêve ?: Le dromadaire n’a été domestiqué et utilisé dans la région que vers l’an -1000, encore raté !

Les combats avec les Philistins ont bien eu lieu mais surtout entre les cités cananéennes de la côte et ces envahisseurs Égéens et plus sporadiquement avec les habitants des hautes terres, trop contents d’avoir des débouchés pour leurs produis agricoles.

Et quand on a découvert que la majorité des cité mentionnées dans le récit d’Abraham n’existaient pas à l’époque qui lui était attribuée. La plupart d’entre elles ne faisaient même pas partie des nomenclatures de l’époque de Moïse et Josué. Les questions se sont faites plus précises : Qu’en est-il du Royaume de David et de Salomon, ce dernier avec les 1000 concubines de son harem (logées sur le « mont du Scandale » d’aujourd’hui ¨) ?

A l’époque il n’y avait pas 1000 habitants à Jérusalem, donc le harem…David s’avère plus un chef de bande pillard et allié avec les plus offrants, qu’un grand roi poète – même la Bible le raconte. « La sagesse de Salomon » est une tradition poétique en référence à un ancêtre devenu célèbre :  « On ne prête qu’aux riches ».

Le grand royaume et les excès des souverains dont on se souvient, c’est celui des Omrides en Samarie, avec, en effet, luxe et voluptés…

Les villes de la région sont citées, mais ce sont celles qui existent vers l’an -500 et qui sont connues à l’époque de la rédaction du « Livre du Commencement », et toutes sont sous le contrôle de Babylonne ou de l’Égypte…puis des Perses.

Le grand Royaume d’Israel englobant la Galilée, la Judée Samarie jusqu’au Neguev est une création rendue nécessaire pour garder le contact et l’espoir d’une restauration d’un « grand Israël » (tiens-tiens,à l’époque déjà!) Les diverses tribus/familles coexistaient relativement de manière homogène à l’époque du 2e millénaire, mais de là à en faire « un Royaume », il faudra une sérieuse intervention divine, en particulier chez les rédacteurs des livres de la Torah…

Moïse, lui même, a qui et attribué la rédaction des livres, y compris le récit de sa mort au Mt Nébo, a bénéficié de la légende du Roi Sargon d’Akkad (2334-2279 av. J.-C) né d’une princesse et abandonné aux flots du fleuve dans un panier d’osier « enduit de bitume à l’intérieur », un produit plutôt recherché, même de nos jours, et absent de la vallée du Nil… mais le récit du peuple fuyant l’Egypte et se rassemblant sur une « terre promise » permet de légitimer le droit à l’indépendance et à l’existence de villages, de styles de vie différents, dans une même région. Ils sont inspirés par des règles de vie données par Dieu, le Code d’Hamourabi et quelques considérations permettant une coexistence pacifique entre les personnes, les familles et la société, rien que du divin !

La géographie et l’histoire des « voisins » éclairent l’HISTOIRE

Pour comprendre Il faut regarder la carte de la région entre le Sud de la Turquie actuelle jusqu’en Égypte, et du rivage de la Méditerranée jusqu’en Irak.

Entre les sources du Jourdain au Nord de la Mer de Gallilée/Tibériade, jusqu’au désert du Néguev et le Golfe d’Aquaba, le Jourdain et la Méditerranée cette bande de terre est relativement montagneuse, avec une plaine côtière fertile, et à la hauteur de la Galilée une vallée vers un plateau vallonné et bien irrigué.

Ces territoires ont été occupés de tout temps par des groupes humains regroupés en « Tribus », on dirait plutôt « familles » aujourd’hui, comme on parle des Zuffrey de Vissoie, des Curchod de Dommartin, etc.

Les villages/cités au début du 2e millénaire n’étaient pas nombreux, peuplés de quelques dizaines d’individus, voir une centaines, très rarement un millier.

Chaque tribu avait son ancêtre tutélaire, avec son histoire, racontée lors de festivités annuelles, avec ses hauts faits et ses déboires, ses divinités préférées, et ses liturgies propices à son économie et à ses relations de voisinage.

Jusqu’au 1er millénaire, ces zones ont varié en nombre de sites habités et en nombre d’habitants, selon les restes qu’ils ont laissés. Aujourd’hui encore on ne sait pas pourquoi certaines régions ont été momentanément abandonnées, et d’autres réinvesties, sinon à cause d’événement climatiques, sanitaires ou l’invasion de puissances étrangères.

Toutes ces populations avaient des us et coutumes très proches et sont ce que nous pouvons définir comme des « cananéens ». On distingue cependant dans les fouilles que certains villages sont mangeurs de porc, et pas d’autres…mais il n’y a pas de zones homogènes. Les interdits « religieux » sont apparus pour se démarquer des voisins : ce sont les « Kasher » qui vont « faire l’Histoire avec leurs histoires ».

Nous savons que la Galilée a été de tout temps une zone agricole fertile, avec une production importante d’huile d’olive dont les jarres se retrouvent très tôt dans l’antiquité tout autour de la méditerranée et jusqu’au Golfe Persique.

La région est sous la domination des Akkadiens d’abord, qui descendent du Nord le long de la côte au 3e millénaire, puis succèdent les Egyptiens qui remontent du Sud. Ils repoussent les Akkadiens et construisent quelques forteresses comme Meguiddo, pour contrôler le territoire au 2e millénaire. Les zones convoitées rapportaient le plus économiquement et stratégiquement : La côte avec les cités de Tyr et Sidon, et les accès aux productions agricoles exportables de Galilée

Dès le début du 1er millénaire les tribus situées en Galilée et plus au Nord s’associent pour résister aux dominants et former un « royaume » d’abord celui de Manassé, puis d’ «Isra!el » qui a culminé avec la dynastie des Omrides qui négociaient avec l’Êgypte, l’Assyrie, les Hittites etc.

Afin de favoriser les échanges économiques, il était bon de permettre aux commerçants d’honorer leurs divinités : ainsi à Sichem et sur le Mont Garizim les divinités « étrangères voisinaient avec « EL ShaddaÏ » le Dieu Puissant vénéré par exemple à Bethel=Maison de Dieu.

Les sages de Jérusalem 2 siècles plus tard expliqueront que c’était « une abomination » et la raison de la victoire des Assyriens qui occupent le Royaume de Samarie-Israël en -721.

C’est le Premier « exil » de quelques élites emmenées en captivité du côté de Ninive… où se développe une culture et une forme de religiosité composite qui resurgira plus tard.

Les réfractaires fidèles à « la tradition de Jacob » vont se réfugier au Sud des territoires contrôlés par l’Assyrie. Ils rejoignent le « Royaume de Juda », composé des tribus des collines plus arides et moins peuplées de la région. Ils vivaient d’élevage et leur « centre » était Hébron, une ville très ancienne dont la figure tutélaire était « Abraham ».

Les caravanes d’ânes venues d’Arabie, d’Egypte, de la côte, se croisaient à Hébron, et ces itinérants avaient également des besoins « cultuels ». Donc « les Sages », les conteurs qui animaient les fêtes religieuses, ont raconté des histoires de familles d’alliances, de descendances. Sans oublier de citer la consécration de lieux sacrés connus des voyageurs.

Avec l’apparition d’un personnage plus charismatique et fédérateur, David (?), et la prise de la ville du Salem des Jébusiens, au plus haut de la région, la capitale du Royaume de Juda devient « Jérusalem ». Un espace qui est située au sud de l’esplanade du Temple et du mur des Lamentations sous le nom de « Cité de David ». C’était une petite bourgade peuplée de moins de 500 habitants, située à proximité d’un lieu saint particulièrement important ; Le Mont Morija. Un lieu sacrificiel de YHWH, la divinité la plus connue dans le Royaume du Sud. Et plus important encore lieu de « la ligature d’Isaac » demandé à Abraham en sacrifice par Dieu

Le développement urbain de la cité, conséquence des razzias et des alliances des rois David et Salomon et la construction d’un temple pour accueillir l’Arche itinérante qui contenait les Tables de la Loi, la charte de survie des nomades, comme le renforcement des alliances entre Juda et l’Égypte vont conduire Nabuchodonosor a prendre la ville et le royaume en -587.

Dans la 1ere moitié du 1er millénaire avant JC Il fallait contrôler la pression des « Philistins – peuples de la mer », des pirates de la Mer Eggée, qui ont commencé à envahir le delta du Nil dès -1200 et à remonter le long de la côte, pour prendre Gaza, Ashkelon, Jaffa, et remonter du côté de Tyr et Sidon.

« Le Clergé de Jérusalem » et les prophètes conteurs des tribus de la région se trouvent dans une position délicate : Le contrôle des populations leur échappe à cause de « l’infidélité » des tribus associées autrefois dans les Royaume de Samarie et de Juda, la « puissance étrangère » impose ses divinités et ses styles de célébrations.

Dans un temps relativement bref, la pression religieuse étrangère sur le Temple diminue et il devient urgent de reconstituer une élite locale et nationale pour sauvegarder les rituels et un mode de vie original.

Sans internet et Wikipedia, les scribes vont rassembler les traditions éparses des conteurs religieux pour « synchroniser » une « Histoire des Origines » qui « explique » la situation actuelle. Ils démontrent que le passé glorieux justifie les revendications politiques, religieuses et culturelles des populations locales.

Abraham le patriarche d’Hébron, va être le Père de deux peuples, « Cananéens » et « hébreux » qui voisinent au 5e siècle avant. JC. (Ismael et Isaac) L’ancêtre devait venir d’un centre culturel et spirituel réputé – par l’occupation des Babyloniens, donc d’Ur en Chaldée où certainement peu de gens de la région sont allés.- Il passera par Harran, en souvenir de l’occupation des Assyriens, car c’était selon une vieille tradition un haut lieu culturel et cultuel… « Il n’est de bon bec que de Paris » dit le dicton pour justifier le talent des écrivains du 19e siècle.

Le cycle de Jacob expliquera la descendance d’Abraham, les zones de peuplement entre lui et Esaü, de part et d’autre du Jourdain, et les zones d’affrontement : Le Jabbok.

Il faudra raconter les relations difficiles avec l’Egypte et les populations migrantes entre le Delta du Nil, la ville de Goshen, et le Sinaî, qui s’allient aux héritiers les plus utiles aux deux royaumes.

Les mêmes causes. ont les mêmes effets

L’espoir de la restauration d’un Grand Israël entre l’Égypte ptoléméenne et la Macédoine d’Alexandre le Grand, comme aujourd’hui entre l’Égypte, la Syrie le Liban et la Jordanie justifie la crédibilité nécessaire des textes bibliques…

Les archéologues cités plus haut vivent actuellement en Israël sous protection policière, leurs têtes sont mises à prix par les colons fondamentalistes et la droite Israélienne les dénigre avec force documents soi-disant scientifiques.

Sans parler des chrétiens fondamentalistes pour qui la création du monde par Dieu a eu lieu en -4000 point barre.

Conclusions :

Les textes, les récits de relations humaines des patriarches, des rois et des prophètes ont leurs pertinences littéraires et sont de « vraies histoires ». Les questions de familles abordées dans la saga d’Abraham sont de véritables questions pour l’époque et pour la notre (GPA – Familles recomposées – Constellations familiales – fidélités sociales et conjugales). C’est l’aspect le plus extraordinaire de ces textes qui bien que multi millénaires sont toujours d’une actualité brûlante, quand cela me touche personnellement dans la vie quotidienne.

La Bible, c’est Génial !

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