Pourquoi raconter les récits de la Résurrection ?

Jésus entre la crucifixion et Pentecôte

Propositions de réflexions autour de l’expérience humaine des lecteurs et auditeurs du 21e siècle.

Pour l’équipe théologique de préparation du Camp Biblique Oecuménique de Vaumarcus 2020

Si nous pouvons comprendre le sentiment des amis de Jésus de Nazareth après sa mort, lorsqu’ils se retrouvent dans le projet commun d’annonce du « Royaume de Dieu ». Il s’agit bien d’une incitation à changer le mode de perception des Dix Paroles pour les faire passer des « commandements à ne pas transgresser », à un encouragement à aimer Dieu, et donc son prochain, avec imagination, pour se libérer des culpabilités et des infirmités mortifères. (Voir mon article Jésus, après la mise au tombeau.)

Je rappellerai à cette occasion la phrase de Marshall McLuhan1 « Le medium est le message » ce qui se démontre à l’évidence dans notre pratique de la Bible comme vecteur de la « Bonne Nouvelle ». Mais là il faut bien distinguer le texte (medium) de son support (Le livre papier ou électronique) . Le texte est vecteur du « message » : il comporte aussi bien les paraboles, les récits apologétiques2, les souvenirs, et les interprétations des sentiments éprouvés par les rédacteurs. Le texte ne peut dans ce cas pas être LE message, puisque, les prédicateurs de toutes les époques l’ont bien exprimé, le message peut aussi bien devenir pertinent à travers d’autres citations, textes, anecdotes et récits biographiques. Il ne faut pas oublier non plus qu’au début de la diffusion des récits que nous trouvons dans les évangiles et le livre des actes, il n’y avait pas de support écrit, mais une transmission orale.

Il n’en reste pas moins, ou plus, que la présence de ces récits dans le second testament doit répondre à une nécessité que je voudrai essayer de recadrer dans le contexte de l’époque et des pratiques de communication que nous connaissons aujourd’hui

Les auteurs du Livre des Actes, des épîtres, mais de tout le Second Testament en fait, sont confrontés à la nécessité de « faire passer » le message de manière plus « contrôlée » pour évter les dérives. Ils sont dans une situation culturelle où toutes sortes d’histoires, de légendes, de mythologies traversent le monde gréco-romain et oriental. Les philosophes proposent des conception du monde et des relations humaines qui visent à organiser la société en fonction des nécessités politiques et sociales dont ils sont proches : Une organisation pyramidale dont l’empereur, voir Dieu, est au sommet, ou horizontale dont le « peuple » est souverain, si tous les citoyens sont égaux (plus ou moins) et rassemblés dans un consensus délibératif.3

Comme le Live des Actes nous le présente4 dans le cas de Paul : dire que « Jésus est ressuscité » n’entre pas dans les catégories intellectuelles des philosophes d’Athènes.

Mais les philosophes ne sont pas les « clients » privilégiés des disciples de Jésus de Nazareth, ceux qui sont visés sont ceux qui souffrent de leur situation présente, ou qui sont responsables de la vie de leurs contemporains, et accessoirement de leur propre vie.

  1. La validation du « porteur de la bonne Nouvelle »

Le premier testament nous a abondamment expliqué que les Juges, les Prophètes, les Rois ont été adoubés5 par une autorité précédente sur l’injonction de la divinité, ou de l’oracle, ou de la nécessité de la situation6

Les récits des « Aventures de Jésus de Nazareth » sont largement répandus dans le judéo-christianisme qui se constitue dès le rétablissement des relations entre les témoins de la vie de Jésus, après le choc de sa mort peu glorieuse aux yeux du monde.

Nous sommes aussi à une époque ou fleurit ce que nous appellerions aujourd’hui le « story telling » : « conter des histoires » car les personnes capables de lire sont rares, et les écrits le sont encore plus. La transmission des faits et gestes de Jésus et de ses amis se fait essentiellement oralement, et ce sera le cas jusqu’à l’invention de l’imprimerie, sauf pour les érudits qui ont accès aux bibliothèques, essentiellement dans les monastères. Donc c’est le « discours qiu est le message » pour reprendre l’idée de McLuhan.

Jésus qui se présentait comme un « fils de l’homme » soit un humain ordinaire, va recevoir le titre de « Fils de l’Homme » comme attribut divin. Le récit de son baptême va être souligné par une parole céleste : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le »7 et la « confession de Pierre »8 qui sera le « premier Pape » (?) le précisera quand Jésus lui dira que c’est sur cette « pierre » qu’il bâtira son église9.

D’où sortait-t-il, celui qui avait grandi à Nazareth, fils de Marie et de Joseph le charpentier ? Contesté se son vivant, mais né d’un miracle conceptuel, facilement compréhensible par les auditeurs du récit de sa naissance. Comme tous les êtres divins connus, il est nés de la conjugalité de (d’un) Dieu avec une vierge très humaine, qui devient « sainte » par l’action du Saint-Esprit : une évidence incontrôlable 40 ou 50 ans plus tard.

Ce qui est vraisemblable, dans l’éducation et l’évolution d’un jeune juif sera naturellement aussi le parcours de Jésus de Nazareth reconstitué lorsqu’il est devenu un « people » à l’époque. J’utilise intentionnellement ce terme car il traduit précisément la nécessité pour une personne connue pour son franc parler et son discours disruptif, d’avoir quelque chose de commun, ou en tout cas de compréhensible par ses auditeurs.

Qu’avons nous besoin de savoir quelle fut l’enfance de Roger Federer ou de Martina Navratilova pour admirer ou critiquer leurs manières de jouer ou de renvoyer la balle ?

Pourtant, ils se font aimer et admirer quand on en sait un peu plus sur leurs parents, l’école qu’ils ont fréquentée, et leurs premiers coachs qui ont fait d’eux ce qu’ils sont devenus. La curiosité des auditeurs est une constante « historique » !

Eugène Drewermann  a publié en 1992 un ouvrage important sur la nativité de Jésus qui est la meilleure introduction à sa méthode pour interpréter, avec la « psychologie des profondeurs », les grands textes et problèmes religieux. Pour accéder de façon neuve à la naissance et à l’enfance de Jésus racontées dans l’évangile de Luc, il les relie à l’héritage des mythes égyptiens et grecs qui racontent la naissance divine d’un homme (Pharaon) ou la naissance humaine d’un sauveur divin (Asclepios, le dieu grec de la médecine). Drewermann estime que là, plus que dans l’Ancien Testament, il faut chercher la source et le sens de ces récits, du merveilleux qui les entoure. En réintériorisant les symboles et les mythes de la naissance de l’homme-Dieu, les  » archétypes  » universels des naissances extraordinaires, l’homme ordinaire peut redevenir lui-même et réconcilier en lui-même la raison et le sentiment, le conscient et l’inconscient, l’enfant qu’il demeure dans l’adulte qu’il est devenu, le divin et l’humain qui sont présents en tout fils de Dieu.10

  1. L’importance de la « Pensée Magique »11

C’est une forme de pensée qui s’attribue la puissance de provoquer l’accomplissement de désirs, l’empêchement d’événements ou la résolution de problèmes sans intervention matérielle. C’est aussi une forme d’expression prisée par les hommes politiques12 et les chefs religieux toutes tendances confondues et de tous les temps.

La pensée magique illustre une réalité comme support d’un projet ou d’une politique, d’une société idéale en dehors des contingences terrestres.

C’est le mode d’expression favori de la presse people, GALA, PARIS-MATCH, Point de Vues-Images du Monde vous font rêver de princesses, d’actrices et d’acteurs à qui vous souhaitez ressembler et qui vous poussent à croire que c’est donc possible : La Télé-réalité est votre référence, la religiosité est l’offre historiquement la plus ancienne .

Si l’abus de « la pensée magique » est critiquable voir condamnable quand elle devient escroquerie, elle n’en reste pas moins indispensable en publicité. En rhétorique elle sert pour faire découvrir un processus intellectuel qui vous permettra d’évoluer dans votre approche du monde, de la société ou de votre avenir. Car c’est en passant au tamis de la critique votre mode de pensée que vous déterminerez ce qui ressort de la « Pensée Magique » ou de la réalité qui est à votre portée, même idéalement.

  1. Du bon usage de la « Pensée Magique »

L’idée même de « la résurrection des morts » est une mise en œuvre de « la pensée magique » nécessaire à la communication du message, comme le souligne l’apôtre Paul dans sa lettre aux Corinthiens (15)

Bref, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru. 12 Si l’on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d’entre vous disent-ils qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?

La critique de la pensée magique est évoquée ici par Paul lui même :

13 S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité, 14 et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi votre foi. 15 Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, car nous avons porté un contre-témoignage en affirmant que Dieu a ressuscité le Christ alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. 16 Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n’est pas ressuscité. 17 Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés. 18 Dès lors, même ceux qui sont morts en Christ sont perdus. 19 Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. 20 Mais non ; Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts.

3 Ils partagent un repas avec son rituel qui leur « ouvre l’esprit ».

Les pèlerins d’Emmaüs sont un bon exemple pédagogique13 :

Il s’agit donc de prendre argument de la résurrection, et d’en donner des exemples vécus par les premiers adhérents au « Royaume de Dieu » pour que les paraboles, les récits de miracles deviennent acceptables, pour les auditeurs de toutes les époques, voir crédibles, donc utiles pour la communication du message.

  1. Ils expriment leur perplexité après les événements de la crucifixion.
  2. Ils rencontrent une personne qui éclaire la situation en expliquant « les Écritures » en fait en leur montrant que défendre un idéal est risqué.

4 Ils en concluent qu’ils ont partagé un moment / le repas eucharistique avec le « ressuscité ». Et ils vont partager la nouvelle plus loin.

Le message d’Emmaüs. C’est que, certainement, vous allez courir des risques en défendant les mêmes idées que Jésus de Nazareth, mais cela vaut la peine, puisque la vie vous permet d’essayer …

De même la 2e « pêche Miraculeuse » ou « Pique-nique au bord de l’eau »14 n’atteste pas le miracle de la résurrection, mais insiste sur la nécessité de collaborer avec tous les groupes de fidèles, malgré leurs approches différentes, puisqu’ils s’accordent au moins sur l’idée que le message (du ressuscité) reste pertinent.

  1. Ils ne l’ont pas reconnu !

L’intérêt de la lecture actuelle des récits de la résurrection, c’est qu’elle nous permet de comprendre que « la Pensée Magique » était utilisée avec ses limites à l’intérieur même du récit : Les apparitions de Jésus ressuscité le présente pratiquement toujours comme inconnu des témoins, alors qu’ils ont vécu avec lui des mois, voir des années.

Les contemporains des auteurs de notre second testament ne sont pas plus candides que nous : L’idée même de « vie après la mort » est hautement hypothétique. La résurrection des corps est un concept qui renvoie à une « autre réalité » : Le « ciel »,l’ « Au-delà », le « séjour des morts », l’ « Hadès » de la mythologie. Ce ne peut être une « réalité humainement vérifiable ». Mais c’est une référence qui est comprise dans la catégorie de « la Pensée Magique », autrement exprimée comme « Le mystère de la foi ». Et donc si vous y adhérez, vous écoutez le récit de « résurrection » (Medium) en y cherchant le sens du « message ».

Prenons par exemple le récit de l’apparition dans la « Chambre Haute, toutes portes fermées »15 précise le récit. Une situation hautement improbable d’apparition d’un hologramme pas encore inventé. Il s’agit bien cependant des interactions entre Thomas, le sceptique, et ses amis, reprenant le cours de leur « mission » dans de nouvelles conditions. Il s’agit bien de « toucher » cette nouvelle réalité : Les disciples sont maintenant « les Porteurs du Christ » en intégrant ce qui fait leur souffrance, la mort de Jésus, une blessure qu’ils portent tous, et l’espoir que tout n’est pas perdu, puisqu’ils (s)ont « le medium/message » du récit.

Dans ce cas, le merveilleux de l’apparition, ne doit pas être majoré comme l’événement extraordinaire et « pointe du texte ». C’est ce qui permet pourtant de le faire entendre par la plupart des auditeurs : Ce qu’ils proposent est ce que le « Fils de Dieu » a offert comme alternative aux règles culpabilisantes des religions en cours.

Ils sont ceux qui ont « perçu » la présence de Jésus de Nazareth dans la réalité de leur expérience,16 depuis la crucifixion… cette dernière ne relevant pas seulement de « la Pensée Magique » bien entendu. Donc ils sont légitimés dans leurs mission : La plupart d’entre -eux seront les premiers « évêques », Missionnaires « consacrés », promoteurs de ce qu’ils ont « vu ». Paul lui même s’en justifiera après sa rencontre désarçonnante avec Jésus sur le « Chemin de Damas »17.

5 Les limites de l’idée de « Résurrection » comme « Pensée Magique »

Nous avons vu plus haut que les lieux de résidence des ressuscité sont dans le meilleur des cas « de verts pâturages » , de moelleux nuages célestes, avec une sonorisation angélique. Si vous n’êtes pas conformes pour y accéder, on peut vous y aider : en vous accordant l’absolution de ce qui vous empêcherait d’y arriver. Il y a aussi des officines qui vous offriront un ticket d’entrée moyennant financement d’une institution antichambre, quand ce n’est pas en payant directement le délégué religieux autoproclamé ou élu de service, le prophète, ou le gourou chrétien ou New Age, « la Pensée Magique » a toujours un bon rendement pour ceux qui savent s’en servir …

Mais le salut est gratuit… il est bon de s’en souvenir.18

Quand un « home riche demande à Jésus ce qu’il doit faire pour avoir la « vie éternelle », alors qu’il a l’impression d’avoir fait tout ce que la religion exige, Jésus lui recommande de vendre tous ses biens et de les donner aux pauvres.19..

Encore une remarque à propos de l’encouragement a « avoir Jésus dans son cœur »,

C’est une expression largement utilisée dans les églises évangéliques et le mouvement charismatique20. Elle est le plus souvent comprise comme un gage de salut personnel. Si cela implique d’  « aimer Dieu et son prochain comme soi-même », cela n’empêche pas de considérer ceux qui n’ont pas «  Jésus dans leur cœur » comme des gens peu ou pas fréquentables, ce qui est assez loin de la « Bonne Nouvelle ». C’est un exemple de « Pensée Magique » peu encourageante pour la pédagogie, qui implique alors une forme de culpabilité pour celui qui est considéré comme ayant « le cœur comme une belle pomme à l’extérieur, mais cœur pourri à l’intérieur »21

Après, vous faites comme vous le sentez : l’important est que vous ne soyez plus inquiet, que vous soyez libre et que vous vous sentiez aimé de Dieu donc re-suscités C’est l’essentiel de la résurrection vécue « avec le ressuscité. »

Le 14 août 2019

Voir aussi : « Jésus, après la mise au tombeau »

.

Publié le 21 08 19

1Herbert Marshall McLuhan 1911-1980, canadien. Professeur de Littérature Anglaise et théoricien de la communication, il est un des fondateurs des études contemporaines sur les .médias. Exemple : l’Iphone est le média qui vous fait acheter la technologie qui vise à enrichir ses producteurs.

2L’apologétique consiste à défendre de façon cohérente une position. Le terme vient du grec apologia (ἀπολογία), qui signifie « justification, défense (contre une attaque) » en particulier en théologie. Il découle d’un parti pris dogmatique ou culturel qui vise à justifier une question de foi.

3L’aréopage à Athènes, le Sénat à Rome.

4Actes 17:16-34

5Approuver, confirmer, légitimer, officialiser.

6Samuel désigne David pour succéder à Saül défaillant.(Livre de Samuel)

7Mt 3:17, Mc 9:7 à la Transfiguration, = Mt 17:5

8Mt 16:13-20 « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » une affirmation ien plus tardive que l’événement évoqué.

9id. Mt 16:13-23. Ce qui attestera l’idée que Jésus est l’initiateur de l’Eglise …

10 De la naissance des dieux à la naissance du Christ Ed Seuil 1992
http://www.seuil.com/ouvrage/de-la-naissance-des-dieux-a-la-naissance-du-christ-eugen-drewermann/9782020331302

11 Ce type de pensée se manifeste principalement au cours de l’enfance et est, à l’âge adulte, appréhendé par la médecine comme un symptôme d’immaturité ou de déséquilibre psychologique. La pensée magique est souvent associée au mysticisme et au courant du New Age

12 Notablement Boris Johnson et le Brexit, Donald Trump et l’Amérique, Jaïre Bolsonaro et le Brésil idéal, Mélanchon et les lendemains qui chantent ou Blocher et une Suisse sans étrangers et sans Europe.

13Luc 24 :18-35.

14Jean 21:1-25

15Jean 20:26 les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d’eux et leur dit : « La paix soit avec vous. »

16 29 Jésus dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

17Actes 9:1-30

18 Romains 3.23-26 : Car il n’y a point de distinction, puisque tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu, Et qu’ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ, Que Dieu avait destiné à être une victime propitiatoire; par la foi, en son sang, afin de manifester sa justice par le pardon des péchés commis auparavant, pendant les jours de la patience de Dieu; Afin, dis-je, de faire paraître sa justice dans ce temps-ci, afin d’être reconnu juste, et comme justifiant celui qui a la foi en Jésus.

19 Mt 19 :16-26  Un homme s’approcha et dit à Jésus: «[Bon] Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?»

20 Quand Jésus dit de lui-même « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6), Il ne dit pas qu’Il indique le bon chemin, qu’Il proclame la vérité et qu’Il donne accès à la vie. Non, il faut prendre la citation au pied de la lettre : Il EST vraiment le chemin : c’est la conformité au Christ dans chacune de nos pensées et de nos actions qui doit guider notre vie. Il EST la vérité. Ce n’est pas un discours qui indique la vérité, c’est sa personne elle-même, ce qui inclut, là aussi, son attitude, ses actes et ses paroles. Et Il est Dieu Créateur, la vie elle-même. Avant la vie, un Dieu vivant était là et le sera même après la fin de l’univers. https://www.reponses-catholiques.fr/rencontrer-jesus/

21Message des responsables de l’enseignement religieux « évangéliques » invités amicalement dans la Paroisse de Lancy Sud en 1980.

Jésus, après la mise au tombeau.

Poursuivant mes interrogations sur les miracles incroyables de la Bible,

je me suis intéressé aux besoins de la communauté naissante des fidèles

de raconter leurs expériences de « résurrections »

du Rabbi de Nazareth, « qui ne pouvait pas finir comme ça. ».

.

  1. La nécessité de « la résurrection ».

Tous les biblistes s’accordent sur le fait que les récits concernant « Jésus Ressuscité » ne sont pas vraiment cohérents, ni coordonnés chronologiquement.

Il est parfois connu, ou reconnu, ou encore identifié comme tel. Jésus ressuscité sur la route de Damas se comporte comme un cogneur qui doit se présenter à Paul1, qui ne persécute pas Jésus en tant que tel, mais ceux qui lui sont fidèles

Les auteurs des « textes » qui figurent dans le 2e testament ont écrits au plus tôt 20-30 ans après les faits. Paul est le plus ancien à en parler. Les auteurs des Évangiles écrivent entre 80 et 120 ap. JC donc au mieux 50 ans après les événements dont ils relatent les circonstances. Les évangélistes ont chacun leurs objectifs et leurs publics cibles. Ils ont le souci de faire passer LE message, et non pas l’aspect miraculeux du messager, sauf que sous cet angle, et à l’époque cela aide.

Paul écrit Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. 15 Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas.

16 Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité
17 Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. 18 Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri.19 Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.

20 Mais non ; le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. 21 Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts.

(1 Cor. 15:14 ss.)

Il est évident que pour Paul, la question de « la vie après la mort » est un des premiers soucis de ses contemporains. La peur des châtiments éternels va être au cours des siècles un argument de pouvoir que Jésus de Nazareth avait pourtant essayé de contrer2. Déjà à cette époque il était évident que la mort était un moment de séparation définitif entre le connu et la croyance religieuse3.

La diversité des récits, des circonstances, des témoins exprime manifestement le besoin de rendre le message universel. Il est destinés à tous, quel que soit son statut ou son orientation sexuelle. (!)

A la fin du 1er siècle et le début du second, la séparation entre les « chrétiens » et les « juifs » n’est pas universelle. Il y a les « judéo-chrétiens » qui sont des fidèles de la Synagogue et dont nous découvrons l’existence dans les « écrits » non canoniques mis à jour par l’École Biblique de Jérusalem.

Il y a encore une constellation de croyants, qui ne sont pas des « sectes », mais des « courants spirituels ». Certains sont bien connus, comme les pharisiens et les sadducéens, critiqués par Jésus de son vivant. Il y a les moins connus : Les esséniens, retirés dans les déserts, dont Jean le Baptiste était sans doute proche.

Il y a aussi les « Craignants Dieu » ces « non juifs » qui admirent les convictions du judaïsme et son éthique, fondée sur les « dix Paroles », mais qui ne seront jamais autorisés à entrer dans la « communauté juive ». Et il y a aussi tous les juifs dispersés dans le bassin méditerranéen. Ils sont admirés par les populations locales, qui apprécient leur manière de célébrer leur Dieu et de suivre ses préceptes. Cela les change des processions et autres obligations vis à vis des divinités locales ou impériales : Le judaïsme est une école de liberté, de critique de la religion, et les idées de Jésus de Nazareth s’inscrivent dans la continuité de cette spiritualité.

2 Le rayonnement de Jésus, le Rabbi de Nazareth

Toutes les populations qui vivent entre la Méditerranée et le désert de Moab, du Mont Liban au désert du Sinaï, ont croisé la route du Rabbi de Nazareth à un moment ou un autre lors de ses déplacements dans la région. Ils en ont entendu parler par ses disciples, envoyés deux par deux, pour annoncer le « Royaume de Dieu » : Un état du monde où régneront la paix, la justice, la solidarité, la fraternité et, par dessus tout, la bienveillante « charité » qui permet d’interpréter la « loi divine ». L’interprétation de la loi était enfermées, voir confisquée, par le Sanhédrin4, entre les murs du temple d’Hérode le Grand, restaurateur, ou usurpateur, des privilèges liés au Temple qu’il avait « restructuré », pour le dire sans prendre de risque.

Donc tous sont bouleversés, et se demandent si c’était « vrai » que le Royaume s’était approché : Il y avait eu l’épisode de la femme pas lapidée5, les repas pris malgré les interdits alimentaires ou des relations humaines, Jésus mange avec les pécheurs et les gens de mauvaise vie6.

Tout de même, quand il avait résumé son enseignement « sur la Montagne »7 cela avait frappé les imaginations. C’était plein de « bon sens » et en même temps cela collait parfaitement avec une conception ouverte du message divin, ou ce que nous pensions qu’il pouvait être. Nous avions même partagé les provisions que nous avions avec nous ce jour là… comme une multiplication de la nourriture…d’habitude on ne le fait pas trop.

Donc, si nous voulons croire que c’est possible, il faut en chercher tous les signes qui nous restent, tous les souvenirs, et toutes les habitudes prises en sa compagnie. Comme par exemple l’écouter répondre aux questions, en marchant dans la campagne, en prenant quelques épis de blé, même le jour du Sabbat8, pour bien assimiler que le Sabbat est fait pour l’homme et non le contraire.

Jésus allait à la Synagogue, parfois il en était expulsé quand il soulignait la pertinence de ce qui était lu9. Mais il allait aussi le long des rives du Jourdain, où se rassemblaient les « non conformes » venus écouter Jean le mangeur de sauterelles. Et probablement encore aux sources du Jourdain dans la région de Césarée de Philippe, au Sanctuaire d’Asclépios, où se pratiquaient les rituels de guérison. Il avait même demandé comment ses amis le considéraient à ce moment là « Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme10 ? » 14 Ils dirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste, pour d’autres, Elie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » 15 Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » 16 Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »11

Tout ce dont ses amis avaient été témoins ne pouvait pas s’évanouir comme des « propos insignifiants ». Ils avaient couru des risques, certains avaient quitté leurs familles, leur travail, leurs espérances d’héritage, pour le suivre sans garantie autre que la confiance dans ses paroles 12 … Leurs expériences de la vie ordinaire en sa compagnie, que ce soit en Galilée ou autour de Jérusalem, et en particulier à Béthanie, chez Marthe et Marie les avait marqués.13

OK, tous n’ont pas été cool avec lui quand il avait été arrêté,14 mais nous pensions qu’avec ses « légions d’anges »15 il s’en tirerait. Tu parles, entre deux malfrats, il a fini assez peu glorieusement, en ne nous laissant aucune chance d’en faire un « Roi ».

Oui, mais… Car il y a ce « mais » qui les taraude : Si nous suivions malgré tout ses traces, en reprenant ses paroles, certainement inspirées par Dieu… En tout cas conformes à ce qu’on peut attendre de Dieu, en tout cas de ce Dieu d’Israël dont il prétendait être l’un des fils, comme vous et moi, fils et filles de Dieu.

Il n’y a pas de raison que cela ne finisse pas par « marcher » son idée de « Royaume de Dieu ». Sauf que … c’est comme les « mais », le sauf que : Ses amis sont un peu moins doués pour faire des discours. Ils peuvent raconter, et ils en ont à raconter, sur ce que Jésus a fait, sur ce que Jésus a dit, sur ce qu’il a obligé ses auditeurs à faire, et sur ce qu’il a fait tout naturellement pour montrer qu’il n’y avait pas de risque de se noyer en arrivant au port lors d’une tempête16…Quand on a de l’eau jusqu’à la ceinture, on ne peut pas se noyer17 … quoi que …

Donc en rentrant à la maison, et en se racontant, en se souvenant des événements récents, on en arrive à la conclusion que « c’est faisable ». On va même rituellement se donner des forces en prononçant le rituel du repas,18 comme si on était pas désespéré, mais au contraire, lancés dans une nouvelle aventure…

Et puis il y a eu cette histoire de femmes qui ne l’ont pas retrouvé pour l’embaumer19… cela aurait été super si on avait pu le conserver comme une momie. Elle aurait attiré les foules et on aurait pu le vénérer, comme un saint et raconter que « c’est bien lui » qui nous a mis en route20… Peut être qu’il est retourné en Galilée, ou que ses amis l’ont repris pour ne pas le laisser aux Romains.

Il n’y a pas de doute, Jésus était là, à l’auberge … peut être d’Emmaüs21, mais c’est aussi arrivé à d’autres qui se sont dit, « ensemble on va y arriver. »…

Dans la salle du dernier repas,22 après quelques jours, ses amis se sont retrouvés.

C’était chaleureux : Nous étions en sécurité , Judas avait suivi son destin… La conversation tournait autour de ce qu’il fallait faire « maintenant ». Les uns comme les autres étaient pressés de reprendre la route avec lui. Enfin « comme » avec lui, car tous se voulaient être ses porte-paroles. La discussion était tellement pleine d’espoir que manifestement, on « sentait sa présence » . Pas de doute « Il était là ».

Six mois, six ans ou plus tard, on a raconté ce moment historique en ajoutant que Thomas n’était pas vraiment convaincu… il avait mis le doigt sur la blessure que nous avions tous, tellement « Il » nous manquait.

Et vous savez, quand on raconte cette histoire, les gens y croient23, c’est incroyable !

Peu de temps plus tard, la routine a repris… Pierre est retourné à Capharnaüm, où il a retrouvé ses amis. Ils ont vite été assimilés aux « disciples de Jésus », comme c’était la coutume pour désigner les accompagnants des Rabbins enseignants.

Si Pierre avait été quelque peu « fragile » au moment du jugement de Jésus, pour ne pas en dire plus, le courage de ses amis, des amis de Jésus, tous autant qu’ils étaient avait eu sur lui une forte influence.

Ils revenaient donc d’une virée de pêche24, et Zébédée les attendait sur le rivage avec un petit feu, pour faire griller quelques poissons avant de rentrer au village.

La convivialité, le moment est plus détendu, et les conversations sont animées : Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?

Zébédée avait une bonne nouvelle : Le centurion dont Jésus avait guéri le serviteur25 voulait faire quelque chose pour sa communauté, et il a décidé de reconstruire la synagogue en plus grand26, pour accueillir les « nouveaux » adeptes des idées de Jésus de Nazareth. Car c’est une évidence : ils arrivent le jour du sabbat d’un peu partout, et ils sont de toutes les traditions.

Vous vous souvenez que Jésus leur avait promis qu’ils seraient « pêcheurs d’hommes »27 (et de femmes!) Si nous nous associons avec tous ceux qui propagent l’idée d’un Royaume de Dieu qui nous sorte de nos difficultés et nous rende heureux, cela ouvre des perspectives … Mais qui va croire à ça, puisque finalement « Çà s’est fini en « Queue de poisson », c’est le cas de le dire.

Bon, le prochain sabbat est celui du « don de la loi », et comme tous les sabbats, nous serons présents à la célébration, et le matin suivant, « les confiants » en Jésus de Nazareth partageront quelques unes de ses paroles et des situations qu’il nous a fait vivre.28 Donc il faut trouver ce qui serait le plus significatif dans nos souvenirs :

Nous devrions raconter que Jésus avait pris avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il était monté sur la montagne pour prier. Il nous avait rappelé l’importance de suivre les commandements de Dieu et il nous avait éclairé sur les différents aspects de cette injonction : Pas de théorie, de la pratique Il nous avait laissés un moment et Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea et son vêtement devint d’une blancheur éclatante.

30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui: c’étaient Moïse et Elie; 31 apparaissant dans la gloire, ils parlaient de son prochain départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. 29

C’est ça qu’il faut raconter à « Chavouot » le prochain sabbat  30: Cela attestera que Jésus est bien détenteur de l’autorité que nous confère la Loi de Dieu, puisque les deux porteurs de la loi les plus importants sont avec lui pour en authentifier le témoignage…

Jacques, le frère de Jésus sera certainement d’accord avec cette proposition31.

Après les retrouvailles dans la maison du dernier repas, il avait été décidé que le groupe se disperserait pour ne pas donner prise aux espions romains et aux délateurs du Sanhédrin. Nous avions convenu que, selon la tradition, Jacques le frère de Jésus, serait le responsable du groupe. Marie Madeleine, son fils Judas, et Marie, la mère de Jésus avaient été exfiltrés entre Jérusalem et Bethléem, où ils sont incognito 32: En cas de problèmes avec les romains, ils seraient les premières cibles d’une purge destinée à éliminer les héritiers de cette nouvelle version du Judaïsme.

Mais revenons sur la berge, autour du feu :33 Il y avait maintenant d’autres barques qui rentraient : Des pêcheurs que Jésus avait rencontré le long du rivage et qui ne fréquentaient pas la Synagogue de Capharnaüm, et se considéraient pourtant comme Juifs. Simplement, ils refusaient les règles stupides des Pharisiens qui exerçaient un pouvoir exorbitant sur les communautés. Il y avait aussi des fondamentalistes Esséniens de passage vers le Mont Liban, et quelques romains qui allaient vers les sources du Jourdain pour rendre un culte à Asclépios en espérant une guérison pour un proche ou pour eux mêmes.

Pierre qui avait la parole facile, fit un discours de circonstance34, rappelant que le message de Jésus de Nazareth restait valable, et que la meilleure preuve était la présence de tous ces gens … Il a aussi proposé les Paroles d’ouverture et de clôture du repas comme bénédiction.

Il n’y a aucun doute, Jésus était présent dans la foule… sinon, rien ne se serait passé.

Etienne Nodet de l’Institut Biblique de Jérusalem explique la « Pêche Miraculeuse »

de Jean 21 et Luc 5:1-11 comme une illustration de ce qui s’était passé :

Le groupe des disciple étaient déprimés, partis à la pêche faute de mieux, il faut bien vivre… Sans beaucoup de succès.

Ils se reprennent en se remémorant les encouragement de Jésus à peut-être changer de méthode pour témoigner de leur espérance. Lancer les filets « de l’autre côté » est une aberration quand on connaît le métier. Les bateaux sont équilibrés pour que le poids des filets ne les fasse pas chavirer, et la répartition des charges est faite en conséquence.

Symboliquement dans le récit, ils changent donc de perspective et décident de s’y prendre autrement, et d’aller à la rencontre des autres croyants… qui viennent avec leurs barques pour leur donner un coup de main : Les disciples ne seront plus seuls à témoigner, et c’est bien un signe de résurrection, «Ça», non ?

Et puis il y a eu toutes les occasion ou les fidèles les plus proches ont vécu comme en sa présence réconfortante… Seulement avec le temps qui passe, ils se font plus rares. Marc a peut-être recueilli les souvenirs des véritables « témoins », Mathieu les a complétés, et Luc, plus prolixe, a trouvé des traces écrites de diverses origines, sans oublier Jean qui a voulu en faire une œuvre-témoin, plus « théologique »

Mais, au moment où il n’était pas encore question de rédiger des Évangiles, il fallait se rendre compte que la mort de Jésus était en quelque sorte définitive sur le plan terrestre. Il fallait, comme pour les récits de la liturgie dans la Synagogue, trouver un parallèle qui illustrerait désormais l’absence de Jésus, « corporellement ressuscité ».

Il y avait Elie et son char de feu qui monte au ciel35… et quelques autres prophètes ou personnages célèbres36 qui quittent la réalité des vivants sans pour autant perdre de leur influence… Quelques années plus tard, les croyants vont raconter qu’il est ressuscité – on ne cessait de le raconter – et qu’il est « monté au ciel37 », à sa mort, comme tout le monde, même si il est évident que c’est une image.

Cela reportait sur la communauté des croyants la responsabilité du témoignage, comme on l’expérimentait tous les jours. Et pour la fête des 50 jours après Pâques, les fidèles de Jésus de Nazareth étaient tellement nombreux à Jérusalem38 que Pierre dut faire un discours pour susciter de l’aide, motiver les fidèles, pour que la « Bonne Nouvelle », l’Évangile, soit proclamé partout et accessible à tous .

Chacun des auditeurs, enfin sans doute, presque tous, ont senti cette chaleur les toucher, et transformer leurs vies… C’était comme des langues de feu39, ont-ils raconté plus tard, quand il a été nécessaire de mettre de l’ordre dans les divers récits qui se propageaient sur l’aventure de Jésus et de son mouvement… Et si les synagogues se fermaient souvent à ces « illuminés » qui prétendaient « changer la Loi », les amis de Jésus eux s’organisaient pour devenir indépendants.

3 Le destin de ces souvenirs :

Ces moments exceptionnels sont concentrés – racontés – sur une période très courte, entre Pâques et Pentecôte, pour que les récits restent dans le cadre rituel des célébrations liturgiques. Les récits vont se figer dans une interprétation littérale : C’est écrit, c’était comme ça. Les auteurs de la Bible ont connu Jésus vivant – certainement pas – donc c’est « vrai ».

Les contemporains de Jésus étaient des gens ordinaires, avec une intelligence normale. Ils comprenaient ses images et ses paraboles en sachant bien que cela voulait « dire quelque chose d’important » mais que la réalité était différente :

Libérer un paralytique 40ne lui rendait pas la marche, mais le réintégrait dans la communauté : Il n’était plus vu comme un « cas » mais comme un frère. Guérir un

aveugle41 c’était ouvrir les yeux des témoins sur une nouvelle réalité. La main qui n’était plus « sèche »42 pouvait se tendre à nouveau pour aider son prochain.

Elie sur son char de feu n’a pas été enlevé par les extraterrestres43. L’ascension de Jésus nous confie une responsabilité ici et maintenant.

S’il est ressuscité, Jésus de Nazareth l’est essentiellement (C’est le cas de le dire) dans notre manière de le rendre vivant, en continuant à proposer le Royaume de Dieu comme une alternative à l’absurdité du monde actuel … quelles que soient les époques. Les deux testaments nous en racontent les circonvolutions, les espoirs et les problèmes qui s’y opposent… C’est « diablement » difficile.

On peut le dire aussi, et nous pouvons nous y encourager, en partageant symboliquement le pain et le vin, en toutes occasions

4 Les « credos » qui troublent la perception

de la résurrection.

Beaucoup de nos convictions sont marquées par notre adhésion formelle ou informelle aux credos habituels de nos églises : Nous avons été persuadés qu’il fallait « croire » à tous les termes qui les composent, faute de quoi nous étions sur le chemin de la perdition. Cela entraînait également les obligations nécessaires à notre salut en vue de la résurrection des morts, soit pour nous libérer de nos péchés, autrement dit de nos manquement aux articles du credo et nos absences des lieux qui les conservent. La performance des rites tient lieu de passeport pour le « ciel » et l’observation des règles est contraignante.

Une des conséquences notable a été que les croyants se sont trouvés soumis aux « Gardiens du Temple », qui contrôlaient nos vies « spirituelles ». Ils étaient moins regardants pour l’application des principes du « Royaume de Dieu » dans le quotidien de la survie ici bas. Mais comme leurs descriptions des flammes de l’enfer, illustrées par l’apocalypse, effrayaient le bon peuple, ils ont proposé des rabais sur les tickets d’entrée. Ils se sont fait – se font toujours, mais pas tous – de jolis magots sur la détresse des candidats à la vie éternelle.

Il faut dire que le grand bazar de l’éternité a toujours eu du succès et des conséquences monumentales, si nous nous référons par exemple aux Pyramides Pharaoniques, au Livre des Morts Tibétains, aux diverses réincarnations possible dans les « religions orientales », aux « totems animistes », origines des humains et réceptacles de leurs âmes en errance.

Les chrétiens ont eu le besoin de mettre un peu d’ordre dans ces croyances, peut-être pas sans une arrière pensée de pouvoir quand même.

Aujourd’hui, il s’agit aussi de clarifier la différence entre « résurrection » et « réincarnation », ce que les credos ont affronté dès l’origine.

4.1 Le Credo de Nicée Constantinople

Généralement compris comme « le »credo de l’Eglise Catholique Romaine

C’est est une profession de foi de consensus, à une période conflictuelle entre les différentes églises qui prétendaient détenir « la vérité », et donc avoir la « vraie foi ».

Il résume les points fondamentaux du christianisme en un temps particulier : Négocié lors du Concile de Nicée en 325 et il sera complété au concile de Constantinople en 381. Il est partagé par les confessions chrétiennes majoritaires44.

Il s’agissait de fixer les notions essentielles, qui étaient soit mises en doute, soit détournées ou interprétées de manières divergentes par les différents courants qui traversaient les églises : chacune prenant dans sa culture des éléments traditionnels de la religion locale, en les « christianisant » au mieux, et au pire, en prétendant que seuls les initiés pouvaient comprendre, moyennant le fameux « ticket d’entrée » qui permettait de bénéficier également des avantages dès ici bas.(Népotisme)

Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé,
de même nature que le Père ;
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut,
il descendit du ciel;
Par l‘Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l‘Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;
il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptème pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Je souligne ici quelques termes fondamentaux :

Je crois en un seul Dieu, reprend le « Shema Israël » credo du judaïsme affirmant l’unicité de la divinité, contre les tendances polythéistes.

Jésus était ni un Dieu différent, ni un demi Dieu .

Il est le Fils unique de Dieu … vrai Dieu, né du vrai Dieu pour lutter contre les hérétiques qui refusaient la filiation de Jésus, ou qui ne le considéraient que comme un prophète dans la succession des prophètes d’Israël.(Islam)

Il ressuscita le troisième jour, c’est ce qui nous intéresse dans la perspective des récits de la résurrection : Comme le rappelait l’apôtre Paul c’est une condition de la « vérité » chrétienne. C’est exactement ce qui fit rire les grecs de l’Aréopage quand Paul essaya de les convaincre lors de son passage à Athènes. En conséquence, J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Ce qui va conditionner mon comportement religieux, et donner un pouvoir exorbitant à ceux qui détiennent les clés de « l’au delà ».

Il faut se souvenir que les philosophes comme les observants des diverses religions de l’époque n’avaient pas les connaissances que nous avons aujourd’hui. Le « bon peuple » ne savait pas lire, et était bien incapable de tester les termes de cette confession de foi, qui paraît si évidente encore aujourd’hui à de nombreux croyants, j’ajouterai, « heureusement » pour eux.

4.2 La Confession de foi « réformée » ou « Symbole des Apôtres »

A l’époque de la renaissance, avec le développement de l’imprimerie, les théologiens ont essayé de quitter les perspectives « dogmatiques » conditionnelles et contraignantes, pour retrouver l’essentiel de la « Bonne Nouvelle » non pas dans les conciles, mais dans les textes de la Bible, que tout le monde45 pouvait lire.

La confession de foi devenait ainsi plus conforme à la lecture de la bible, et sans possibilité de biaiser sur son interprétation, quoi que

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. (Genèse 1,1, Ésaïe 44,24, Apocalypse 15,3)

Je crois en Jésus-Christ son fils unique, notre Seigneur,

qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la vierge Marie

Mat.1, :18-20 & 23)

il a souffert sous Ponce-Pilate, (Matthieu 27,13) il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, (Matthieu 27,35,50 & 60) il est descendu aux enfers ; (1 Pierre 3,19, Éphésiens 4,9)

le troisième jour, il est ressuscité des morts ; (Matthieu 28,6)

il est monté au ciel, (Actes 1,2)

il siège à la droite de Dieu le Père tout-puissant ; (Actes 7,56)

il viendra de là pour juger les vivants et les morts.

(2 Timothée 4,1, Apocalypse 20,12)

Je crois en l’Esprit-Saint ; (Romains 15,13, 1 Corinthiens 6,19)

je crois la Sainte Église universelle,

(Éphésiens 1,22, Matthieu 16,18, 1 Timothée 3,15)

la communion des saints, (Éphésiens 4,22, 1 Corinthiens 10,16, 1 Jean 1,7)

la rémission des péchés, (Luc 24,47, Actes 5,31, & 13,38)

la résurrection de la chair

(Matthieu 17,22, 20,19, 22,31-32,  28,6-7, Jean 5,21, 11,25,

1 Corinthiens 15,35-37, )
et la vie éternelle. Amen.

(Jean 3,36, 4,14, 1 Jean 5,13, Romains 6,22-23, 1 Timothée 1,16)

Nous retrouvons la profession d’unicité du Dieu Créateur : Je crois en Dieu, le Père tout-puissant et la filiation de Jésus : Je crois en Jésus-Christ son fils unique, notre Seigneur, Conformément aux écritures le troisième jour, il est ressuscité des morts, il est monté au ciel…46 Et, in « cauda venenum »47 mais c’est plus « culturel » que théologique : la résurrection de la chair et la vie éternelle. Heureusement, on n’en défini plus les lieux. Mais on ne peut pas laisser le bon peuple gérer son salut, car « croire à la vie éternelle » en chair et en os demande quelques explications, que d’aucuns seront naturellement prêts à négocier contre espèces sonnantes et trébuchantes.48L’ancien évêque de Newark et professeur à Harward, J-S Spong49 souligne que dans le monde contemporain, il est possible, avec une culture religieuse conséquente, de comprendre les divers symboles de la foi chrétienne. Mais pour les destinataires de la « Bonne Nouvelle » au 21e siècle ces déclarations de foi ne font plus sens : Il est urgent de les réinterpréter, en se référant toujours aux fondamentaux bibliques, qui sont les pistes du « Royaume de Dieu »50. C’est encore un terme qu’il faut aussi transcrire quand il ne reste plus que des despotes corrompus dans les royaumes survivants, et que les « Princes des Eglises » ne sont pas à l’abri des journalistes à l’affût des moindres dérapages.
5 Une proposition de compréhension de « la résurrection »J’oserai proposer – vous l’avez déjà pressenti – que « la résurrection » est cette sensation, voir cette émotion, ressentie quand nous vivons des moments exceptionnels, que ce soit en communion avec d’autres dans une célébration chrétienne, ou une émotion amoureuse. Mais pas seulement : Les fans de Johnny Hallyday ou de Claude François évoquent également ce sentiment de présence ressuscitée. Les familles touchées par un deuil sentent aussi cette communion avec l’être cher décédé, a l’occasion d’un partage de son souvenir.La présence du Christ ressuscité est ressentie par les « brancardiers de Lourdes » dans l’accomplissement de leurs missions d’accompagnement. Comme Jésus est présent indépendamment de l’Eucharistie, qui le confirme, dans les célébrations de Taizé, sur la Place St Pierre à Rome, ou au St Sépulcre à Jérusalem. Il est aussi ressuscité dans la chapelle des Petites-Soeur de Jésus, au repas des « Compagnons d’Emmaüs » réunis en présence « ressuscitée », elle aussi, de l’Abbé Pierre.La résurrection est une autre manière de regarder la communauté, celle de deux personnes ou d’une grande assemblée, ou au Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus. L’aspiration au « Royaume de Dieu » doit cependant nous rendre attentifs aux manipulations possibles, aux faux prophètes, aux « Messies Improbables » plus avide de pouvoirs que de bonheur universel 51L’accès au « ciel » n’est pas le « paradis» : Les atolls polynésiens sont aussi ravagés par les ouragans. Si le Bhoutan est le pays où se mesure «Le Bonheur national brut », ce n’est pas pour tout le monde. En été, les chalets d’alpages demandent une certaine adaptation pour être paradisiaques.La « vie éternelle » ne se négocie pas, elle se découvre tous les jours en vivant pleinement le moment présent. Les disciples de Jésus de Nazareth l’ont découverte en vivant avec lui l’expérience de la rencontre de l’autre, comme Jésus le leur avait expliqué 52: « Qui vous accueille m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Quiconque donnera à boire, ne serait-ce qu’un verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense. »
Jésus n’a pas fait allusion à une éternité de la vie53, la « récompense » est cette autre notion du bonheur de vive à laquelle nous sommes invités.Et là … le credo n’y est pour rien, sauf que… quand on le dit ensemble, alors on est en communion avec tous ceux , parce qu’ils « savent », pour qui cela a été important…comme un sentiment de résurrection partagé.

« Le seigneur est ressuscité » …  « Il et vraiment ressuscité ». C’est la salutation pascale dans les pays orthodoxes… Genève, le 21 août 2019

Voir aussi : Pourquoi raconter les récits de la Résurrection ? Publié le 21 08 19

1Actes 9 : 1-27 la conversion de Paul, qui n’a jamais rencontré Jésus de Nazareth de son vivant.

2Marc 12:18-27 ,la feme aux sept maris

3Les Saducéens ne croyaient pas à la résurrection des morts.

4Tribunal et « Conseil d’administration » du Temple

5Jean 8:3-11

6Luc 15:2

7Matthieu 5, 6, 7. Un projet de vie.

8Mt 12:1-8

9Luc 4:16-30 Jésus expulsé de la synagogue de son village, Nazareth,

10C’est devenu un « titre » alors que l’usage était de signifier « Un humain »

11 (TOB/matthieu-16-13) Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Une affirmation théologique élaborée par la communauté.

l’importance de Pierre est également soulignée pour le développement de l’Eglise … pas envisagé à l’époque.

12TOB Luc 4:1-11 Ramenant alors les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.

13Luc 10:38-42

14Mc 14:66-70

15Mt 26:53

16Matth. 8, 23-27 et Luc 8, 22-25

17Mc 4:31-41 & Lc 8:23-25

18 1 Corinthiens 11:17-34 L’eucharistie-Cène à Corinthe comme signe de solidarité et d’unité

19Mt 28:1-10

20Voir le cœur du St Sépulchre à Jérusalem : Le tombeau vide est « plein » de l’attente mystique des visiteurs.

21Luc 24:18-35

22Jean 20 : 19-29

23Cf infra p. 7, les credos.

24Jean 21:1-ss est une reprise de Luc 5:1-11 …ou réciproquement.

25Mt 8:5-13

26Synagogue byzantine judéo-chrétienne construite entre le II e siècle et le V e siècle.

27Mt 4:19 & Lc 1:17

28JS.Spong, La Bible dévoilée, raconte que l’Evangile de Marc séquencé en paragraphes était lu à la Synagogue parallèlement aux parachas (passages) qui racontaient l’histoire de Moïse depuis Pâques…Au début, les croyants en Jésus de Nazareth faisaient célébration commune avec les juifs … puisqu’ils étaient juifs !

29 Luc 9.28-36

30ou « Pentecôte »

31Actes 12:17 & 21:18

32 Le 27 mars 2008 – James Cameron, Simcha Jacobivici et plusieurs spécialistes ont présenté la découverte du tombeau de la famille de Jésus à Talpiot. La contestation de cette identification de la tombe familiale ressort plus d’un attachement à la tradition qu’au respect des hypothèses archéologues. Les fouilles ont été suspendues par les autorités israéliennes pour éviter les polémiques. Cette découverte ne changerait rien au message de Jésus !

33A Tabgha. Tout près de Capharnaüm.

34Actes 2:14-41 (il aurait pu prononcer un discours semblable ailleurs … selon le choix des auteurs des textes)

352 rois 2 : 1-25

36 Apollonios de Tyane, philosophe et aussi appelé « fils de Dieu »

37Définitions physique : Espace que l’on voit au dessus de nos têtes voir aussi : Atmosphère, firmament, air.

Définition religieuse: Expression symbolique d’un espace absorbant les corps et les âmes des défunts, sorte de « trou noir » spirituel dont on ne revient pas…

38Encore une fois : Actes 2:14-41

39« Notre coeur ne brûlait-il pas… » racontent les pèlerins d’Emmaüs Luc 24:32

40Mt:9:6, Mc 2:5, Lc 5:24

41Mt 12:22, Mc 8:22 & 10:46 (Bartimée) Lc 18:35 , Jn 9:6

42 Mt 12,9-21 ; Mc 3,1-6 ; Lc 6,6-11

432 Rois 2 11-12 Tandis qu’ils poursuivaient leur route tout en parlant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l’un (Elisée) de l’autre ; Elie monta au ciel dans la tempête.

12 Quant à Elisée, il voyait et criait : « Mon père ! Mon père ! Chars et cavalerie d’Israël ! » Puis il cessa de le voir.

44Et assez globalement par les membres du COE.

45Les versions de la bible en langues courantes ont été longtemps interdites par Rome ( sans polémique!)

46Grand Père est décédé, où est-il maintenant ? « Il est au ciel » … curieux quand on a suivi l’enterrement au cimetière., il doit y avoir un truc qui ne passe plus !

47Trad : « le venin est dans la queue ».

48Surtout si vous soutenez financièrement la paroisse… et aussi son pasteur …

49« Jesus for the non religious » J.-S.Spong Harpers & Collins . San Francisco 207

50« Eternal life » a new vision, J.-S.Spong Harper One, 2009

51Retournez lire 1 Samuel 8 et la description du roi .

52Mt 10:40-42

53 Luc 18:18-25

JE SUIS … qui ? יהוה comme on ne l’attend pas.

Claude Vigée, dans son livre « Dans le Silence de l’Aleph » 1nous rappelle que la genèse commence avec la lettre Beth Berechit. Avant, dans l’alphabet, Aleph, le caractère hébraïque est silencieux. Il ne « dit » rien mais il contient « tout » puisqu’il est à l’origine.

YZ WordPress 2        YZ WordPress 1

Il contient toute la Torah, toutes les « paroles » divines, toute la « sagesse de Dieu » et les fins dernières dans un soupir…

Il est « JE SUIS » qui s’adresse à Moïse dans le buisson, il est PAROLE VIVANTE et non écrite, exprimée par Jésus de Nazareth2, et au cœur de la spiritualité hébraïque et donc aussi de la nôtre.

Introduction :

Il est passionnant de cheminer dans la pensée humaine et de découvrir que les nécessités du moment ont façonné la spiritualité, marqué la compréhension du monde, influencé les manières de vivre et de s’organiser pour créer des civilisations, des cultures et des religions.

Depuis l’apparition du « mâle Alpha »3 dans la meute, dans la tribus humanoïde des chasseurs cueilleurs, comme chez la plupart des mammifères rescapés de l’époque des dinosaures, nous avons ramassé des souvenirs, des mythologies, des rituels qui ont eu un impact sur les individus, les familles, les groupes-tribaux. Ces identifications ethniques, et les nations qui sont actuellement héritières de ces cheminements hasardeux ou conscients, sont les fruits des aspirations du pouvoir pour les uns ou d’une réflexion philosophique pour d’autres.

Aussi haut que nous remontons dans les strates archéologiques, nous trouvons – et nous n’avons pas encore tout exploré – des témoignages de ces progrès que nous appelons « civilisations » sans trop savoir si c’est positivement ou négativement comme le XXe siècle nous l’a hélas prouvé.

Les deux « Testaments » de la Bible témoignent de cette évolution et expriment avec perspicacité les étapes de nos prises de conscience et de notre situation dans la création. Les humains sont en ce sens, une espèce très particulière, et pour l’instant la seule qui articule et verbalise son évolution de manière consistante.

La Bible n’est pas LA révélation ultime des VERITES, mais elle a bien servi ceux qui en ont fait usage à leurs profits. Elle n’a pas été expurgée des bonnes idées pour se libérer des entraves à la liberté de penser. Elle va nous permettre d’accéder à une compréhension ouverte et tolérante de nos contemporains. Contemporains de toutes les époques, ce qui n’est pas rien.

Nous aborderons quelques textes bibliques en utilisant des techniques de partage modernes, pour décrypter les enjeux des « auteurs » qui les ont proposés à un moment donné, pour répondre à une attente ou une nécessité sociale, politique ou religieuse.

1. « JE SUIS m’a envoyé vers vous » Pour dé-masquer « Dieu » !

Il faut lire le livre de l’Exode au 21e siècle en utilisant, la technique de la Lectio Divina4,

qui laisse le texte résonner/raisonner en nous, sans a priori historique ou spirituel.

Nous découvrons que l’affectif y prend une place importante. Les références de la religion populaires sont prépondérantes, surtout pour des « laïcs » qui ont une formation biblique élémentaire. C’est d’autant plus vrai pour les textes du premier testament, souvent évoqués dans le « catéchisme », comme une partie de « l’Histoire Sainte » de Jésus de Nazareth.

Dans le cadre de la préparation théologique du Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus, sur les « Je Suis » dans l’évangile de Jean, nous avons fait le détour par Exode 3, qui nous raconte la rencontre de Moïse et de « Dieux 5». Lors de la mise en commun des réflexions induites par notre Lectio Divina, nous avons constaté que les participants d’âges très divers plaçaient leur représentation de DIEU au centre d’un schéma, où ils se situaient eux mêmes en périphérie.

Les « intentions de prières » qui en ont découlées s’adressaient à sens unique vers une divinité omnipotente … Il y avait les demandes générales du genre « paix dans le monde » ou « protection contre les catastrophes », par contre très peu de demandes qui auraient pu déboucher sur des relations interpersonnelles, de solidarité ou d’assistance.

Des « post-it » sont utilisés pour mettre en évidence la relation entre les participants et celui qui dit « JE SUIS ». Les descriptions de cet interlocuteur conduit en effet à ce que la tradition va interpréter par une sorte de mot-valise « Le Seigneur », pour traduire le tétragramme YHWH imprononçable selon la « Loi »6. Dans les anciennes Bibles : « L’Éternel » va devenir le « Nom de Dieu », que le conseil donné à Moïse de « ne pas l’appeler en vain » soit ou non respecté.

Exode 3:6  écrit: « JE SUIS le dieu de ton père, dieu d’Abraham, Isaac et Jacob. » Il faut rappeler qu’ici le verbe être est au présent, pour l’attribuer à des patriarches qui ont vécu à des époques différentes.

Exode 3:12 : « « JE SUIS avec toi, et voici le signe que c’est moi qui t’ai envoyé – délivrer ton/mon peuple d’Égypte – Vous servirez dieu sur cette montagne »

Exode 3:14 : « Tu parleras au fils d’Israël « JE SUIS m’a envoyé vers vous… »

Exode 4:12 et 4:15 : JE SUIS avec ta bouche et je t’enseignerai ce que tu dois dire »

Sans oublier Exode 6:3 : « JE SUIS apparu à Abraham, Isaac et Jacob comme Dieu puissant, mais sous mon nom « Le Seigneur » (YHWH) je ne me suis pas fait connaître d’eux ».

Nous sommes héritiers de toute la pédagogie / Théologie hébraïque des tribus d’Israël.

Après de multiples divagations culturelles et géographiques cela nous a conduit à une interprétation contre laquelle s’élevait justement cette manière originale de percevoir Dieu, ou plutôt la « trace de Dieu » que constituent les « dix Paroles » qui sont le seul signe verbalisable de cette « divinité  incroyable ».

2 le schéma « normal » à l’époque de Moïse comme à la nôtre.

Il faut revenir à l’expérience de la « Lectio divina » et situer « JE SUIS » dans ce cadre expérimental :

YZ WordPress 3

Il semble assez évident que nous étions d’accord pour dire que « JE SUIS » était au milieu de NOUS dans la mesure où nous formions un cercle, et ce « TOUT AUTRE » était au centre du cercle. Nous nous adressions à lui, en croyant/espérant que, de ce centre, il interviendrait d’une manière ou d’une autre, selon notre intime conviction. C’est bien ainsi que nous le percevons parfois.

Nous avons notre divinité avec un nom « Dieu », dont on dit qu’il s’est « incarné » dans une figure humaine exemplaire « Jésus de Nazareth » a un moment de l’Histoire7.

Il a eu une mère : « Marie » la bienheureuse, comme tous les Pharaons et autres dieux dont la mythologie a signalé le passage sur la terre des mortels.

Quelques privilégiés ont saisi l’enjeu de ce schéma, son immuabilité,

comme son impossible pertinence en dehors de la « foi ».

Ils se sont proclamés interprètes du divin, et garants de la foi, si entente.

C’est l’origine de la caste des Inter-prêtres…. DEUS EX MACHINA est la norme.

Il faut plaire à la divinité par des rituels sélectifs pour chaque objectifs : Fécondité, pluie, etc.

Les « demandes » adressées à Dieu relèvent de l’action « supérieure » externe au groupe.

Dieu intervient dans le Mystère de la foi – si cela marche – et me place dans la catégorie des « pêcheurs » naturellement coupables et responsables, si cela ne marche pas.

Le salut m’est accordé à titre personnel et rarement bénévole, par l’intermédiaire « mandaté ». L’accomplissement de ma prière reste le « fait du prince » si c’est une élection sacerdotale, ou la conjonction des petits hasards de la vie que le croyant appelle « miracle » , mais il ne faut pas trop attendre du ciel comme nous le rappelait l’Ecclésiaste 8.

3 L’improbable gestion du Mâle Alpha

dans l’organisation humaine.9

Le sociologue Dany-Robert Dufour risque une comparaison entre les mammifères à forte cohésion de meute, comme les loups, conduits à la chasse par le mâle dominant, et les chiens, héritiers/descendants des canidés dont le dressage à supprimé l’instinct d’obéissance à leur semblable le plus « fort » génétiquement.

Le dressage des meutes de chiens – mais c’est aussi valable pour le chien familial – va remplacer le semblable par le « maître chien », tout autre, qui organisera les activités des animaux et en assurera la subsistance et la survie.

Pour revenir à l’espèce humaine des « mammifères grégaires » – on ne peut se tromper sur la qualification – la Femelle Alpha productrice de la descendance, le fait avec le(s) mâle(s) à disposition, le meilleur sera le plus choisi. Nous pouvons en trouver la trace dans le récit de la Genèse, lorsque « Dieu fait l’humain à son image, mâle et femelle il les créa »10

Mais nous trouvons aussi dans ce même livre de la Genèse11, un autre récit d’origine qui va structurer la société « biblique » : l’homme est créé de la terre « Adam » pour cultiver le sol, puis sa femme, issue de son propre corps pour l’assister. La division des individus « Alpha » se singularise, c’est le moins qu’on puisse dire.

Chacun étant « Maître chez lui » la situation se complique quand les groupes se rencontrent, voir se confrontent pour le territoire de chasse et de cueillette.

Nous sommes loin dans le passé et ce sont naturellement des conjectures :

Il y a deux solutions : le « combat des chefs » dont nous avons un écho dans l’histoire de Caïn et Abel12 ou Jacob et Esaü, qui proposent la « négociation entre les chefs »13. La raison voudra

pour la survie de tous que la négociation se développe avec un langage commun.

Reste la question de la légitimité du chef «  Alpha », si la coexistence entre les groupes humains doit être organisée avec plus de références incontestables.

Si nous remontons encore sur une autre piste archéologique, entre Lascaux et Altamira pour faire court, les humains ont longtemps cohabité14 dans les mêmes grottes que les ours.

La plus ancienne trace connue d’association possible entre l’ours et la culture humaine se trouve dans la grotte du Regourdou, en Périgord .15 L’animal était plus puissant et il a sans doute été considéré comme supérieur par la force ou la résistance. De ce fait il est considéré comme une émanation de ce qui devait « gouverner les astres et la pluie ». Mais plus important, il était « tout autre » que l’espèce humaine… Dans les religions scandinaves et nordiques, l’ours est resté longtemps associé ou identifié à la divinité. Les légendes dans les cultures où vivent des ours en sont la trace évidente.

L’étape suivante sera d’interpréter les signes donnés par cet animal tutélaire.

Ce sera le développement du « chamanisme », de l’organisation religieuse, des « prêtres interprètes » de la « volonté des dieux », Nous retrouvons la comparaison faite par Dany Robert Dufour à propos des meutes de chiens : Le « maître Chien » devient le « Mâle Alpha » de la meute, comme le grand interprète du divin devient le leader de la tribu,16

Dans une compétitivité du pouvoir, il partagera ce rôle avec le « chef » géniteur et/ou guerrier auquel il conférera sa légitimité.

Comme Samuel qui désignera Saül puis David comme rois d’Israël.17

La religion serait donc un mode d’expression ethnoculturel dont on fait usage à bien plaire.

Dans la culture hellénistique, le lieu du divin est, identifié en gros par la montagne de l’Olympe, où règne « ZEUS » – dont le terme « DIEU » est en fait la traduction. Nous avons appris depuis longtemps que la mythologie grecque à l’époque de la rédaction du Second Testament n’était pas vraiment prise au sérieux comme « croyance » mais permettait, par ses typologies, de décrire les heurts et malheurs, les bienfaits et les hauts faits de la vie courante.

Le « bon sens » renvoyait « Aux Dieux » les pouvoirs surnaturels et aux prêtres le soin d’en organiser les rituels, qui, s’ils ne font pas de bien, ne font pas de mal.18

A titre d’illustration de la conviction relative des grecs à l’époque de l’Apôtre Paul : Lorsqu’il traverse Athènes, il voit une autel au « dieu inconnu ». Selon sa culture religieuse, il pense que les philosophes grecs ont la « foi » en ces divinités dont il constate les temples érigés sur l’Acropole.

Invité à s’exprimer à l’aréopage devant les citoyens intellctuels de la ville, il se lance dans un discours identifiant le « dieu inconnu » de l’Autel entrevu avec le « dieu de Jésus Christ, mort et ressuscité ». Ce qui déclenche les rires de l’assemblée et contraint Paul à se réfugier à Corinthe

pour se familiariser avec la culture grecque et ses croyances.19

4 Aménophis IV> Akhenaton et la divinité solaire, un faux ancêtre, et une filiation incertaine20.

Reprenons alors les textes d’Exode et situons la problématique dans son contexte socio-culturel à l’origine de l’intuition Mosaïque.

L’histoire des religions nous fait remonter de quelques siècles avant l’ère chrétienne, au temps des pharaons, et des intrigues religieuses entre les différents temples de la vallée du Nil.

Leurs divinités impliquent des propriété foncières et donc des revenus agricoles pas toujours équitablement négociés . Le pouvoir du Pharaon, lui même divin, pour autant que sa mère soit restée vierge en le mettant au monde, est contesté et contestable. Le rôle du Pharaon comme « chef de guerre » doit, par la force des choses, être soutenu par la population productrice des ressources agricoles, et de la soldatesque.

En Égypte, le rôle du Pharaon était de servir « les dieux » et d’obéir aux prêtres qui sont garants de l’orthodoxie. Aménophis IV se trouve paralysé par le clergé qui dispose de la garde des symboles divins tangibles et surtout des territoires dont il exploite la production pour ses propres revenus. Tout le monde s’épuise, y compris les travailleurs migrants qu’il faut inviter pour compléter la main d’œuvre nécessaire aux exigences somptuaires des temples : Plus c’est beau, plus c’est Divin.

En reprenant ici le concept du « Mâle Dominant » et de son substitut divin, les prêtres accordent à leurs dieux des pouvoirs fort utiles pour exploiter leurs contemporains.

Avec la territorialisation et la sédentarisation des tribus ou des peuples, la construction des temples est une bonne résidence pour des statues vénérables et vénérées.

Mais quand le nomadisme est le mode de vie du groupe, il y a deux possibilités : Soit profiter des Autels locaux, ce qu’ont fait les hébreux nomades à Béthel, Horeb (Sion), Garizim, Hébron, etc soit mettre le « divin » en boîte et le transporter avec tout son fourbi de place en place. C’est l’Arche de l’Alliance avec son problématique contenu et ses « accessoires de camping »21.

YZ WordPress 5

Aménophis IV22 propose une intéressante alternative, sans doute suggérée de l’intuition d’un clan nomade particulièrement démuni : Troquer les dieux en matières périssables contre une évidence brûlante mais indispensable à la vie : Le soleil : Il brille sur les bons et sur les méchants, Il n’est pas enfermable dans un temple, ni une pyramide. Il se moque bien des ordres et désordres des prêtres, tous temples confondus. Pourvoyant à tous coups de soleils, sécheresse et inondations selon son humeur. Il est surtout inaccessible aux mains accapareuses des mafias religieuses traditionnelles.

Aménophis IV va donc tenter de changer le monde, en tout cas dans la vallée du Nil, et remplacer les cohortes de divinités par un Dieu unique et éminemment céleste inaccessible, dont la régularité du retour ne s’était jamais démentie 23 Il va proclamer de son poste privilégié et pharaonique que le divin supérieur de tous les dieux est « ATON » le soleil.

C’est là qu’Aménophis IV devient Akhenaton, un pharaon exceptionnel.

Je m’en veux d’être rabat joie, mais il faut bien dire qu’avec son fils les choses ont assez mal tourné pour l’intuition d’Akhenaton. Très vite rattrapé par les « Frères Egyptiens Traditionalistes », le jeune roi ne résistera pas à la révolte des prêtres. Tout Ank Aton fut sans doute accompagné dans la mort, estourbi et majestueusement enseveli sous le nom de « Tout Ank Amon » avec sa garniture funéraire, pour la plus grande joie de Lord Carnavon et du Musée des Antiquités du Caire.

Ainsi tout reviendra dans l’ordre : Quand on sait où est Dieu, et comment on s’en sert,

la vie est plus facile, mais pas pour tout le monde.

5 Les mythes des patriarches migrateurs

Les nomades du « Croissant Fertile »24 se sont fait des divinités bien ancrées sur le sol qu’elles fertilisaient annuellement, avec une bonne grosse déesse dans le style des statues de Botero..

Déjà les changements climatiques rendent les territoires du moyen orient plutôt inconfortables pour les nomades. Quelques uns se rendent en Egypte pour se faire engager comme saisonniers. Ils y avaient été invités par un Joseph25, l’un des leurs, qui s’était fait une place au soleil chez la femme de Potiphar, puis comme 1er ministre du Pharaon – c’est ce qu’on raconte, mais n’y accordez pas trop crédit : il n’y a pas trace de cette histoire sur les hiéroglyphes égyptiens pourtant bien renseignés.

Bref après quelques générations, les Nilotiques se sentent un peu à l’étroit sur leurs terres entre les déserts, puisqu’ils doivent partager leurs récoltes avec ces immigrants sans documents d’établissement, et pourtant bien utiles pour bâtir des pyramides et les temples, et garder les enfants des femmes de la noblesse.26

Plus tard, à l’époque de Ramsès 2 27 Le Souverain « Mâle Alpha » caractéristique, va faire construire des monuments pharaoniques par des esclaves issus de populations nomades, attirées par la sécurité de l’approvisionnement généré par les crues du Nil, ce fleuve qui n’est pas soumis aux aléas du climat de la méditerranée orientale.

Ces travailleurs, soumis à une forme d’esclavage, avaient une extrême difficulté à comprendre l’enchaînement des causes et des effets d’une action collective ou individuelle. La perspective la plus large était sans doute la famille, et à terme la mort de l’individu. L’humain n’est qu’un grain de sable. Une des caractéristique de cette forme d’asservissement est la conviction que le statut des esclaves est « voulu par les dieux ».28

Les droits limités, à part travailler, fournissent de bonnes raisons de se révolter.

Les migrants vont se retourner vers leurs ancêtres pour échapper au joug pharaonique.

Ils vont refaire le lien avec cette forme de spiritualité qui ne s’encombre pas de « Veau d’Or »

et de chats en onyx.

L’un des leurs, pourtant éduqué à la cour du pharaon, avait été obligé de s’enfuir un peu rapidement à la suite d’une dispute qui avait mal tourné. Il s’était mis à la disposition de Jéthro,

un éleveur qui transhumait dans le Sinaï. 29 .

Nous retrouvons donc Moïse sur la montagne « Horeb »30 quelque part entre le golfe persique et la Mer Rouge, avec son idée de charte pour survivre ailleurs qu’en Egypte et en bonne intelligence avec ses voisins … Sauf que les Égyptiens ne voulaient pas vraiment voir leur personnel se syndiquer, se mettre en grève et larguer les amarres pour des cieux supposés plus cléments. C’était aussi sans compter sur les prudents à la mentalité presque helvétique qui pensaient que ce n’était pas le moment, la bonne saison, le bon leader, la bonne direction.31

L’intuition qui va animer la démarche de « Moïse », c’est le souvenir de cette divinité insaisissable et improbable des Madianites, pourtant disponible tous les jours et indépendamment de nos humeurs. Une référence qui pourrait aider ces esclaves à « sortir d’Egypte ».

Moïse va donner au peuple quelques bonnes raisons de bien se comporter, en mettant en évidence des règles élémentaires de savoir vivre en familles. Des règles valables aussi à la dimension de la tribu, voir du peuple.

Moïse est un leader spirituel, intermédiaire entre le Divin et les humains, mais pas un « Chef Alpha » c’est ce qu’il fait remarquer au « buisson » Exode 3 :11 ¶ Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? » 

Exode 4 :10 ¶ Moïse dit au SEIGNEUR : « Je t’en prie, Seigneur, je ne suis pas doué pour la parole, ni d’hier, ni d’avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur. J’ai la bouche lourde et la langue lourde. »

11 Le SEIGNEUR lui dit : « Qui a donné une bouche à l’homme ? Qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, le SEIGNEUR ? 12 Et maintenant, va, JE SUIS avec ta bouche et je t’enseignerai ce que tu devras dire. ».

13 Moïse dit : « Je t’en prie, Seigneur, envoie-le dire par qui tu voudras ! »

14 La colère du SEIGNEUR s’enflamma contre Moïse et il dit : « N’y a-t-il pas ton frère Aaron, le lévite ? Je sais qu’il a la parole facile, lui. … quand il te verra, il se réjouira en son cœur.

Bref, sans responsable de l’information, et avec un promoteur autrement plus éloquent, notre messager n’avait plus beaucoup d’arguments pour ne pas refiler la mission à son frangin Aaron, qui prendra la parole à sa place quand cela deviendra trop intimidant. Donc tout seul en présence d’un buisson prétendu ardent, il va recevoir les « DIX PAROLES » qui vont permettre de vivre libre, après avoir suivi la procédure d’exil indispensable auprès du Pharaon.

6 Une relation à Dieu qui évite l’objectivation

et la dépendance à « un autre » :

Exode 4 :12 « JE SUIS avec toi, dit–il. Et voici le signe que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple d’Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. »

13 Moïse dit à Dieu : « Voici ! Je vais aller vers les fils d’Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. S’ils me disent : Quel est son nom ? – que leur dirai–je ? »

14 Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. »

15 Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Le SEIGNEUR, Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous. C’est là mon nom à jamais, c’est ainsi qu’on m’invoquera d’âge en âge.32

Comme la grammaire de l’époque n’était pas encore configurée par l’académie, la fameuse phrase :« JE SUIS QUI JE SERAI. » donnera lieu à toutes sortes d’interprétations toutes plus passionnantes les une que les autres, pour signifier essentiellement ce que Dieu a si bien résumé : Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. »

Plus tard, on a expliqué : C’est le Dieu D’Abraham, Isaac et Jacob.

Surtout ce « divin » n’était pas réductible à un temps, à un objet, ni à un lieu particulier, ce qui pourtant lui arriva à l’insu de son plein gré, sur l’esplanade de Jérusalem particulièrement consacrée aux horions inter-religieux.

La pédagogie du « buisson »33, a été de persuader Moïse qu’il avait une mission : Avant, tu disais « je suis les ordre d’un autre » en courbant l’échine. Maintenant tu dois te montrer à la hauteur en t’affirmant « JE SUIS porteur de la règle » qui nous permettra de vivre là où coulera le lait et le miel, pour autant que j’y élève mon bétail et que nous entretenions nos ruches… sans les piquer aux voisins et en bonne entente avec eux…

Donc en ce temps là, comme on raconte dans les histoires, ces nomades, avaient suivi leurs troupeaux avec armes et bagages. Ils avaient émigrés dans le delta du Nil. Installés, ils sont devenus des cultivateurs . Ils étaient aussi les ouvriers bâtisseurs de villes et de temples.

Si Moïse prend de l’autorité, il tente de la faire partager par son peuple… Il ne veut pas être le Grand Prêtre d’une nouvelle divinité, il ne veut même pas en récupérer une dans la liste des viennent ensuite en dehors de l’Égypte. Le sens du divin qu’il tente de faire passer est dans l’être de la personne. L’être humain qui s’affirme est le seul garant de la règle de vie qui s’impose comme condition minimum.

Ce sont dix règles de vies sans effet contraignants autres que le consentement commun.

Et si on y parvient, alors on se réjouira ensemble et ce sera la célébration de ce « JE SUIS » enfin universel…

Ces itinérants qui n’avaient pas encore inventé le char, devaient se contenter d’une divinité mobile. Elle devait être assez légère pour être déplacée de campement en campement, éventuellement dans un coffre décoré de chérubins, qu’on appellera, en temps utile, « Arche de l’Alliance » chez les hébreux.

Le « dominant divin tout autre » est géré par les descendants d’Aaron, les lévites, qui organisent la « tente d’assignation », la version Camping du Temple. Comme l’explique Thomas Römer : A la longue cela devient un peu encombrant !

Pas de chance très vite le schéma de base refait son apparition : Le Veau d’Or en est un épisode, mais aussi cette phrase critique d’Exode 6:3 : « JE SUIS apparu à Abraham, Isaac et Jacob comme Dieu puissant, mais sous mon nom « Le Seigneur » (YHWH) je ne me suis pas fait connaître d’eux » : sous entendu « Ils l’ont inventé ! ».

La célébration sur l’Horeb rassemblera le peuple, et l’holocauste (sacrifice) offert est l’incinération complète de l’offrande, de ce fait il n’y a pas de reste pour alimenter un clergé !

Le besoin de se conformer aux exigences de la culture religieuse va imposer la présence des dix paroles sous forme tangible, comme référence divine : Si on n’a plus d’idole, au moins on a quelque chose à montrer34. Le pentateuque 35 va mettre en évidence ce besoin de conformité et cette lutte incessante pour asseoir la légitimité du peuple hébreu- D’abord avec la « Tente d’Assignation » et « L’Arche de l’Alliance » puis avec la construction longtemps repoussée du « Temple », refusée à David et concédée à Salomon. Il sera finalement construit par Josias.

On y incinère rituellement l’holocauste, mais on y brûle aussi toutes sortes d’animaux, dont le clergé fait sa nourriture, en encaissant les taxes religieuses. Il faut bien entretenir ces gens et leur rôle de contrôleur du rituel.

La règle devient impérative : Ce sont « Dix Commandements ». Elle se vénère comme norme à côté de la divinité dont on tait le nom. Le « SEIGNEUR » est identifié comme « Puissant » avec tous les attributs des divinités « normales », et naturellement « la meilleure » pour ses adeptes. Pour accompagner les Dix Paroles, on mettra dans la « caisse » quelques objets dont on ignore aujourd’hui l’inventaire, mais qui pourraient bien être une « Tête de Veau » et quelques autres objets symboliques en or offerts par des amis qui voulaient se faire bien voir, ou spoliés chez des ennemis pour se venger des pertes subies.

Les fidèles de Moïse vont se baser sur ces débuts prometteurs pour élaborer un ensemble de textes devenus « bibliques » inspirés par toutes sortes de sagesses, de disputes et de trouvailles. Ils ont augmenté les dix paroles d’une infinité d’autres préceptes pour éviter les sandwiches Jambon Beurre, le travail du samedi, les mariages inter religieux et les voisins arabes.

La destruction du Temple 5e siècle av.JC va permettre le développement de la célébration synagogale et le questionnement du texte justement mis à jour par Esdras et Nehémie36.

La reconstruction du Temple par Hérode l’Iduméen37, contesté à l’époque de Jésus par les disciples de Jean Baptiste et les juifs de Qumran, va remettre au centre des polémiques religieuses le statut du temple, de ses servants prêtres, Lévites, pharisiens et autres docteurs de la Loi. Les débats se retrouvent aujourd’hui dans les textes de la tradition juive du Talmud, de Jérusalem ou de Babylone.

7 Le retour aux sources, ou la pérennité de l’intuition initiale

Dans le Livre de l’Exode, lorsque « JE SUIS » se manifeste, ce sont des hommes de chair et de sang, des « messagers » pour Abraham et Sarah par exemple(EX:6:3), un « combattant » pour les retrouvailles de Jacob et Esaü.

Dans le Premier Testament, nous découvrons que « Je Suis » mandate Moïse (Ex 3:14) pour exprimer devant le peuple les dix paroles.

« Je suis qui je suis » l’énigmatique identité de ce Dieu qui va se transcrire par «  יהוה YHWH »

et se faire nommer « Le SEIGNEUR » ou « Adonaï » (Hébreu : אֲדֹנָי)Mes Seigneur38, qui est la forme « plurielle » de « Seigneur », bien que syntacticalement singulier , pour éviter de prononcer son nom en vain, nom qui a finalement été comme effacé de la mémoire et de la tradition.

« Le nom divin  suggère, pour utiliser une expression moderne, la totalité de l’être et de l’existant » écrit Mircea Eliade son « Histoire des croyances et des idées religieuses ».39

Dans la traduction grecque du Premier Testament, le tétragramme «  יהוה YHWH » est traduit par « Kurios Kurios » qui est traduit par « SEIGNEUR » celui qui est très vite associé au terme de

«דבר DAVAR  » la parole créatrice de la Genèse… seule manière d’appréhender l’identité divine. C’est cette même identité à qui est attribuée la création et les dix paroles qui sont au cœur même de l’enseignement de Jésus de Nazareth

Abraham Heschel écrit que « L’hébreu biblique n’a pas d’équivalent au mot « chose », « objet ». Le mot «דבר DAVAR  », qui plus tard servira à traduire « chose », signifie en hébreu biblique: parole, mot, message, nouvelle, demande, promesse, décision, récit, dicton, affaire, occupation, actions, bonnes actions, événement, façon, manière, raison, cause; mais jamais « chose » ni « objet ». Est-ce le signe d’une pauvreté de vocabulaire, ou plutôt l’indication d’une juste vue du monde, qui ne confond pas la réalité (mot dérivé du latin res, chose ) avec le monde des objets ? »

8 Le terme employé par Jean : le « Logos logos  »

dans le contexte hellénistique.

La tradition du premier testament en grec, alimenté par la LXX 40 utilise le terme de Logos pour traduire דבר DAVAR ce qui ne pouvait échapper à Jean l’Evangéliste, ni à Jésus lui même qui baignait dans la culture hellénistique de la région. Une région où aujourd’hui encore la pratique de diverses langues s’impose naturellement… Et nous retrouvons le « Kurios Kurios » dont nous lisons qu’il s’identifie avec Jésus dans les évangiles.

Le « Logos=logos » est un concept qui apparaît au 6e siècle av JC et qui a été explicité – si on peut dire – par Héraclite d’Ephèse qui déplorait que « ce logos qui est toujours, les hommes sont incapables de le comprendre ».

Il est à l’origine de la pensée humaine, c’est le code qui nous permet de mettre des idées et des images en relation et de les formuler pour les partager, et les transmettre. Le logos est à l’origine de la pensée humaine, il est la raison créatrice de sens : « par la parole l’homme parvient à se représenter la réalité, à lui donner un sens » Après Héraclite la notion de Logos, assimilée à la fois à la raison et à la parole, va désigner la rationalité qui dirige le monde. »41

Philon d’Alexandrie, philosophe juif contemporain de Jésus va intégrer ce concept dans la culture juive : « C’est l’image de Dieu la plus ancienne de toutes les choses intelligibles »42

Dans Le Livre de la Sagesse 43 9:1-2, nous découvrons que Dieu a créé le monde à partir de sa parole (logos logos /דבר DAVAR) tandis qu’avec sa sagesse il a formé l’homme :

1 Dieu des pères et Seigneur miséricordieux qui as fait l’univers par ta parole,(logos ) 2 formé l’homme par ta Sagesse afin qu’il domine sur les créatures appelées par toi à l’existence.

Sagesse 9 44

Jean l’évangéliste va encore insister en citant des « paroles de Jésus » : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je Suis. » (Jn 8:58) ce qui va naturellement horripiler les juifs qui l’entourent dans le temple de Jérusalem, et qui vont, évidemment, l’entendre comme « Je suis Dieu », ce que ne vont pas manquer d’expliquer les théologiens ultérieurement avec le dogme de la Trinité..

Dans l’évangile de Jean, en français, Le Verbe, c’est en grec le « Logos » logos

et quand Jésus dit « je suis » il utilise bien le verbe qui dit « l’être » personnel.

Et Jésus insiste – enfin ses amis ont insisté pour le lui faire dire – « Celui qui m’a vu a vu le Père »

Jean,14, 7-14 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux- tu dire : ? Montre-nous le Père ?  Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais.

Logiquement le début de l’Evangile de Jean résume cette affirmation, qui permettra au Rabbi de Nazareth de dire « Je Suis » avec autorité

Jean 1 :1 ¶ Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

2 Il était au commencement tourné vers Dieu.

3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.

4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,

5 ¶ et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise.

« Je Suis » les deux mots qui font « tilt dans l’Evangile de Jean : 59 mentions dans les 4 évangiles pour 91 citations dans la Bible.

« Le chemin la vérité, la vie » « la porte » « la lumière du monde » « le pain de vie » « celui que vous cherchez » et même Jean 13:19-20 : 19 Je vous le dis à présent, avant que l’événement n’arrive, afin que, lorsqu’il arrivera, vous croyiez que Je Suis.

20 En vérité, en vérité, je vous le dis, recevoir celui que j’enverrai, c’est me recevoir moi–même, et me recevoir c’est aussi recevoir celui qui m’a envoyé. »

Nous savons par le nombre de citations bibliques que le fait de dire « je suis » en affirmant sa personnalité : « Je suis celui que Dieu envoie » « Je suis le roi » «je suis prophète » etc, est une affirmation identitaire forte.

Employé dans d’autres circonstances, il est un auxiliaire verbal qui accompagne celui qui prononce les paroles : « je suis venu… » «   Je suis arrivé … » «  Je me suis trouvé … » « Je suis affligé… » etc. Qui ne souligne pas l’identité du locuteur, mais son activité ou sa situation a un moment donné.

Dans le prologue de l’Evangile de Jean cité ci dessus, l’évangéliste, et sa communauté associent directement la personne de Jésus comme expression du VERBE (être) de DIEU.

Dans la Bible on trouve « Je suis » comme affirmation divine 135 fois dans le premier Testament

71 fois seulement chez Ezechiel

et seulement 2 fois dans le second Testament

« Je suis » comme affirmation de son identité ou de son autorité : 124 fois dans le premier Testament 2 fois chez Ezechiel !

84 fois dans le second Testament 65 fois dans les actes et ss.

« Je suis …»  affirmé par Jésus de Nazareth apparaît 61 fois dans les évangiles,

cité 5 fois dans le le reste du second Testament.

Le terme « Je suis le Seigneur » (Adonaï) est mentionné 90 fois dans la Bible

« Je suis Dieu » seulement 3 fois : Ps. 46:10, Esaïe 43:12, Osée 11:9

Esaïe 52:6 : Mon peuple va savoir que JE SUIS Celui-là même qui affirme « Me Voici »

Jean 14:9 « Je suis avec vous… Celui qui m’a vu a vu le Père » (Référence à « Notre Père » dont JC est le « fils »)

Jésus de Nazareth va exprimer « je suis » dans de nombreuses situations

« Je suis au milieu de vous » « Prenez et mangez, ceci est mon corps, ceci est mon sang »…

Là ou deux ou trois sot réunis en mon nom, « JE SUIS » au milieu d’eux ...

Tiens tiens… est-ce que cela ne signifierait pas une autre représentation schématique ?

Car nous le savons bien, c’est quand nous sommes ensemble que nous percevons la présence de « JE SUIS » comme quelque chose d’immédiat, de « personnel » et d’intérieur…

« JE SUIS » est alors le sujet et non plus une forme verbale attribuée à Jésus par les habitudes du Schéma classique : Si Dieu est « tout autre » il n’est donc pas de moi.

Jésus a vécu autrefois, il est certainement (?) ressuscité mais il ne faut pas trop en parler, car il est d’une essence divine, donc inaccessible à nous autres pauvres humains sans « I-phone » céleste…

Essayons alors un autre schéma pour dire « JE SUIS » au milieu de vous.

YZ WordPress 6

ll n’y a plus d’objectivation divine.

Le respect des dix paroles est du ressort de tous et de chacun.

L’autorité est le consensus.

Quand je prie, chacun entend ma prière, ou y est sensible.

JE SUIS me répond à travers l’attention qu’il me porte.

La présence de « JE SUIS » est faite de tous ceux qui sont porteurs de cette conviction intime :  « nous sommes le sel de la terre »  « Nous sommes la lumière du Monde »45.

« Toutes les fois que vous l’avez fait c’est à moi que vous l’avez fait »46, … etc.

9 Le changement de schéma a un impact

sur le mode de célébration

A partir de la « résurrection » nous devons, une fois de plus, nous remettre à examiner la situation des disciples du Supplicié de Nazareth : L’idéal s’est effondré, c’est un cauchemar et le désarroi a gagné les plus fidèles. Pierre a même renié ses relations avec le crucifié47, comme Jésus s’y attendait.

Et puis, le « calme » revenu dans les cœurs et les consciences. Le souvenir de l’autorité de leur ami 48 et surtout la pertinence de ses propos devient évidente : Ils le reconnaissent même dans une conversation de bistrot, à Emmaüs49. Au moment où ils partageaient les souvenirs de son enseignement, il devient clair que « JE SUIS (est) au milieu d’eux ». Ce sont leurs propres sentiments, leurs propres émotions, leurs propres convictions qui le rendent présents, non pas à côté d’eux, puisqu’il n’est plus là, mais dans leurs propres affirmations de pouvoir dire « je suis » porteur de ce « message » pour un monde différent.

Encore une autre manière de recevoir la « tradition » de l’Église qui s’est instituée assez rapidement : Si l’anecdote d’Emmaüs en est une illustration, elle traduit bien l’expérience commune de tous les amis après un traumatisme partagé : On va se retrouver, pour partager nos émotions, pour un repas, « pour  boire un verre » en souvenir de lui.

Alors bien sûr ils se souviennent des repas en commun et en particulier du repas de la veille de Pâque, avec son rituel et sa traditions de partage, de plats spéciaux, de pain partagé et de « coupe du Salut » « On va faire cela en mémoire de Lui » deviendra « En mémoire de Moi » dans la liturgie.

Ce qu’ils ont en commun, c’est la conviction que les « Dix Paroles » sont maintenant de leur responsabilité et qu’ils ont la possibilité de les affirmer en tant que « je suis » leur porte voix.

Le rituel ne s’adresse plus à un Zeus Ex Machina, mais rassemble les fidèles autour d’un événement commun : Le repas de la cène en est le signe organisé par les disciples de Jésus de Nazareth comme modèle de célébration de la présence de « JE SUIS » au milieu de nous.

L’étude de la Torah50 rend évidente « la présence divine » dans le groupe qui la partage…

Pour les convives d’Emmaüs, c’est « culturellement évident ».

A distance, cela demande un éclaircissement. Car pour beaucoup de « croyants », dès que l’histoire passe la naissance de Jésus, nous sommes dans un « monde Chrétien » et tout ce qui se dit et se raconte fait partie du « Christianisme » … Le fait que Jésus soit « juif », et pour certains le plus juif des juifs, est toujours un sujet d’étonnement.51

La communauté réunie est signe de cette présence. Cette « présence » n’est plus le « symbole »52 d’une divinité qui aurait dit « je suis qui je suis » et que l’on va convoquer une fois par semaine dans une « célébration », et aussi souvent qu’on peut quand les choses ne se passent pas trop bien.

Peut-on mettre en question l’idée du « Divin Alpha » cité en exergue de cet article selon Claude Vigée … sauf que maintenant, il a de nombreux « Porte-Paroles » ordonnés ou désordonnés pour interpréter le « silence » ou la totalité de la Bible.

Nous pouvons mettre en évidence que la tradition hellénistique a avalé la tradition judéo-chrétienne dans une philosophie globalisante et rationnelle conforme à une « RELIGIO » qui a besoin d’un ensemble de règles qui permettent de se reconnaître « reliés ».

Et puis, ne nous voilons pas la face : Quand un groupe humain souhaite pérenniser son existence, il se constitue en « association », avec un président, un secrétaire, un trésorier et des membres…

Le Rabbin Marc Alain Ouaknine cite un des maîtres du Hassidisme53 qui demanda un jour à ses disciples quel était le plus grand malheur qui avait frappé le peuple Juif …

  • L’esclavage en Égypte ? Non

  • L’exil à Babylone Non,

  • La destruction du Temple Non

  • La diaspora forcée par les romains ? Non

  • Mais alors quoi ?

Le maître répond « La religion »…

Je ne peux pas manquer de rappeler que ces dix paroles ne sont pas des « commandements » à proprement parler, mais des principes de survie en société, fondamentaux pour la pérennité de l’espèce humaine . Ce sont des conseils – si on peut dire – qui se retrouvent dans toutes les société humaines, sous une forme ou sous une autre, de la Terre de Feu au Kamtchaka, et des Iles Kouriles à San Diego en Californie (en passant par Téhéran ou par l’île de Pâques!)54

10 Le Mystère de l’identification consciente de Jésus.

Pour les besoins de la cause religieuse, nous assistons à une élaboration théologique de la personnalité de Jésus de Nazareth. Nous ignorons absolument s’il « savait » que ces attributions messianiques allaient lui donner le statut divin, dont la Trinité allait couronner son identité quelques années / siècles après sa mort.

En conséquence, l’affirmation « je suis » dans la bouche de Jésus55 doit être intégrée dans le contenu signifiant de ses paroles qui sont traditionnellement attribuées au « Kurios Kurios »«  יהוה YHWH »

Pourtant, 6 lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. 7 Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, 8 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix56.

Une autre « collision » conceptuelle se produit quand Marie est envisagée comme « Mère de Dieu ». Cela se comprend naturellement, car elle est mère de Jésus, et quand il est devenu « Kurios Kurios », «דבר DAVAR  » de «  יהוה YHWH » … donc reconnu comme identique au Père originel. Ce qu’il n’a jamais lui-même prétendu.

Mais vous comprendrez aussi que cette « qualification » de Marie est une manière de

dire un dogme qui a l’inconvénient d’être totalement incompréhensible au 21e siècle

et qui doit être expliquée dans son contexte historique pour ne pas être ridicule : Comment faire cohabiter la notion de « Notre Père – Dieu – qui est aux cieux, Marie sa mère fécondée par le Saint-Esprit, qui donne naissance à Jésus –encore Dieu – sans faire des études de théologie dogmatique et historique. Se perdre dans ces méandres de l’imagination justifie certainement des bourses universitaires et des doctorats,

mais ne fait certainement pas avancer le « Royaume de Dieu ».

11 La Samaritaine et l’autorité57

La rencontre de Jésus avec la Samaritaine tend à confirmer qu’il et possible de considérer

« JE SUIS » comme une affirmation personnelle des convictions exprimées par les dix paroles.

Jean 4: 19 –« Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es un prophète.

20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu’à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer. »

Jean introduit la question dans la bouche de la samaritaine, interlocutrice improbable d’un juif traditionnel. Elle pose la question du lieu, donc de l’objectivation de la référence divine, justement celle dont « JE SUIS » avait voulu libérer le peuple hébreu par les dix paroles transmises par Moïse

21 Jésus lui dit : « Crois–moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.

Jésus répond donc dans le sens voulu initialement par « JE SUIS » en libérant l’attachement au lieu de « vénération » ou du respect du divin.

22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.

Vous adorez en un lieu qui n’est pas adéquat dit Jésus : ce qui est connu de la tradition juive qui l’a plus ou moins maladroitement transmis.

Ce sont les dix paroles, qu’il faut honorer, elles qui ne sauraient être contenues dans l’enceinte du temple de Jérusalem sous quelque forme que ce soit.

23 Mais l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père.

24 Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité. »

Quand vous dites que vous « agissez dans cet esprit » ou que vous dites « C’est dans cet esprit que je voulais l’exprimer » vous soulignez vos références morales ou éthiques, pas un « DIEU-ZEUS » qui vous tiendrait comme une marionnette par ses fils. C’est dans l’intériorisation de « JE SUIS », promoteur des dix paroles, que vous vous exprimez.58

25 La femme lui dit : « Je sais qu’un Messie doit venir–celui qu’on appelle Christ. Lorsqu’il viendra, il nous annoncera toutes choses. »

26 Jésus lui dit : « JE le SUIS, moi qui te parle. »

La samaritaine l’a bien compris puisque le texte se poursuit au v. 39

Beaucoup de Samaritains de cette ville avaient cru en lui à cause de la parole de la femme qui attestait : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »

40 Aussi, lorsqu’ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer parmi eux. Et il y demeura deux jours. 41 Bien plus nombreux encore furent ceux qui crurent à cause de sa parole à lui ; 42 et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons ; nous l’avons entendu nous–mêmes et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde. »

Les paroles de Jésus les délivrent d’une obligation localisée d’obéir à un pouvoir qui leur est extérieur. Il leur permet l’autonomie quand ils peuvent dire à leur tour « JE SUIS responsable de mes actes et de mes paroles… donc LIBRE

12 Le témoignage de 1 Samuel 8 et la demande d’un roi.

Retour aux sources : les livres de la Torah et les livres historiques du Premier Testament sont écrits à la période Perse59. Le territoire de la Palestine entre le Mont Liban et la péninsule du Sinaï est administrée par les souverains depuis l’époque de Cyrus. Les populations de culture hébraïque restaurent leurs lieux de cultes et cherchent à raviver leurs célébrations autour du sanctuaire de Jérusalem.

Les rédacteurs de la Torah vont essayer de mettre les aspirations populaires en face des réalités sociales et politiques de l’époque. Nous sommes loin des « Royaumes » de David et Salomon disparus depuis 5 siècles. Mais la tentation d’une « restauration » restera vivante jusqu’à l’époque de Jésus et au delà60. L’histoire de Samuel va mettre en évidence l’inutilité de l’institution royale d’un « souverain dominant » : Samuel prend sur lui – et « Je Suis » – pour décrire les inconvénients et risques qu’il y a à désigner un roi : Abus de pouvoir, corruption, charges fiscales et militaires, détournement des femmes, etc. Naturellement, le récit nous dit que le peuple veut quand même un « roi ».

Les auteurs expliquent que le peuple refuse d’obéir à « Dieu – Dix Paroles » et préfère avoir un leader qui leur donne une identité pareille à leurs voisins. Cela devrait leur permettre de rendre à leurs familles et villages une certaine cohésion. « Vox populi, vox Dei »61

Et c’est l’institution de la succession royale de Saül, David, Salomon, avec tous les détails qui vont expliquer les échecs de cette « histoire » du « Peuple de Dieu ». Le récit va raconter les errements politiques des rois, les compromissions des alliances, les échecs des batailles, et naturellement, les problèmes posés par « L’Arche de l’Alliance » et la représentation divine qu’il représente. Et nous découvrons que ce « Tabernacle » est plus embarrassant que motivant pour structurer le peuple, qui est pourtant sensé s’inspirer de son contenu.

Lire cette histoire et en débattre est plus utile et motivant que brûler des animaux et brailler des prières dans un temple qui ne peut plus rassembler tout le « peuple ».

Par contre, à Babylone, à Damas, en Égypte, et bientôt tout autour de la Méditerranée la tradition synagogale va se développer. Avec les juifs, nous en avons la trace dans le Talmud.

Tous les croyants sont à même de « célébrer » leur foi, de la mettre en question et d’en faire le meilleur usage en s’affirmant comme des être libres.

13 JE SUIS libre.

La réforme de l’église au 16e siècle a tenté de retrouver l’essentiel du message Mosaïque proclamé par Jésus de Nazareth en mettant en premier les textes de la Bible et la concertation synodale dans l’organisation des églises. Mais les Eglises n’ont pas su éviter le schéma fondamental de la « religio » et de l’objectivation intellectuelle de ce « Dieu tout autre ».

Il reste compris comme un « Divin dominant », qui ne l’était pas autrefois quand « Jésus de Nazareth » apprenait à ses amis à se tenir debout devant la loi et les traditions.

Karl Barth a développé sa dogmatique en relevant le caractère personnel de la relation à Dieu.

Il le décrivait comme « Le tout autre » et donc parfait. Une forme de modèle qu’il était possible, peut-être pas d’imiter totalement, mais nous pouvions au moins essayer d’accompagner « Je suis » dans le « Royaume qui s’est approché ».

L’exemple de Taizé est un compromis intéressant : La célébration y est fonctionnelle et émotionnelle. Dieu y est invoqué comme Présent dans l’Eucharistie et la communauté.

Il n’est pas évoqué comme une identification personnelle. « JE SUIS » reste celui qui a dit « Je suis celui qui dit Je suis »..Il reste sur la colline de Bourgogne, même si il est momentanément convoqué par des groupes pour des Célébrations « Taizé ». L’essentiel est de se sentir en communion et c’est déjà une manière d’assumer…« JE SUIS bien » avec les autres qui se sentent ussi bien.

En ce qui concerne l’Église Catholique Romaine, nous ne pouvons que constater qu’elle vient de loin. Elle est héritière de toutes lers sortes de traditions de la « religio » originelle.

En gardant les formes, elle tente de retrouver les fondements de l’intuition Mosaïque.

Dans l’organisation de certains ordres monastiques, dans des tentatives de réformes démocratiques, encore misogynes, elle n’échappe pas au schéma « religieux » que lui impose sa tradition et son organisation de pouvoir et d’obéissance. « Chassez le mâle dominant, il revient au galop ».

Avec les amis qui vivent un œcuménisme acrobatique en décalage avec les organes de l’institution nous pouvons reconnaître la pertinence du schéma N°2

« JE SUIS » au milieu de / parmi vous ».62

Cela peut orienter notre réflexion et relativiser les élaborations dogmatiques qui ont tenté de faire plier « JE SUIS » entre les pages de nos théologies. Nous n’avons pas besoin d’un « souverain dominant, et encore moins d’une divinité extérieure… même si elle serait pratique et menaçante pour que les enfants restent « sages ».

En résumé : « JE SUIS » est « tout autre » en effet, il n’a rien de « DIEU-ZEUS », ni d’une idole

même intellectuelle. « JE SUIS » est mon propre sujet, et rien ni personne ne peut se l’approprier

en quelque temps ou circonstances que ce soit. Mais nous en éprouvons sa pertinence, lorsque deux ou trois sont réunis en référence à ce qu’il nous a donné : L’audace de la foi.

14 Le devoir de se poser un certain nombre de questions

sans forcément se référer à DIEU

Comment prendre sur soi « JE SUIS » et intégrer personnellement les dix paroles pour faire évoluer cette « Trace intime de Dieu »( יה והYHWH ») en une divinité optionnelle, qui se serait incarnée en Jésus Christ , si on en a la conviction ?

Si « יהוה YHWH » devient le « Tout Autre » insaisissable, il est donc problématique au nom de la liberté de croyance et de la laïcité dans le contexte culturel du 21e siècle.

Cependant son influence est difficilement contestable en référence permanente aux « droits de l’Homme » et à l’exigence de « justice » et de respect des besoins équitables de chaque individu. Nous y ajoutons la « charité » qui est culturellement associée à la tradition judéo-chrétienne, le grand + qui fait toute la différence… peut-être.

Pour quelques auteurs spécialistes de la « Source Q »63 qui rassemble les « paroles de Jésus » et pas grand chose d’autre, nous déduisons que le fils du charpentier de Nazareth a passé pas mal de temps dans une des écoles rabbiniques où se pratiquait la confrontation permanente des textes avec le bon sens, la tradition, les références des sages précédents.

Celui qui explique la « parole avec autorité »64 et non pas comme les scribes, Jésus ne va certainement pas se prendre pour « LE FILS de DIEU. », sinon comme l’un de ses fils, frère en humanité et porteur d’un message de liberté reçu autrefois à la sortie d’Égypte d’un « JE SUIS »

« יהוה YHWH » initial réputé être avec nous à travers vents et marées.

Nous avons tous l’instinct de survie, mais cet instinct est canalisé et orienté par les dix paroles, pour plus de justice, de vérité, de solidarité, de reconnaissance, de charité.

Pas « moi d’abord » mais selon la « volonté de Notre Père » pour le bien de tous, à cause de « יהוה YHWH » ou parce que « JE SUIS » solidaire avec toute l’humanité.

La fonction fondamentale de l’affirmation de soi « JE SUIS » en référence à « יהוה YHWH » est de nous aider a assumer les dix paroles, comme Jésus l’a fait et nous en a donné l’exemple,

« non pas pour abolir la loi, mais pour l’accomplir »65.

Est-ce que cela se reflète dans le concept d’Humanitude cher a Albert Jacqard ?

« Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu’ils ont conscience d’être, et qu’ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-les par le mot humanitude . Ces cadeaux constituent l’ensemble des caractéristiques dont, à bon droit, nous sommes si fiers, marcher sur deux jambes ou parler, transformer le monde ou nous interroger sur notre avenir. L’humanitude, c’est ce trésor de compréhensions, d’émotions et surtout d’exigences, qui n’a d’existence que grâce à nous et sera perdu si nous disparaissons. Les hommes n’ont d’autre tâche que de profiter du trésor d’humanitude déjà accumulé et de continuer à l’enrichir . »

C’est à mon sens une façon de dire que nous sommes collectivement frères et sœurs en humanité et héritiers répondants du « Don des dix Paroles » par exemple lorsque nous disons ensemble « Notre Père… » comme le relève J-S Spong, ancien Évêque de Newark, dans sa tentative d’actualiser le message de Jésus.

« Il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » Matthieu 7:21 Le reste est accessoire.

15 Pour ne pas tirer de conclusions.

Le parcours que je vous ai proposé dans cet essai ne prétend pas être normatif, ni exhaustif.

Il est le résultat de nos discussions en préparant les semaines du Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus avec « le groupe théologique ».

C’est aussi une tentative de répondre aux questions que se posent les participants à cette semaine annuelle de juillet au bord du Lac de Neuchâtel.

Les participants sont issus des paroisses des églises de Suisse Romande et de France, de leurs amis, croyants ou pas, curieux d’approcher la Bible et d’y expérimenter des techniques de lectures et de compréhension non dogmatiques, innovantes, curieuses, inventives … et traditionnelles.

C’est quoi la Bible ? Qu’est-ce qu’elle a encore à nous dire aujourd’hui ?

– A quoi cela sert de lire ces textes vieux de plus de 2000 ans ?

– Pourquoi les Eglises ne tiennent pas plus compte de nos interrogations ?

– Peut on être non croyant et découvrir que ces textes sont importants pour comprendre notre époque ?

Il n’y a pas UNE lecture, UNE interprétation, UNE vérité,

UNE histoire du texte Biblique,

UNE conception du monde, UNE idée de Dieu.

Il y a vous et moi, il y a des savants qui ont fait des découvertes archéologiques. Il y a des philosophes qui se sont aussi posé de bonnes questions, d’autres qui ont divagué sur leurs

a-prioris dogmatiques, ou l’idée que la Bible était LA VERITE, comme une « PAROLE DE DIEU »66.

Nous avons appris avec le temps que les êtres humains doivent bien se débrouiller avec leur réalité, leurs problèmes, l’air du temps, l’évolution du monde, le progrès, le bien et le mal, l’amour et la haine, la vie et la mort.

Ils ont trouvé dans l’échange de paroles, de quoi s’expliquer, se dire ce qu’ils ressentaient, et ce qu’ils avaient envie de partager sous le soleil et la pluie, en été et en hiver, en famille ou en solitaire, pour expliquer l’inexplicable, et se réjouir du lendemain, peut-être un autre jour.

Au cœur de toutes nos interrogations, la réponse est peut-être simplement

« la vie » comme une autre identité de « Je suis »…

Bernard van Baalen, le 20 mars 2019

PS Mais où a passé le « mâle dominant » ?

YZ WordPress 7

Bibliographie :

L’idée de Dieu chez les hébreux nomades, Daniel Faivre, (préface Martin Rose, univ NE)

l’Harmattan 1996. (ISBN 2-7384-4909-3) Une intéressante exploration des diverses influences qui ont inspiré les auteurs du Premier Testament et organisé leurs traditions.

Comment Jésus est devenu Dieu.

Frédéric Lenoir. (Rédacteur en chef du Monde des religions) Fayard., 2010

La signification de la notion de Parole

dans la pensée chrétienne

F._J Leenhardt Revue d’histoire et de Philosophie /PUF N° 3 1955

Introduction à la Bible II

A.Robert & A.Feuillet Desclée & Cie 1959

The Gospel of John

R.Bultmann Westminster press 1964-1966

L’héritage De La Liberté –

De L’animalité À L’humanitude

Albert Jacquard

Seuil – 1986

Lecture de l’Évangile selon St Jean

vol 1,2,3,4.

X.-L.Dufour Seuil 1988

Histoire des croyances

et des idées religieuses 

Mircea Eliade, Payot 1989

La Source des paroles de Jésus (Q)

Aux origines du christianisme

Andreas  Dettwiler & Daniel Marguerat  Labor et Fidès 1988

La communauté Johannique et son histoire

Ouvrage collectif / Article d’A.Dettwiler p.185 Labor et Fides 1990

L’Ours : Histoire d’un roi déchu,

Michel Pastoureau.Le Seuil, 2007

(ISBN 978-2-02-021542-8)

De la naissance des dieux

à la naissance du Christ

Eugène Drewermann, Seuil 1991

L’idée de Dieu chez les hébreux nomades

Daniel Faivre, L’Harmattan 1996

Liberating the gospels

John Shelby Spong, Harper&Collins 1996

Le quatrième Evangile

Claude F.Molla Labor et Fides 1977

(en particulier sur la lumière : Le pasteur C.Molla est d’origine juive.)

Jean, L’évangile revisité

André Thayse CERF/ Racine 2001

Et l’Homme créa les dieux

Pascal Boyer Robert Laffont 2001

On achève bien les hommes,

de quelque conséquences actuelles

et futures de la mort de Dieu.

Dany-Robert Dufour, Denoël 2005

L’Evangile selon StJean

Jean Zumstein Labor et Fides 2007

Comment Jésus est devenu Dieu

Frédéric Lenoir Fayard 2010

(ISBN 978-2-213-63673-3)

Frédéric Lenoir explore le début du mouvement des disciples de Jésus de Nazareth, et comment se sont développés les titres attribués à Jésus, fils du charpentier, devenu Dieu au fil des conciles…

Jésus

Jean-Christian Petitfils Fayard 2012

(Etat de la question : Un bon résumé des précédents !)

JE SUIS …. Qui ?

יהוה comme on ne l’attend pas.

p.1 Introduction : A l’origine, la meute s’organise autour du Mâle Alpha

p.2. 1 « JE SUIS m’a envoyé vers vous » pour dé-masquer « Dieu »

p.3 2 Le schéma « normal » à l’époque de Moïse comme à la notre.

3 L’improbable gestion du Mâle Alpha dans l’organisation humaine.

p.5 4 Aménophis IV-> Akhenaton et la divinité solaire,

un faux ancêtre, et une filiation incertaine

p.6 5 Les mythes des patriarches migrateurs

p.7 6 Une relation à Dieu qui évite l’objectivation

et la dépendance à « un autre » 

p.9 7 Le retour aux sources, ou la pérennité de l’intuition initiale

8 Le terme employé par Jean : le « Logos logos  » dans le contexte hellénistique.

p.12 9 Le changement de schéma a un impact

sur le mode de célébration

p.13 10 Le Mystère de l’identification consciente de Jésus

p.14 11 La Samaritaine et l’autorité

p.15 12 Le témoignage de 1 Samuel 8 et la demande d’un roi.

13 JE SUIS libre

p.16 14 Le devoir de se poser un certain nombre de questions

sans forcément se référer à DIEU

p.17 15 Pour ne pas tirer de conclusions

p.18 Bibliographie :

1 Albin Michel 1992

2Apocalypse 1: 8 Je suis l’ALPHA & L’OMEGA dit Jésus… ce qui englobe tout l’alphabet grec.

3Précisons « Individu Alpha », Dans la période la plus archaïque, c’était la femme qui était au centre, comme productrice de ses semblables indispensables à la survie du groupe. Chez les éléphants c’est aussi une vieille femelle qui conduit le groupe. Chez le gorille et le chimpanzé c’est le « Male Alpha » qui assure la cohésion de l’espèce et chez les mammifères, le mâle dominant est celui qui possède les caractéristiques génétiques les plus sures.. Les castors sont aussi exemplaires de la prédominance d’un mâle alpha : Non seulement il est le procréateur mais il est aussi l’ingénieur hydraulicien qui va organiser les barrages sur les cours d’eau, et distribuer l’emplacement des résidences et autres terriers de son groupe. Les Lions combinent deux comportements : Une femelle dominante conduit la chasse, le mâle dominant assure la reproduction… Tout cela reste très … humain !

4A l’origine des quatre approches exégétiques traditionnelles du Judaïsme rabbinique, les principes de la Lectio divina ont été exprimés vers l’an 220 de notre ère par Origène.. En 1965, le Concile Vatican II « Dei Verbum » promulgue la Lectio divina non seulement pour le clergé qui l’a toujours pratiqué mais aussi pour tous les chrétiens. Popularisée par le Cardinal Martini dans le Diocèse de Milan la lectio divina est devenue un mode de méditation et de prière commun à toutes les confessions religieuses.

5El = identité de la divinité au singulier. Eloïm = identité de la divinité au pluriel plus souvent utilisé dans les textes.

6Les Dix Paroles

7 Avec un Grand « H » s’il vous plaît

8 300 av JC

9 « On achève bien les hommes », quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu.

Dany-Robert Dufour Denoël 2005

10Genèse 1:26-28. « pour dominer la terre »

11Genèse 2 : 5-7 et 2:18 L’homme créé pour cultiver, et la femme pour l’assister !

12Genèse 4:1-15

13Genèse 33 : Le combat avec l’ange et la réconciliation des « patriarches »

14 successivement et pas simultanément

15Michel Pastoureau, L’Ours : Histoire d’un roi déchu, Le Seuil, 2007

16 Moïse et l’exode.

171 Samuel:1 – 8 qui culmine avec la description des inconvénients (du pouvoir ) de la royauté !

18 Cf Zénon 3e s. Av JC, qui recommande de suivre les rituels pour le bénéfice de la société

19Actes 17 : 16-34

20Le monothéisme Égyptien d’Akhenaton n’a rien à voir avec l’histoire de Moïse disent les spécialistes, même Thomas Romer en doute. Cependant nos ancêtres n’étaient pas plus stupides que nous, et peut-être avaient-ils la même intuition.

21La « tente d’assignation » Tabernacle qui abritait l’Arche d’alliance à l’époque de Moïse. Son architecte en chef, Béséléel désigné par Dieu à Moïse. Gen.18 : 1, 6, 9-10 met en évidence le mode de vie des hébreux nomades, et la tente d’assignation devient le sanctuaire (Exode 25 : 8).

22Aussi connu comme Amenhotep IV (né possiblement entre -1371/-1365 et mort vers -1338/-1337,

23 Jusqu’à CF Ramuz « Si le soleil ne revenait pas »

24La région qui couvre des Fleuves du Tigre et de l’Euphrate, jusqu’aux côtes méditerranéennes et l’Egypte.(Aujourd’hui Irak Syrie, Jordanie et une partie du Nord Sinaï)

25Genèse 37 à 46

26La naissance de Moïse : Exode 2 : 1-6 La file de pharaon trouve l’enfant abandonné sur le Nil, et le confie à une nourrice de la tribu même de Moïse, en fait sa mère !

271303-1213 Yul Bryner dans le film

28Jusqu’à la révolution Française, c’était l’argument des « nobles » et autres notables.

29Exode 2 : 11-25. Moïse se réfugie à Madian. Il épouse les filles de Jethro, et leurs convictions.

30Exode 3:1-6.

31 c’est vrai pourquoi pas aller en Lybie, 4000 ans plus tard ils auraient pu exploiter le pétrole !

32 Exode 3:11-15

33Exode 3, 4 etc.

34Thomas Römer, Collège de France, les pérégrinations de l’Arche de l’Alliance . 2018

35 les 5 livres de la Torah la Bible Hébraïque +er testament.

36 Entre – 538 et – 432 après le règne de Cyrus e particulier, plus tolérant envers les traditions des peuples soumis.

37 Ce projet débuta vers 19 av JC, et fut terminé vers + 63

38Note 5 p.2 Comme un refus de singularité, à une époque ou le monothéisme n’est pas à la mode.

39 p.192

4070, Traduction grecque de la Bible Hébraïque 1-2e siècle av JC

41Les scientifiques le raprocheraient aujourd’hui du/des langages informatiques

42 F.Lenoir, comment Jésus est devenu Dieu p. 120

43 appelé en grec Sagesse de Salomon)

44 Ce livre de rédaction grecque fait partie du canon des Écritures inspirées pour les catholiques et les orthodoxes, mais ne figure pas au canon des écritures hébraïques ou protestantes.

45Matthieu 5 : 13-14

46Matthieu 25: 40

47Marc 14: 66-72

48Luc 4 : 31-32, Matthieu 7: 28 etc

49Luc 24 : 13-35

50 de la bible chez les chrétiens

51Martin Buber disait qu’il fut  » le plus juif de tous les juifs « 

52A vec la « présence réelle » qui est devenue incontournable de celle du célébrant attesté.

53Tradition du judaïsme orthodoxe fondé au 18e siècle par le « Baal Shem Tov »

ou Bescht :Israël Ben Eliezer. 1700-1760 Ce sont les « fondamentalistes en noir » d’Israël et Manhattan.

54 On achève bien les hommes, DanyRobert Dufour ou quelques conséquences inattendues de la « mort de Dieu »

55 les textes qui lui ont étés attribués.

56 Phil.2:6-8

57Jn 4:19ss

58En référence à l’informatique, c’est le « programme » ou l’algorithme qui vous permet de fonctionner.

595e-4e siècle av JC.

60Encore actuelle chez les traditionnalistes en Israël au 21e siècle.

61La voix du peuple est la voix de Dieu : 1 Samuel 8 : 22.

62Schéma p. 11.

63Une sélection de « paroles de Jésus » qui sont dans les Evangiles, et que les exégètes considèrent comme plus proches de l’Histoire authentique de Jésus de Nazareth.

64Mc 1 : 21-22 ,Mt 7 :28-29

65Mt 5:17-20

66Dans les liturgies traditionnelles, la lecture de la bible est introduite par ces mots :

« Nous lirons maintenant dans la Parole de Dieu »

La vocation de Samuel dans son contexte

Implication pratique de la lecture de la bible

comme témoignage d’expériences vécues.

Dans mon article avec une proposition d’interprétation du mot « dieu » j’ai essayé d’examiner les besoins des populations qui ont porté ces textes jusqu’à nos jours, en les situant dans leurs contextes historiques et culturels.

En préparant le thème de la « Vocation de Samuel » pour le camp Biblique Œcuménique 2019 à Vaumarcus, nous abordons plus spécifiquement les « livres historiques » qui racontent les situations vécues par le peuple hébreu depuis « les Prophètes » jusqu’à la fin de la Royauté.

Le texte est assemblé entre le 5e et le 4e siècle, sur la base des traditions orales, des récits attachés aux sanctuaires et aux tribus qui ont formé un ensemble pas très homogène, mais linguistiquement proche.

« Les livres historiques » Josué, Juges Samuel et Rois sont utiles à la fin de la royauté, quand les Perses vont régir l’administration de la région, et Jérusalem devient le « centre spirituel » des Hébreux, héritiers des nomades vivant entre la Syrie et l’Egypte.

L’intérêt de ces « histoires » c’est leur vertu pédagogique : Elles paraissent au moment où, dit-on, le peuple juif se recompose et réorganise le culte du Temple.

Les histoires de l’Arche de l’Alliance évoquent le passé lointain du nomadisme qui ne se pratique plus. Les territoires ont été partagés entre les « familles » devenues « tribus ». Son contenu même a quitté les « tables de la Loi » pour entrer dans les « paroles » dont on fait mémoire.

Il est question des « sages-juges » d’autrefois, plus modestes que les rois contemporains. Il est question des « Rois d’Israël et de Juda » à commencer par Saül, David et Salomon dont le modèle culturel sera les Omrides qui lui succéderont deux siècles plus tard. Les rois ne sont que des hommes avec leurs qualités et leurs défauts, les « combats des chefs » ont servi à répartir les territoires. Tout cela, c’est du passé, il faut regarder vers l’avenir.

Une des grandes figures de ce passé est le « Juge-Prophète » Samuel que nous allons suivre dans le premier livre qui porte son nom.

1 Samuel 1 : 1-19

« Dis Maman, pourquoi les rois ne sont pas des Superhéros ? »

Cela pourrait être la question que se posait un enfant d »Hébron au 5e siècle av JC, alors qu’il n’y avait plus de roi depuis -586…

Et son père aurait pu répondre « il était une fois à l’époque des Juges un saint homme au sanctuaire de Silo (…) qui finalement a consacré Saül le premier roi : Le saint homme s’appelait Samuel et il était un grand prophète… »

« Oui mais il venait d’où, et comment savait-on qu’il était un « prophète » ? »

« Je vais te raconter son histoire et sa naissance … » Et pour répondre à la demande avec pertinence, le narrateur va faire appel à ce qui répond le mieux à l’attente de ses auditeurs, à savoir aux récits mythologiques de naissance des « grandes figures symboliques » connues de la culture de l’époque. Le pharaon naît d’une vierge et de Dieu (Le pharaon précédent) La plupart des héros grecs sont dès leur naissance des personnages extraordinaires. Ils sont soit enfants d’un dieu et d’une mortelle comme Héraclès ou Achille, soit enfants d’un roi, comme ou Thésée. Le récit de la naissance de Moïse ressemble de près à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l’Empire Assyrien. Certes, le thème de l’enfant exposé et miraculeusement sauvé est largement répandu dans le folklore (Romulus et Remus, Cyrus, Horus…); par exemple, le récit de la naissance de Sargon ressemble à celle de Moïse, sans oublier la naissance des fils d’Abraham dont la mère Sarah était stérile, et celle de Jésus de Nazareth, tous nés grâce à Dieu.

Encore faut-il le prouver: Les « gardiens de la religion » se méfient des personnes inspirée par des breuvages inappropriés… ou par des idées qui les mettent en défaut.

1 Samuel 1:20-28

Il est de première importance de souligner la légitimité de Samuel en en faisant un « élu » ou un

enfant né de l’intervention et porteur de l’inspiration divine. Il sera le garant et traducteur de cette volonté. En 587 Nebucadnetzar s’empare de Jérusalem et fait du Royaume de Juda une province de Babylone. Le temple est profané, on y célèbre des « dieux étrangers » comme autrefois dans le royaume de Samarie, et c’est la justification des défaites des héritiers de Moïse.

Pour éviter ça il faut respecter les rituels, les offrandes et holocaustes requis. Cela concerne en particulier les officiants des lieux saints qui se doivent d’être irréprochables, ce qui, à l’époque, était loin d’être le cas : Pour officier légalement, il fallait être formé et accrédité par le clergé local et par le pouvoir occupant. Le slalom spirituel devait être un sport éminemment stimulant intellectuellement et moralement. Si la tradition est respectée, si les responsables « consacrés » ne cèdent pas à la corruption, Dieu sauvera son peuple, comme il l’a déjà fait si souvent. Les fidèles (de l’époque) en sont la preuve. (« Let’s Israël be great again » Un argument qui ne trump pas !).

Si Samuel est obéissant, il sera le messager (du) divin.

1 Samuel 2 évoque les histoires connues : Quand le maître des lieux, Eli, ne contrôle pas ses enfants,et qu’ils se livrent à la corruption, à l’extorsion de fonds, et au détournement de biens sociaux, le châtiment divin s’abattra sur eux. La seule chance d’en sortir est la restauration de la loi et de l’ordre avec un nouveau gardien du temple.

En 538 Cyrus autorise le retour des juifs à Jérusalem et en 432 Esdras viendra rétablir la « LOI » au Temple de Jérusalem.

1 Samuel 3 : 1 – 4:1,

L’appel de Samuel est un récit obligé de tous les catéchismes : Un enfant appelé par Dieu, il y a de quoi faire rêver une grand-maman qui le voit déjà officier le dimanche matin !

Dieu appelle, ce n’est pas le gardien du Temple, héritier d’une dynastie corrompue. Non l’appel vient d’ « ailleurs ». Il vient de la souffrance du peuple qui patiente et subis les pressions de l’occupant et les méfaits de la corruption qui l’accompagne hier comme aujourd’hui. Samuel est appelé à faire le ménage à Silo, et ce ne sera pas sans crainte des représailles. Mais Eli est un brave prophète qui ne se fait pas d’illusion sur ses fils. Les Assyriens et les Babyloniens ont quelque peu dégradé les fonctions sacerdotales, même à Jérusalem. Les autres lieux saints sont disqualifiés pour cause de profanations – y compris Silo – Le Temple de Jérusalem pourrait un jour abriter l’Arche de l’Alliance (Ah bon, il n’y a que les grands prêtres qui le disent !). C’est la chance d’une restauration : C’est Dieu qui le veut, c’est raconté là, dans l’histoire de Samuel : On va y arriver : Il faut respecter les dix paroles des « Tables de la Loi » et c’est inscrit dans l’ADN du peuple, et le peuple ne se trompe jamais quand il se réfère à Dieu…

(Concept assez dangereux, hier comme aujourd’hui, d’où l’intérêt d’un tel livre.)

1 Samuel 4 et 5: Le châtiment de la dynastie d’Eli et les tribulations infligées par les Philistins

Avec ou sans la « Caisse de l’Alliance » le peuple s’est fait bousculer du Nord au Sud, c’est de notoriété historique et mémorielle. Les collines arides de Juda ont servi de refuge. La Samarie au Nord a été convoitée par les Égyptiens, puis par les Philistins dès le 11e siècle. Ils visaient ses ressources agricoles qui transitaient par les ports de la Méditerranée. Les Assyriens et les Babyloniens s’en sont mêlés avec la collaboration des tribus jalouses de la région. Les noms de lieux et les cités mentionnées dans le texte soit étaient désertées depuis longtemps ou pas encore réinvesties à l’époque racontée par les auteurs. La cité d’Hébron est le centre commercial entre l’Arabie l’Égypte et les ports Philistins de Tyr , Sidon, Ashdod et Ashkelon. L’ancêtre tutélaire d’Hébron va devenir le « père des patriarches » Abraham, qui devra bien s’entendre avec les autres figures des tribus de la région. Elles deviennent ses fils dans les récits de la Genèse : Les compromis économiques font les grandes familles.

1 Samuel 6 : 1 – 21

L’ « Arche de l’Alliance » est une sorte de patate chaude, un objet extrêmement encombrant qui rappelle les fondamentaux de l’humanité, donc divins. Si « les autres » ont gagné les batailles depuis pas mal d’années, c’est que nous n’avons pas été fidèles au contenu de l’arche.

Et si ceux qui le détiennent ont des problèmes, c’est qu’ils n’ont pas compris que son « fonctionnement » est exclusif de toute autre allégeance.

C’est le contenu significatif de l’Arche qui pose plus problème que sa réalité matérielle.

Le récit ici se veut encore une fois pédagogique : Au 5e et 4e siècle la situation a changé ce ne sont plus les mêmes qui habitent les villes et les villages. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : Va-t-on se battre pour le droit et la justice ou pour le pouvoir sur les voisins, pour les circuits économiques ou pour la liberté de vivre en paix ?

1 Samuel 7: 1- 27 :la restauration d’un « peuple »

Les Philistins sont définitivement vaincus/assimilés par les Perses vers -530.

Entre -520 et – 515 Suite à l’édit de Cyrus les sacrifices reprennent à Jérusalem. Le temple va être reconstruit. Il faut donc le re-légitimer en y réinstallant « la Loi ». Tous les temple de l’époque contiennent des statues ou des symboles de divinités… on ne peut pas y échapper, sauf qu’ici l’expression de « YHWH », ce sont dix paroles qui n’ont plus besoin de support matériel. Il faut également éliminer les restes des Baals et Astartés, et des autres divinités comme Ashéra, la compagne de YHWH qui s’efface des références depuis un siècle.

L’observation et l’étude de la loi vont remplacer les sacrifices dans les communautés éloignées à Babylone, et à Éléphantine, en Egypte. La pratique ouvrira la voie de la spiritualité et de la pratique Synagogale après la destruction définitive du Temple par les Romains.

C’est la période féconde de la rédaction des textes « historiques » de Samuel et des Rois qui vont être « publiés » en -444 avec la proclamation de « la Loi » (les 5 livres de Moïse) par Esdras et renouvellement de l’alliance avec Dieu.

Il faut raconter qu’à l’époque, Samuel, messager de Dieu, « Juge Prophète » a été à l’origine de la défaite des Philistins. – Josué avait vaincu Jéricho, alors pour les Philistins c’est aussi une vieille histoire. Les villes citées en fin de chapitre n’existaient pas à l’époque attribuée à Samuel, par contre elles sont bien réelles au 4-5e siècle, donc l’auditeur du récit comprend le contexte politique. Les Perses ont pacifié la zone… et donc Samuel pourra faire annuellement le tour des sanctuaires où il n’y a plus de conflit ouvert et il s’installe à Rama (Le Hauts), environ 8km au nord de Jérusalem, donc pas au Temple ! – Aujourd’hui en bordure des territoires « palestiniens », le lieu n’est pas répertorié sur les cartes israéliennes… Samuel ne serait sans doute pas bienvenus à Jérusalem.

1 Samuel 8 : 1 -22 « Tu l’as voulu, tu l’as eu ! »

Du point de vue contemporain, c’est le chapitre le plus révélateur de la pertinence des écrits bibliques.

Il faut absolument rétablir la situation, explique le texte aux juifs du 4e siècle. Les Perses libèrent les habitants de la région : Il n’y a plus de rois, ni de juges dignes de ce nom ; Les meneurs sont Esdras et Néhémie, prophètes autoproclamés et défenseurs d’une orthodoxie plus exclusive. Le Temple est en restauration, les cérémonies réorganisées. La paix semble pouvoir durer jusqu’à l’arrivée des romains. Il faut trouver un autre « modus vivendi ».

L’expérience montre que même avec un Juge-Prophète éclairé comme Samuel, la dynastie sacerdotale n’a pas d’avenir. Ses fils sont comme ceux d’Eli sont « dévoyés par le lucre : Ils acceptent des cadeaux, ils firent dévier le droit » (8:3). (Abu Dhabi et le Kremlin ne sont pas si loin!). Donc le bon peuple – il est toujours « bon » – va demander un roi à Samuel, pour faire comme tout les autres peuples du voisinage : Avoir un « Porte Parole » pour s’identifier, quand c’est nécessaire.

La pression exercée autrefois par les Philistins fut telle, qu’elle semble en partie avoir été responsable de l’institution de la monarchie israélite.

(Le personnage littéraire de) Samuel se rend compte que l’Arche de l’Alliance ne fait plus le poids, car elle a été subtilisée au moment de la destruction du Temple. La « Crainte de Dieu » n’est plus un argument de management.

Le peuple veut un Roi pour faire des affaires. Quelqu’un qui a visiblement l’autorité qu’il peut faire respecter, contrairement à une « éthique fondamentale » impossible à enfermer dans un code civil ou religieux. (Il a commencé à se faire à Babylone mais n’aura jamais statut juridique civil.)

Et là Samuel, inspiré par le bon sens et par Dieu va leur faire LE discours qui devrait être répété à toutes les ouvertures de constituantes et à toutes les élections

Samuel a demandé à « Dieu » ce qu’il devait faire avec la demande du peuple.

1 Samuel 8:7 Le SEIGNEUR dit à Samuel : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi. Ils ne veulent plus que je règne sur eux. 8Maintenant donc, écoute leur voix. Mais ne manque pas de les avertir : apprends-leur comment gouvernera le roi qui régnera sur eux. »”

10 Samuel redit toutes les paroles du SEIGNEUR au peuple qui lui demandait un roi.

11 Il dit : « Voici comment gouvernera le roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils pour les affecter à ses chars et à sa cavalerie, et ils courront devant son char.

12 Il les prendra pour s’en faire des chefs de millier et des chefs de cinquantaine, pour labourer son labour, pour moissonner sa moisson, pour fabriquer ses armes et ses harnais. 13 Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères.

14 Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs. Il les prendra et les donnera à ses serviteurs.

15 Il lèvera la dîme sur vos grains et sur vos vignes et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. 16 Il prendra vos serviteurs et vos servantes, les meilleurs de vos jeunes gens et vos ânes pour les mettre à son service.

17 Il lèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes enfin, vous deviendrez ses esclaves. 18 Ce jour-là, vous crierez à cause de ce roi que vous vous serez choisi, mais, ce jour-là, le SEIGNEUR ne vous répondra point. »1

19 Mais le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. « Non, dirent-ils. C’est un roi que nous aurons. 20 Et nous serons, nous aussi, comme toutes les nations. Notre roi nous jugera, il sortira à notre tête et combattra nos combats. »

21 Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles du SEIGNEUR.

L’auteur du texte ne se fait aucune illusion, il a l’expérience de trois siècles de royautés calamiteuses, et donc il sait de quoi il parle.

Le peuple dit « Cause toujours on veut un roi » Samuel leur répondit « Vous l’aurez car Dieu dit : V.22 « Écoute leur voix et donne leur un roi »

Et Samuel les renvoya « foutez moi le camp !».

Le récit Biblique décrit leurs rois, qu’ils s’appellent Saül, David, Salomon et tous les autres.

Aujourd’hui « le peuple » élit Trump, Orban, Netanyahou, Erdogan ou Bolsonaro, ils sont de tous les temps, et agissent toujours de la même manière : Ils se font élire par le « bon peuple » qui a toujours raison… et voilà pourquoi on raconte cette histoire encore aujourd’hui.

Concrètement, et historiquement, ils n’ont plus eu de roi.

1 Le v. 18 préfigure les « Gilets Jaunes » de l’automne 2018

Dieu, sans aucun doute, mais lequel ?

Dieu, après tout, ou avant rien ?

Le pasteur Etienne Guilloud a relevé au cours de notre discussion dans l’équipe théologique du CBOV que mon expression dubitative – c’est le moins qu’on puisse dire – à propos du terme « Dieu » avait troublé les jeunes participants à l’équipe de préparation du CBOV . En résumé la question est la suivante :

  • Comment peut-on être un théologien ( au CBOV)   et ne pas

  • croire en « Dieu » ?1

Nous nous en sommes expliqués et nous sommes tombés d’accord qu’il ne s’agit pas d’une confession d’athéisme, mais d’une compréhension des textes de la Bible qui nous fait utiliser le « mot valise » Dieu d’une manière qui traduit étymologiquement et culturellement depuis l’époque grecque, les concepts des auteurs et philosophes classiques. Un « divin » qui est radicalement différent de la perception Judéo-Mosaïque.

Comme le terme biblique « YHWH » est imprononçable, et intraduisible, pour des raisons de convenances on a dit que c’était « comme » Zeus, le dieu supérieur de la Grèce antique. Donc quand on ne l’appelle pas « EL»2., « Eloïm » ou « EL SHADDAÏ » le tout puissant, voir « LE SEIGNEUR » comme le fait la TOB pour « YHWH » que les juifs appellent « Adonaï », on l’appelle Dieu et c’est de là que vient une confusion qui me fait dire que je ne crois pas en ce « Dieu » là !

Le mot « Dieu » se rattache à une source indo-européenne : “Dei”, qui était utilisée par les anciens européens pour exprimer la lumière du soleil, et d’autres phénomènes lumineux observés dans le ciel. On peut dire que, étymologiquement, “Dei” signifiait et signifie toujours : “lumière dans le ciel”.

 Les Romains ont adopté, sous le nom de Jupiter, le “Zeus” des Grecs. Ce nom – celui du dieu suprême dans la mythologie grecque – “Zeus” se prononçait “Zeous”, ce qui a donné “Deus” ( prononciation latine: “De-ous” ). Et, c’est de cette racine “Di” en français, le mot “Dieu” a pris naissance à partir du latin “Deus” 

Avec ce mot “Dieu” on est donc très loin d’une traduction honnête du mot “Elohim”3, premier terme de la Genèse.

Le Dieu « culturel » qui accompagne le quotidien, celui qui nous « vient en aide » pour « faire la pluie et le beau temps », pour « gagner au Loto », pour retrouver notre parapluie, pour repousser l’échéance d’une facture ou nous faire réussir un examen, c’est le Zeus classique celui qui vient en aide à Ulysse, à Agamemnon, à Antigone.

Il est aussi « clandestin » dans les textes de la Bible qui datent de la période Perse et hellénistique, dès le 5e siècle av. JC, c’est ce Dieu-Zeus qui fait tourner la terre, arrêter le soleil et les Philistins, ouvrir la mer et « culbuter chevaux et cavaliers ».

Il convient de lui faire des offrandes, qu’il soit « Veau d’OR » ou au dessus des « Autels de sacrifices » cela ne change rien, « Dieu » reste le frère de Zeus, de Baal, d’Astarte, de Zoroastre et cie. Pour ne rester que dans la tradition biblique4.

Qui croire, en qui croire, comment croire,

qui le sait, et comment le dire ?

Il y a deux manières d’aborder la question : Accepter la (con)fusion philosophico étymologique, avec l’adhésion religieuse à la tradition thomiste (de St Thomas) et des philosophes chrétiens. Ils se sont évertués a organiser la dogmatique contraignante de l’EGLISE institution, qui laisse à Dieu par exemple de décider quand l’eucharistie sera universellement reconnue  : « C’est impossible (interdit) pour les hommes d’en décider » On attend donc « un coup de tonnerre » cataclysmique sur … allez au hasard, Le Vatican ! (C’est plein d’hommes, avec des robes!)

Deuxième possibilité : chercher dans les textes de la tradition du judaïsme le «  » traduit par YHWH, le « Nom Interdit » au « nom » duquel Jésus de Nazareth a été crucifié. Les Juifs disent « Hachem » = Le Nom sans préciser.

Première manière, la plus populaire pour ne pas dire traditionnelle

y compris dans nos églises, quelles que soient leurs dénominations :

Nous remontons le temps et nous essayons de comprendre l’intention des auteurs de nos « textes sacrés » et en plus « Bibliques » (voir « coraniques »). Ils sont, faut-il le rappeler, le fruit de traditions multiples et de couches rédactionnelles complexes développées sur une période qui se compte sans doute en siècles. Mais dont la rédaction finale, celle qui nous intéresse se fait, (à la louche) au 5e siècle av. JC. Et considérons l’environnement culturel des auteurs bibliques. Depuis la dynastie des Omrides, le Royaume d’Israël est en « relations d’affaires » avec tout le bassin méditerranéen : La présence des divinités « étrangères » dans les sanctuaires locaux sont autant de relais pour les marchands et les voyageurs. Les élites de la région, prophètes, sages, juges religieux sont influencés par les idées qui circulent avec les marchandises.

La religion « populaire », héritière de l’animisme primitif, répond aux questions courantes de la pluie et du beau temps et de l’humeur de la tribu. Elle est et reste largement respectée, adaptée, acclimatée par ceux qui « savent » mages, magiciens, devins et interprètes des « choses d’en haut » ou celles « d’en bas ». C’est le fond de commerce de toutes les religions qui deviennent des institutions … mêmes divines !

Donner un nom à la divinité avec un lieu, et une fonction permet d’en contrôler ses « oracles » et ses fidèles.

Si le début de la philosophie est envisagé au début du VIe siècle. Les premiers philosophes sont des physiciens, ils réfléchissent sur la physis = la nature : de quoi sommes nous constitués5 ?

Il faut noter que le Ve siècle méditerranéen est marqué par l’apogée philosophique de la Grèce. Platon et Socrate en sont les principaux acteurs. Cette situation est particulièrement vraie lorsqu’on se penche sur l’histoire d’Athènes, c’est en effet là que se concentrent savoir, sciences et richesses. C’est là, à l’âge d’or de la Grèce, qu’apparaît une forme de réflexion nouvelle, l’étude du logos « La Parole » ou « le verbe » qui dit le monde et son usage.

Nous en retrouvons la trace en ouverture de l’Evangile de Jean6 : « Au commencement était la Parole (Logos) , et la Parole était auprès de Dieu (Théos), et la Parole était Dieu ». Jean 1:1 « Et le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». Jean 1 :14

Ici appliqué à Jésus de Nazareth.

Le « logos » parole/verbe est la base même de « la communication » c’est le « message » qui « donne le sens ». En hébreu l’équivalent même la fonction créatrice.7

Pour les philosophes grecs, les cosmogonies (Mythologies) deviennent des histoires symboliques qui traduisent des comportements et des attitudes. Zeus est invoqué, mais tout le monde ne lui accorde pas la même crédibilité. Il devient « Dieu » un concept originel, joyeusement illustré et père de famille nombreuse, sans pour autant pouvoir faire avancer « le Schmilblick ».

Paul de Tarse « missionnaire » va se trouver confronté aux « philosophes d’Athènes » qu’il prend par erreur pour des adeptes croyant à la mythologie Olympienne8. Il fait référence au « dieu inconnu » dont il a aperçu un autel en allant les rencontrer. Eux se posent la question de la matière des choses, de l’arrangement des atomes, de la pertinence de la vision, de la perception des sons, et du mouvement des étoiles… Alors l’histoire d’un type qui revient du séjour des morts, même juif, ils ont compris : l’Hadès et Charon font de jolies histoires pour Epidaure et son théâtre ! Paul va se réfugier à Corinthe pour se familiariser avec la culture grecque pendant trois ans, heureusement pour nous !

Il y a donc deux manières de prendre la question de Qui est / qu’est-ce qui est « Dieu » avec le matériel littéraire à disposition du 5e siècle av.JC. Nous avons suivi dans les paragraphes précédents la voie « sacerdotale » celle qui va privilégier le sanctuaire de Jérusalem avec son fonctionnement « mis à jour » grâce aux Perses. La compréhension de la présence et de l’efficacité de Dieu-Zeus, est inspirée de la pensée hellénistique (sans doute aussi apportée par les philistins absorbés par la culture locale). Dieu va devenir « celui qui voit tout depuis la voûte céleste » qui contrôle la bonne marche des humains et les conduits à la « vie éternelle » dans le meilleur des cas. Le clergé sera le garant de la bonne marche du système, ouvrant ou fermant les portes du paradis « Au nom du Dieu Tout Puissant » Amen.

Pour retrouver ses clés, c’est St Antoine !

Pour être clair, vous savez que Jésus comprend la foi9 de ses interlocuteur sans la mettre en doute et en accepte toutes les variantes :

« Jésus lui dit alors Mc 5, 34: « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » . Jésus, prenant la parole, lui dit: Mc 10:51 « Que veux-tu que je te fasse? Rabbouni, lui répondit l’aveugle, que je recouvre la vue. 52Et Jésus lui dit: Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt il recouvra la vue, et suivit Jésus dans le chemin ». , Puis Jésus dit au centenier: Mt 8:13 Va, qu’il te soit fait selon ta foi. Et à l’heure même le serviteur fut guéri. Etc.10

En ce qui me concerne, je n’ai aucun problème avec la foi de ceux avec qui je vis, si cette foi leur permet de « bien vivre », et d’être « libre » pour prendre les décisions du quotidien comme celles qui impliquent la communauté humaine, autrement dit la « politique » au sens noble du terme.

L’autre possibilité de l’alternative,

et c’est celle que va privilégier Jésus de Nazareth,

La première fois où la question du nom de « ??? » se pose, se trouve dans le livre de lExode 3 : 13 – 14
… 
« Moïse dit à Dieu11: J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je? Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. » Et il ajouta: « C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël: Celui qui s’appelle « je suis » m’a envoyé vers vous.

…Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération. »

« Eyeh asher Eieh » l’intraduisible formulation hébraïque qui continue d’embarrasser tous les religieux « du Livre ». C’est le nom de celui qui a formulé les « Dix Paroles »

« Ashem »= « le nom » en hébreu qui devient ce que les juifs peuvent prononcer à la place du mot « Dieu », dont nous avons vu qu’il s’élance de L’Olympe comme un terme générique qui plane sur toutes nos discussions.

« Nom de Nom » est un juron, que d’autres expriment par « De Dieu de Dieu »…

« Tu ne prononceras pas « le nom » en vain » est une des « dix Paroles ».

Pour un lecteur/auditeur francophone il faut dire : « Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain »…

Avant d’aller plus loin, je ne me prononcerai pas – par incompétence – sur les diverses théories des sources «  Deutéronomistes », « Elohistes »,« Yahvistes », « Sacerdotales » etc, qui sont certainement pertinentes pour dater, situer, mettre en perspective tel ou tel passage du Premier Testament. Ce n’est pas question de « foi » mais de recherche linguistique fondamentale sur les origines multiples d’un texte que nous pouvons lire en traduction et interprétation dans nos bibles12.

Je vous propose de suivre les besoins d’une partie de ceux que nous considérons comme les « anciens » du Judaïsme, les « nomades » qui pérégrinaient au moyen orient au « début de leurs histoires » qu’elles soient Abrahamique ou Mosaïque.

Nous lisons dans la Bible que les relations entre sédentaires et nomades ont toujours été problématiques voir conflictuelles. En particulier autour de l’utilisation des ressources en eau, des puits, des sources et des citernes. Les sédentaires ont en outre des lieux sacrés, monticules, autels ou sanctuaires, habités par des divinités tutélaires, généralement assez concrètes pour en faire des statues ou des représentations visibles.

Les nomades circulent avec leurs troupeaux entre les territoires, et s’invitent sur les aires de pâtures ou de culture des sédentaires, payant tribut ou allégeance, éventuellement en libérant l’accès en combattant.

Ces groupes familiaux élargis adoptent parfois – par mariage – la vénération de divinités adoptées qu’ils vont installer provisoirement avec d’autres, profitant d’un autel sacrificiel momentanément libre ou accueilant.

Les archéologues ont relevé que la densité des populations de Galilée, et encore plus des montagnes de Juda a été fluctuante : Les villages occupés à certaines époques sont désertés à d’autres, et cela pendant des dizaines d’années, voir un siècle ou deux. Les pressions climatiques ou militaires touchant les uns et pas les autres ont permis à des nomades de se sédentariser. Des sédentaires ont été forcés au nomadisme : Les pérégrinations d’Abraham n’ont pas toujours été volontaires à ce que nous en savons.

Akhénaton, le Pharaon qui règne entre -1355/-1353 à -1338/-1337 avait essayé de réformer la religion égyptienne, en instituant un dieu soleil unique, visible, aveuglant et inaltérable, avec un succès qui s’éteindra avec Toutankaton devenu Toutânkhamon (né vers -1345, mort vers -1327) les religieux d’autrefois ayant repris le pouvoir sur le jeune souverain. L’idée d’une divinité originelle extérieure parcourant le ciel et déterminant les saisons, les pluies, le chaud et le froid, et éclairant la surface de la terre avait quelque chose qui a certainement survécu chez quelques groupes, comme Jethro13 le prêtre de Madian chez qui Moïse s’est réfugié en fuyant l’Egypte…

Des hébreux localement employés pour la construction de Pithom et Pi-Ramses à l’époque de Ramsès 214 auraient quitté les chantiers et se seraient enfuis dans le Sinaï15. Il ne s’agit pas de tout un peuple, mais certainement de groupes qui partagent la même langue, et les mêmes coutumes que les nomades qu’ils vont rejoindre dans les zones de transhumances entre l’Égypte et le Mont Liban.

Ces nomades en déshérence n’ont pas d’attache religieuse et leurs dévotions les porteraient plus volontiers vers une divinité « comme les autres ». Problème : Ils n’ont pas de lieu où l’installer et là où ils sont aujourd’hui sera sans doute abandonné demain : On n’abandonne pas les dieux n’importe où… tout de même !

Le récit de l’exode va nous donner une piste intéressante : « Moïse » (si on veut) leader charismatique va faire une proposition qu’il va attribuer à « Dieux » Dix « paroles »16 qui sont autant de directives pour vivre en famille, en société, avec ses voisins, et en paix avec soi-même.

Nous savons par le récit biblique que cela ne fut pas facile à accepter : Les traditionalistes préférant un « Veau d’Or » plus bling-bling vis à vis des voisins, mais aussi plus lourd et convoitable par les ennemis.

L’avantage des « dix Paroles » c’est leur immatérialité : Apprises par cœur, on ne les oublie pas. Impossible à dérober, chacun peut les faire siennes et s’y référer pour prendre ses décisions.

Oui mais : Les humains sont ainsi faits qu’ils ont besoin de « voir » pour croire, de manifester leur adhésion par des cérémonies, comme des offrandes, voir des sacrifices. Impossible de faire un sacrifice pour des « Paroles » a moins qu’elles soient

visibles d’une manière ou d’une autre ; car dit une des dix paroles :
3 Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. 4Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. 5Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, l’Eternel, ton Dieu17, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent,… Exode 20:3-5

L’astuce, comme compromis, sera d’écrire ces « Dix Paroles » sur des tablettes, d’argile ou de pierre, de les placer dans un coffre décoré finalement assez somptueusement – on ne lésine pas avec « Dieux », et on va développer un sanctuaire de camping pliable et transportable au gré des déplacements. Pour le monter et le démonter, des spécialistes vont être désignés, de la tribu de Lévi. Des sacrificateurs seront élus pour offrir des holocaustes sur les autels « officiels » près desquels on aura dressé la tente. Ainsi tout rentre dans l’ordre. Le pouvoir est toujours à prendre, rarement à partager.

Déjà à l’époque, « le sage montre le soleil, et l’imbécile regarde le doigt » L’important18, c’est le signifiant des « dix Paroles », pas les dix assemblages de mots écrits, ni leur support, aussi précieux soit il.

Le sociologue Dany Robert Dufour19 relève dans une étude qui aborde le développement de l’humanité sous l’angle des besoins initiaux de l’enfant pas terminé à la naissance, remarque que comme l’instinct de survie commun à tous les êtres vivants, on trouve sous toutes les latitudes des règles de « vie en commun » qui sont proches des « dix Paroles » attribuées à Moïse.

Implicitement, il vaut mieux s’entendre avec ses parents, ne pas tuer son voisin, nous pouvons avoir besoin de lui. Il ne faut pas le voler, pour qu’il n’exerce pas de rétorsion. Il vaut mieux ne pas piquer la compagne de ton frère, il serait en droit de t’en vouloir ! Etc. En cas de danger provoqué par le non respect de ces « conseils » le « sauve qui peut » conserve la vie.

Être vivant est le plus sûr moyen de le rester.

Pour ce sociologue athée le paradoxe est évident : les « dix Paroles » sont la seule « preuve de l’existence de Dieu » comme une sorte de trace dans l’ADN de l’humanité, témoignage articulé du vivant original et véritable « souffle de vie » au sens donné par les textes de la Bible20.

Quel sens donner maintenant à ce qui est nommé « Dieu ». ?

Nous avons traversé les textes de la tradition judéo-chrétienne. Nous avons tenté d’identifier ce qui relève du « Deus-Théos-Zeus » cette divinité qui réalise nos prières les plus incongrues par l’effet magique de formules, de liturgies, d’offrandes. Il nous récompense si nous sommes « sages » et veillant sur chacun de nous, il nous fait subir le châtiment que nous méritons en cas de rébeillon, consciemment ou pas.21

Nous avons parcouru la Palestine et nos lieux de cultes avec l’Arche de l’Alliance,

quelques reliques, et des tabernacles. Nous avons constaté que leur gestion relève plus de l’exercice du pouvoir que du discernement charitable, avec des exceptions bien sûr. Les rois sont des humains comme les prophètes.

Nous avons entrevus « Je suis » comme source de vie, et communicateur de principes essentiels de vie. Nous avons approché de la « lumière » dont Jésus dit qu’elle est aussi « la vie », comme « le chemin » ou « La Vérité ».

Quand on demande à Jésus « Quel est le premier de tous les commandements ? »

29 Jésus répondit : « Le premier, c’est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ; 30 tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force.

31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. » Marc 12:28-31

Quand nous lisons la description du berger qui sélectionne ses animaux Mt 25:31-46 nous savons que « la pratique » de la foi n’a rien à voir avec les jérémiades religieuses, mais essentiellement avec l’exercice de la charité.

C’est la mise en pratique des « Dix Paroles » comme le souligne l’histoire de l’homme riche qui demande : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? »

17 Jésus lui dit : « Pourquoi m’interroges-tu sur le bon ? Unique est celui qui est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. » 18 « Lesquels ? » lui dit-il. Jésus répondit : « Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de faux témoignage. 19 Honore ton père et ta mère. Enfin : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » 20 Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai observé. Que me manque-t-il encore ? » 21 Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi ! » Mt 19:16 – 21

Croire ou savoir ?

Il faut maintenant aborder la question de la « fidélité » au « message de Jésus de Nazareth », autrement dit à ce qui et couramment défini comme « l’EVANGILE »22

L’Ecole Biblique de Jérusalem23 et Etienne Nodet ont abondamment décrit le milieu contestataire du judaïsme puis du judéo-christianisme. La domination des Pharisiens sur les Lois et Rituels liés au Temple est de notoriété biblique24 Les dissidents se retrouvaient en dehors des agglomérations, le long des rivières, au bord de la Mer Morte ou de Tibériade où Jésus les rejoignait pour les encourager25 : Cette foule ne supportait plus le pouvoir exercé par les « gardiens du Temple » qui, par exemple, forçaient les fidèles à faire des offrandes payées avec l’argent du temple, différent de la monnaie romaine en usage en dehors. Le Temple était même contesté, ayant été reconstruit par Hérode l’Asmonéen, qui n’était pas dans la lignée Davidique.

La contestation du symbole le plus important de l’identité judaïque n’était pas nouvelle au temps de Jésus, le Prophète Amos26 n’est pas tendre non plus avec les élites qui gouvernaient à l’époque :

« Je déteste, je méprise vos pèlerinages, je ne puis sentir vos rassemblements, 22 quand vous faites monter vers moi des holocaustes ; et dans vos offrandes, rien qui me plaise ; votre sacrifice de bêtes grasses, j’en détourne les yeux ; 23 éloigne de moi le brouhaha de tes cantiques, le jeu de tes harpes, je ne peux pas l’entendre. 24 Mais que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable ! » Amos 5 :21 ¶

Il faut revenir aux commencements, même les plus complexes, de l’irruption des « dix Paroles ».

  • Il y a l’interdiction de donner un nom ou de représenter la divinité qui en est à l’origine.

  • Il y a la réponse à la question « Qui es-tu ? » qui n’a pas été donnée à Jacob lors de son « Combat avec l’Ange »27

  • Mais surtout la question posée par Moïse, et dont la réponse consiste en un « JE SUIS » : Une forme permanente impossible à traduire, mais qui identifie celui qui énonce les « Dix Paroles ».

  • Enfin il y a toutes les occasions où Jésus exprime qui est celui qu’il incarne :

« JE SUIS » le chemin, la vérité et la vie28, « JE SUIS » la lumière du monde29

et en d’autres occasions où il n’est pas certain qu’il parle de lui même, mais de ce qu’il incarne et qui lui sera reconnu par les théologiens.30

Le verbe (logos) « être » à la, première personne identifie celui qui parle … S’il est « programmé » avec les « Dix Paroles » il agira en conséquence, et cela sera à ses risques et périls, comme Jésus de Nazareth l’a démontré avec sa fin atroce.31

– Si c’est une question de foi = croyance, alors on peut en négocier personnellement l’intensité.

  • Si cela relève du « savoir », c’est une évidence qui est extérieure à moi. Je peux adhérer ou pas, mais elle est objectivement discernable dans les textes, comme j’ai essayé de le montrer, et dans l’expérience de nombreux compagnons en charité et « contemporains » de Jésus de Nazareth au cours des siècles, qui se sont affirmés debout « JE SUIS » en mettant en pratique les « Dix Paroles ».

Dans la culture du début du 21e siècle, de l’informatique et des communications, de la physique Quantique, de la relativité générale, et peut-être de l’intelligence artificielle,

les « dogmes » dérivés de la lecture de la Bible jusqu’au 20e siècle ne résistent pas à l’expérience du quotidien de la plupart d’entre nous.

Dans cette même culture, les thèmes et Histoires Saintes de la Bible trouvent un sens nouveau dans une lecture ouverte qui entend la voix des anciens, et en fait le meilleur usage dans le cadre de sa propre compréhension : Prières, méditations communes, louanges etc. Pour vivre librement et heureux. L’absolution est une pratique qui libère, à condition qu’elle n’asservisse pas le pêcheur repenti !

Nous ne devons pas oublier que dans la besace que trimbale le christianisme qui a succédé au judaïsme, les vierges des sources, les troncs sacrés des Celtes, les grottes au carrefour des méridiens magnétiques et les Calendes Grecques, la fête du Solstice et celles des récoltes ont été phagocytées et baptisées puisqu’on ne pouvait en éradiquer la vénération. Tout ce qui vous aide à vivre est sacré, tout ce qui entrave votre vie est contraire au « logos » …

Evêque épiscopalien32 de Newark près de New York jusqu’en 2000, John Shelby Spong, disait – et écrivait- que les trois premières affirmations du Notre Père étaient absurdes et ne correspondaient plus à rien :

Notre Père : Cette image n’a pas de sens depuis que nous savons que génétiquement nous n’avons pas d’ancêtre singulier ou commun.

Qui est… C’est une affirmation qui n’a pas de sens sinon pour ceux qui souhaitent le croire, mais c’est vraiment très relatif : Personne n’en sait rien.

Aux Cieux… Là il n’y a plus de doute, entre les galaxies les plus lointaines, et au plus profond des « Trous Noirs », il n’y a rien ni personne pour pouvoir seulement avoir l’air d’être « Dieu ».

Cependant, ajoute l’évêque, dans la liturgie, dans un groupe, avec un ami, je prononce le « Notre-Père » je me constitue solidaire fraternellement de ceux qui avec moi, expriment cette relation. Si « Dieu » n’est pas dans les cieux, il est là au cœur de la vie fraternelle, de ceux qui la partagent à ce moment33 puisqu’ils ont le même « père ».

Il n’est donc pas question de dire « Nous avons été abusés par ceux qui nous ont fait croire aux histoires de la Bible » et donc la religion chrétienne n’a pas de sens !34

Les institutions chrétiennes, toutes églises confondues, ont eu à cœur de copier, recopier et nous transmettre les textes bibliques, dont ils connaissaient la valeur du « Logos » qu’ils contenaient. Nous devons être reconnaissants à tous les croyants de quelque orientation que ce soit, qui se sont mis au service des institutions pour lire, relire, désosser, analyser les textes de la bible et des contemporains (de toutes les époques!) Nous devons beaucoup au Siècle des Lumières, aux philosophes de la renaissance, à Spinoza, juif et perspicace, qui avait compris de quoi il retournait, et à Nietzsche qui nous a dit que Dieu ne se portait pas très bien, comme l’a confirmé J.A.T Robinson dans son livre sur la « mort de Dieu » en 1964.

En 2007 le pasteur hollandais Klaas Hendrikse publiait : Croire en un Dieu qui n’existe pas. Manifeste d’un pasteur athée. 40 000 exemplaires vendus aux Pays-Bas. Un succès inattendu pour un ouvrage de théologie : « Je l’ai écrit pour lancer le débat. Dans les Églises, les gens sont tous assis, regardant dans la même direction et écoutant la même personne. Je propose un modèle qui préfigurerait l’Église du futur. Il faut que ce soit une discussion, un échange d’expériences. »35

Enfin, et pour arriver à une conclusion « ouverte » je rappellerai cette rencontre entre des pasteurs suisses en recyclage à Jérusalem, et accueilli par un rabbin qui n’avait pas peur de rencontrer des « goys » qui connaissaient36 la Bible. Un des participants posait une question en s’adressant au Rabbin comme à un « collègue théologien ».

Le rabbin l’a vertement corrigé : Il n’était pas « théologien » car il n’y a pas de théologie37 possible en considérant une divinité dont on ne sait rien, dont nous ne connaissons pas le nom, par ailleurs interdit. Il n’existe pas au sens commun du terme, Il est impossible à déterminer ou à définir. Toute proposition à son propos serait démentie par son contraire : Puissant, il est impuissant, Grand, il est petit, accueillant, il est sourd. « Tout puissant » il a depuis longtemps prouvé son impuissance.

Présent, il ne cesse d’être absent. Tonitruant, il s’est tu à Auschwitz.

Le rabbin a expliqué que nous pouvons à loisir exprimer la position et les réflexions des hommes sur leurs relations avec « Dieu ». Ce sera toujours une relation partielle et partiale. De « Dieu » on ne peut rien dire. Mais les hommes et les femmes peuvent le percevoir quand il se manifeste, toujours incognito et par surprise là où personne ne l’attendait. Le rabbin avait terminé par la boutade banale en Israël :

« Dieu n’existe pas et nous sommes son peuple ! »

Au début des dictionnaires automatiques dans les traitements de textes informatiques, lorsque vous tapiez « dieu » le programme vous proposait systématiquement « vieux »… jusqu’au jour où vos l’inscriviez dans votre dico perso.

Nous ne pouvons que constater que les questions de « dieu » et de « la religion » sont plus problématique aujourd’hui dans un contexte des revendications d’une laïcité

pure et dure : Pour les tenants d’une laïcité fondamentaliste il semble que « Dieu » a une très grande importance si nous considérons les moyens qu’ils mettent en œuvre pour le mettre de côté.

Pour la majorité des européens de traditions judéo-chrétiennes, La religion et Dieu sont le cadet de ses soucis, tant qu’on n’en a pas besoin « pour marquer le coup » ou les étapes d’une vie.

En résumé, avant le « Big Bang » il n’y avait rien, ni temps, ni espace, ni personne.

La Bible raconte la création en sept jours38 par le « verbe » de Dieu…

« Dieu » serait-il « la Parole » avant « les Paroles »

Les dix en sont la trace…

C’est tout ce que je sais,

Mais je crois que je peux le partager avec toi …

Bernard van Baalen, le 4 décembre 2018

Bibliographie :

Essai sur les origines du judaïsme de Josué aux Pharisiens,

Étienne Nodet39 Collection Les Études annexes de la Bible de J. 304 pages – avril 1992.

A New Christianity for a New World

J.S Spong, HarpersSanfrancisco, 2002.

Honest to God.

John A. T. Robinson, traduit en français : Dieu sans Dieu. Paris,

Nouvelles Editions Latines, 1964, 188 p.

La Bible dévoilée

Les nouvelles révélations de l’archéologie
[The Bible unearthed] Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman

Trad. de l’anglais par Patrice Ghirardi

Collection Folio histoire (n° 127),Bayard 2002, Gallimard 2004

Croire en un Dieu qui n’existe pas. Manifeste d’un pasteur athée,

Klaas Hendrikse, Editions Labor et Fides, 2011, 232 pages

L’idée de Dieu chez les hébreux nomades.

Une monolâtrie sur fond de polydémonisme
Daniel Faivre, L’Harmattan 1996.

On achève bien les hommes:

De quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu

Dany Robert Dufour, Denoël 2005


Bibliographie :

Essai sur les origines du judaïsme de Josué aux Pharisiens,

Étienne Nodet39 Collection Les Études annexes de la Bible de J. 304 pages – avril 1992.

A New Christianity for a New World

J.S Spong, HarpersSanfrancisco, 2002.

Honest to God.

John A. T. Robinson, traduit en français : Dieu sans Dieu. Paris,

Nouvelles Editions Latines, 1964, 188 p.

La Bible dévoilée

Les nouvelles révélations de l’archéologie
[The Bible unearthed] Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman

Trad. de l’anglais par Patrice Ghirardi

Collection Folio histoire (n° 127),Bayard 2002, Gallimard 2004

Croire en un Dieu qui n’existe pas. Manifeste d’un pasteur athée,

Klaas Hendrikse, Editions Labor et Fides, 2011, 232 pages

L’idée de Dieu chez les hébreux nomades.

Une monolâtrie sur fond de polydémonisme
Daniel Faivre, L’Harmattan 1996.

On achève bien les hommes:

De quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu

Dany Robert Dufour, Denoël 2005

Implication pratique de la lecture de la bible

comme témoignage d’expériences vécues.

Dans la première partie de cette proposition d’interprétation du mot « dieu » j’ai essayé d’examiner les besoins des populations qui ont porté ces textes jusqu’à nos jours, en les situant dans leurs contextes historiques et culturels.

En préparant le thème de la « Vocation de Samuel » pour le camp Biblique Oecuménique 2019 à Vaumarcus, nous abordons plus spécifiquement les « livres historiques » qui racontent les situations vécues par le peuple hébreu depuis « les Prophêtes » jusqu’à la fin de la Royauté.

Le texte est assemblé entre le 5e et le 4e siècle, sur la base des traditions orales, des récits attachés aux sanctuaires et aux tribus qui ont formé un ensemble pas très homogène, mais linguistiquement proche.

« Les livres historiques » Josué, Juges Samuel et Rois sont utiles à la fin de la royauté, quand les Perses vont régir l’administration de la région, et Jérusalem devient le « centre spirituel » des Hébreux, héritiers des nomades vivant entre la Syrie et l’Egypte.

L’intérêt de ces « histoires » c’est leur vertu pédagogique : Elles paraissent au moment où, dit-on, le peuple juif se recompose et réorganise le culte du Temple.

Les histoires de l’Arche de l’Alliance évoquent le passé lointain du nomadisme qui ne se pratique plus. Les territoires ont été partagés entre les « familles » devenues « tribus ». Son contenu même a quitté les « tables de la Loi » pour entrer dans les « paroles » dont on fait mémoire.

Il est question des « sages-juges » d’autrefois, plus modestes que les rois contemporains. Il est question des « Rois d’Israël et de Juda » à commencer par Saül, David et Salomon dont le modèle culturel sera les Omrides qui lui succéderont deux siècles plus tard. Les rois ne sont que des hommes avec leurs qualités et leurs défauts, les « combats des chefs » ont servi à répartir les territoires. Tout cela, c’est du passé, il faut regarder vers l’avenir.

Une des grandes figures de ce passé est le « Juge-Prophète » Samuel que nous allons suivre dans le premier livre qui porte son nom.

1 Samuel 1 : 1-19

« Dis Maman, pourquoi les rois ne sont pas des Superhéros ? »

Cela pourrait être la question que se posait un enfant d »Hébron au 5e siècle av JC, alors qu’il n’y avait plus de roi depuis -586…

Et son père aurait pu répondre « il était une fois à l’époque des Juges un saint homme au sanctuaire de Silo (…) qui finalement a consacré Saül le premier roi : Le saint homme s’appelait Samuel et il était un grand prophète… »

« Oui mais il venait d’où, et comment savait-on qu’il était un « prophète » ? »

« Je vais te raconter son histoire et sa naissance … » Et pour répondre à la demande avec pertinence, le narrateur va faire appel à ce qui répond le mieux à l’attente de ses auditeurs, à savoir aux récits mythologiques de naissance des « grandes figures symboliques » connues de la culture de l’époque. Le pharaon naît d’une vierge et de Dieu (Le pharaon précédent) La plupart des héros grecs sont dès leur naissance des personnages extraordinaires. Ils sont soit enfants d’un dieu et d’une mortelle comme Héraclès ou Achille, soit enfants d’un roi, comme ou Thésée. Le récit de la naissance de Moïse ressemble de près à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l’Empire Assyrien. Certes, le thème de l’enfant exposé et miraculeusement sauvé est largement répandu dans le folklore (Romulus et Remus, Cyrus, Horus…); par exemple, le récit de la naissance de Sargon ressemble à celle de Moïse, sans oublier la naissance des fils d’Abraham dont la mère Sarah était stérile, et celle de Jésus de Nazareth, tous nés grâce à Dieu.

Encore faut-il le prouver: Les « gardiens de la religion » se méfient des personnes inspirée par des breuvages inappropriés… ou par des idées qui les mettent en défaut.

1 Samuel 1:20-28

Il est de première importance de souligner la légitimité de Samuel en en faisant un « élu » ou un

enfant né de l’intervention et porteur de l’inspiration divine. Il sera le garant et traducteur de cette volonté. En 587 Nebucadnetzar s’empare de Jérusalem et fait du Royaume de Juda une province de Babylone. Le temple est profané, on y célèbre des « dieux étrangers » comme autrefois dans le royaume de Samarie, et c’est la justification des défaites des héritiers de Moïse.

Pour éviter ça il faut respecter les rituels, les offrandes et holocaustes requis. Cela concerne en particulier les officiants des lieux saints qui se doivent d’être irréprochables, ce qui, à l’époque, était loin d’être le cas : Pour officier légalement, il fallait être formé et accrédité par le clergé local et par le pouvoir occupant. Le slalom spirituel devait être un sport éminemment stimulant intellectuellement et moralement. Si la tradition est respectée, si les responsables « consacrés » ne cèdent pas à la corruption, Dieu sauvera son peuple, comme il l’a déjà fait si souvent. Les fidèles (de l’époque) en sont la preuve. (« Let’s Israël be great again » Un argument qui ne trump pas !).

Si Samuel est obéissant, il sera le messager (du) divin.

1 Samuel 2 évoque les histoires connues : Quand le maître des lieux, Eli, ne contrôle pas ses enfants,et qu’ils se livrent à la corruption, à l’extorsion de fonds, et au détournement de biens sociaux, le châtiment divin s’abattra sur eux. La seule chance d’en sortir est la restauration de la loi et de l’ordre avec un nouveau gardien du temple.

En 538 Cyrus autorise le retour des juifs à Jérusalem et en 432 Esdras viendra rétablir la « LOI » au Temple de Jérusalem.

1 Samuel 3 : 1 – 4:1,

L’appel de Samuel est un récit obligé de tous les catéchismes : Un enfant appelé par Dieu, il y a de quoi faire rêver une grand-maman qui le voit déjà officier le dimanche matin !

Dieu appelle, ce n’est pas le gardien du Temple, héritier d’une dynastie corrompue. Non l’appel vient d’ « ailleurs ». Il vient de la souffrance du peuple qui patiente et subis les pressions de l’occupant et les méfaits de la corruption qui l’accompagne hier comme aujourd’hui. Samuel est appelé à faire le ménage à Silo, et ce ne sera pas sans crainte des représailles. Mais Eli est un brave prophète qui ne se fait pas d’illusion sur ses fils. Les Assyriens et les Babyloniens ont quelque peu dégradé les fonctions sacerdotales, même à Jérusalem. Les autres lieux saints sont disqualifiés pour cause de profanations – y compris Silo – Le Temple de Jérusalem pourrait un jour abriter l’Arche de l’Alliance (Ah bon, il n’y a que les grands prêtres qui le disent !). C’est la chance d’une restauration : C’est Dieu qui le veut, c’est raconté là, dans l’histoire de Samuel : On va y arriver : Il faut respecter les dix paroles des « Tables de la Loi » et c’est inscrit dans l’ADN du peuple, et le peuple ne se trompe jamais quand il se réfère à Dieu…

(Concept assez dangereux, hier comme aujourd’hui, d’où l’intérêt d’un tel livre.)

1 Samuel 4 et 5: Le châtiment de la dynastie d’Eli et les tribulations infligées par les Philistins

Avec ou sans la « Caisse de l’Alliance » le peuple s’est fait bousculer du Nord au Sud, c’est de notoriété historique et mémorielle. Les collines arides de Juda ont servi de refuge. La Samarie au Nord a été convoitée par les Égyptiens, puis par les Philistins dès le 11e siècle. Ils visaient ses ressources agricoles qui transitaient par les ports de la Méditerranée. Les Assyriens et les Babyloniens s’en sont mêlés avec la collaboration des tribus jalouses de la région. Les noms de lieux et les cités mentionnées dans le texte soit étaient désertées depuis longtemps ou pas encore réinvesties à l’époque racontée par les auteurs. La cité d’Hébron est le centre commercial entre l’Arabie l’Égypte et les ports Philistins de Tyr , Sidon, Ashdod et Ashkelon. L’ancêtre tutélaire d’Hébron va devenir le « père des patriarches » Abraham, qui devra bien s’entendre avec les autres figures des tribus de la région. Elles deviennent ses fils dans les récits de la Genèse : Les compromis économiques font les grandes familles.

1 Samuel 6 : 1 – 21

L’ « Arche de l’Alliance » est une sorte de patate chaude, un objet extrêmement encombrant qui rappelle les fondamentaux de l’humanité, donc divins. Si « les autres » ont gagné les batailles depuis pas mal d’années, c’est que nous n’avons pas été fidèles au contenu de l’arche.

Et si ceux qui le détiennent ont des problèmes, c’est qu’ils n’ont pas compris que son « fonctionnement » est exclusif de toute autre allégeance.

C’est le contenu significatif de l’Arche qui pose plus problème que sa réalité matérielle.

Le récit ici se veut encore une fois pédagogique : Au 5e et 4e siècle la situation a changé ce ne sont plus les mêmes qui habitent les villes et les villages. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : Va-t-on se battre pour le droit et la justice ou pour le pouvoir sur les voisins, pour les circuits économiques ou pour la liberté de vivre en paix ?

1 Samuel 7: 1- 27 :la restauration d’un « peuple »

Les Philistins sont définitivement vaincus/assimilés par les Perses vers -530.

Entre -520 et – 515 Suite à l’édit de Cyrus les sacrifices reprennent à Jérusalem. Le temple va être reconstruit. Il faut donc le re-légitimer en y réinstallant « la Loi ». Tous les temple de l’époque contiennent des statues ou des symboles de divinités… on ne peut pas y échapper, sauf qu’ici l’expression de « YHWH », ce sont dix paroles qui n’ont plus besoin de support matériel. Il faut également éliminer les restes des Baals et Astartés, et des autres divinités comme Ashéra, la compagne de YHWH qui s’efface des références depuis un siècle.

L’observation et l’étude de la loi vont remplacer les sacrifices dans les communautés éloignées à Babylone, et à Éléphantine, en Egypte. La pratique ouvrira la voie de la spiritualité et de la pratique Synagogale après la destruction définitive du Temple par les Romains.

C’est la période féconde de la rédaction des textes « historiques » de Samuel et des Rois qui vont être « publiés » en -444 avec la proclamation de « la Loi » (les 5 livres de Moïse) par Esdras et renouvellement de l’alliance avec Dieu.

Il faut raconter qu’à l’époque, Samuel, messager de Dieu, « Juge Prophète » a été à l’origine de la défaite des Philistins. – Josué avait vaincu Jéricho, alors pour les Philistins c’est aussi une vieille histoire. Les villes citées en fin de chapitre n’existaient pas à l’époque attribuée à Samuel, par contre elles sont bien réelles au 4-5e siècle, donc l’auditeur du récit comprend le contexte politique. Les Perses ont pacifié la zone… et donc Samuel pourra faire annuellement le tour des sanctuaires où il n’y a plus de conflit ouvert et il s’installe à Rama (Le Hauts), environ 8km au nord de Jérusalem, donc pas au Temple ! – Aujourd’hui en bordure des territoires « palestiniens », le lieu n’est pas répertorié sur les cartes israéliennes… Samuel ne serait sans doute pas bienvenus à Jérusalem.

1 Samuel 8 : 1 -22 « Tu l’as voulu, tu l’as eu ! »

Du point de vue contemporain, c’est le chapitre le plus révélateur de la pertinence des écrits bibliques.

Il faut absolument rétablir la situation, explique le texte aux juifs du 4e siècle. Les Perses libèrent les habitants de la région : Il n’y a plus de rois, ni de juges dignes de ce nom ; Les meneurs sont Esdras et Néhémie, prophètes autoproclamés et défenseurs d’une orthodoxie plus exclusive. Le Temple est en restauration, les cérémonies réorganisées. La paix semble pouvoir durer jusqu’à l’arrivée des romains. Il faut trouver un autre « modus vivendi ».

L’expérience montre que même avec un Juge-Prophête éclairé comme Samuel, la dynastie sacerdotale n’a pas d’avenir. Ses fils sont comme ceux d’Eli sont « dévoyés par le lucre : Ils acceptent des cadeaux, ils firent dévier le droit » (8:3). (Abu Dhabi et le Kremlin ne sont pas si loin!). Donc le bon peuple – il est toujours « bon » – va demander un roi à Samuel, pour faire comme tout les autres peuples du voisinage : Avoir un « Porte Parole » pour s’identifier, quand c’est nécessaire.

La pression exercée autrefois par les Philistins fut telle, qu’elle semble en partie avoir été responsable de l’institution de la monarchie israélite.

(Le personnage littéraire de) Samuel se rend compte que l’Arche de l’Alliance ne fait plus le poids, car elle a été subtilisée au moment de la destruction du Temple. La « Crainte de Dieu » n’est plus un argument de management.

Le peuple veut un Roi pour faire des affaires. Quelqu’un qui a visiblement l’autorité qu’il peut faire respecter, contrairement à une « éthique fondamentale » impossible à enfermer dans un code civil ou religieux. (Il a commencé à se faire à Babylone mais n’aura jamais statut juridique civil.)

Et là Samuel, inspiré par le bon sens et par Dieu va leur faire LE discours qui devrait être répété à toutes les ouvertures de constituantes et à toutes les élections

Samuel a demandé à « Dieu » ce qu’il devait faire avec la demande du peuple.

1 Samuel 8:7 Le SEIGNEUR dit à Samuel : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi. Ils ne veulent plus que je règne sur eux. 8Maintenant donc, écoute leur voix. Mais ne manque pas de les avertir : apprends-leur comment gouvernera le roi qui régnera sur eux. »”

10 Samuel redit toutes les paroles du SEIGNEUR au peuple qui lui demandait un roi.

11 Il dit : « Voici comment gouvernera le roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils pour les affecter à ses chars et à sa cavalerie, et ils courront devant son char.

12 Il les prendra pour s’en faire des chefs de millier et des chefs de cinquantaine, pour labourer son labour, pour moissonner sa moisson, pour fabriquer ses armes et ses harnais. 13 Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères.

14 Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs. Il les prendra et les donnera à ses serviteurs.

15 Il lèvera la dîme sur vos grains et sur vos vignes et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. 16 Il prendra vos serviteurs et vos servantes, les meilleurs de vos jeunes gens et vos ânes pour les mettre à son service.

17 Il lèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes enfin, vous deviendrez ses esclaves. 18 Ce jour-là, vous crierez à cause de ce roi que vous vous serez choisi, mais, ce jour-là, le SEIGNEUR ne vous répondra point. »40

19 Mais le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. « Non, dirent-ils. C’est un roi que nous aurons. 20 Et nous serons, nous aussi, comme toutes les nations. Notre roi nous jugera, il sortira à notre tête et combattra nos combats. »

21 Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles du SEIGNEUR.

L’auteur du texte ne se fait aucune illusion, il a l’expérience de trois siècles de royautés calamiteuses, et donc il sait de quoi il parle.

Le peuple dit « Cause toujours on veut un roi » Samuel leur répondit « Vous l’aurez car Dieu dit : V.22 « Écoute leur voix et donne leur un roi »

Et Samuel les renvoya « foutez moi le camp !».

Le récit Biblique décrit leurs rois, qu’ils s’appellent Saül, David, Salomon et tous les autres.

Aujourd’hui « le peuple » élit Trump, Orban, Netanyahou, Erdogan ou Bolsonaro, ils sont de tous les temps, et agissent toujours de la même manière : Ils se font élire par le « bon peuple » qui a toujours raison… et voilà pourquoi on raconte cette histoire encore aujourd’hui.

Concrètement, et historiquement, ils n’ont plus eu de roi.

1 Bibliographie en fin de texte:Je n’invente rien et je me réfère à des études de théologiens ou d’archéologues respectés.

2« El » semble avoir été, à l’époque du bronze ancien (-2300 – 1600 av JC), une sorte de nom générique comme le terme « dieu » que nous entendons aujourd’hui, il se trouve dans les noms : Israël, Ismaël, Nathanael, Yoël, etc.

3« Elohim » est un pluriel « englobant » signifiant de manière « singulière » un « Dieux » acceptable par tous….C’est le « principe créateur originel »… Vous n’avez pas compris ? « C’est fait pour ! » mais il faut bien « faire avec » ! .

4Cf Cahier théologique du CBOV « Je Suis ?» dans les Evangiles qui mentionne le Nom de Dieu donné à Moïse.

5 Les oracles divins n’expliquent plus la marche du monde, l’observation des astres, les mathématiques et l’expérimentation sont plus surs.

6 rédigé au 1er sècle, dans le meilleur grec du 2e testament

7« Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut » > tout le poème de la création.

8 Actes 17:16-34

9 la perception de Dieu ou ce qu’ils entendent par Dieu et son action.

10 la foi du centenier est particulière : Il croit surtout à la hiérarchie militaire et à l’autorité des chefs… et pour lui, Jésus est un « chef » en son genre.

11Ici le mot « dieu » traduit « Elohim » le terme employé aussi en Genèse 1 (voir note 2) Mais pas l’Eloim de Raéliens.

12 En ce qui concerne le premier testament, la version grecque dite « des 70 » emploie le mot « Théos » au sens générique et particulier pour désigner le « Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob », un « dieu créateur » hellénistique.

13Dans la Bible. Il est l’un des fils d’Abraham et de sa concubine Ketourah, Les récits ne sont pas « historiques » mais portent la trace de l’évolution des habitants la région.

14(en égyptien ancien Ousirmaâtrê Setepenrê, Ramessou Meryamon), né aux alentours de -1304 et mort à Pi-Ramsès vers -1213

15C’est l’histoire de Moïse dont il n’y a aucune trace archéologique ne en Egypte ni dans les royaumes voisins. La naissance et l’enfance du Roi Sargon -2350 est sans doute à l’origine de la légende du panier enduit de bitume : Il n’y a pas de bitume en Egypte !

16 référence à ce fameux Logos

17« Hachem (Adonaï) Eloeka » ou « Je suis ton El » El étant une des identités de la divinité dans le premier testament.

18 C’est la rose, aussi !

19« On achève bien les hommes » Denoël, 2005

20Vous avez dit « Big Bang » ?

21« On a pas mérité ça !» « Les disciples posèrent cette question :à Jésus « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? »Jean 9:2

22 Défini ,,, encore faudrait-il s’entendre sur les définitions !

23Un établissement dirigé par les Dominicains à Jérusalem près de la Porte de Damas.

24Matthieu 23:13 « Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, vous qui fermez devant les hommes l’entrée du Royaume des cieux ! Vous-mêmes en effet n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui le voudraient ! »

25Matthieu 13:2 De grandes foules se rassemblèrent près de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.

26Il était berger et originaire de Tekoa près de Jérusalem, dans le royaume de Juda. Il prophétisa sous les règnes de Jéroboam II, roi d’Israël et d’Ozias, roi de Juda (c’est-à-dire v. 750 av. J.C.), contre les riches et les puissants, hypocritement dévots ou idolâtres affichés.

27Genès 32 : 29 Jacob lui demanda : « De grâce, indique-moi ton nom. » — « Et pourquoi, dit-il, me demandes-tu mon nom ? » Là-même, il le bénit. 30 Jacob appela ce lieu Peniel-c’est-à-dire Face-de-Dieu-car « j’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve ».

28Jean 14:6.

29Jean 8:12

30Jésus se révèle ainsi dans l’Evangile de Jean:  » Je suis le pain de vie  » (6,35) ;  » Je suis la lumière du monde  » (8,12) ;  » Je suis la porte  » (10,9) ;  » Je suis le bon berger  » (10,11.14) ;  » Je suis la résurrection  » (11,25) ;  » Je suis le chemin, la vérité et la vie  » (14,6), etc.

31Je ne comprend pas l’idée de « l’adoration de la croix » : Peut-on « au nom de la république » adorer la guillotine ?

32La communauté Anglicane américaine. J.S Spong a été collègue de François Bovon prof à la Fac de Théologie de Harward à Boston.

33Cf bibliographie en fin de document.

34Et donc on va se tourner vers le bouddhisme, le chamanisme … ou l’islam (boum, c’est la suite du judéochristianisme)

35Anne Buloz article a été publié dans : Le quotidien fribourgeois La Liberté et le quotidien genevois Le Courrier le samedi 7 mai 2011.

36Ils connaissaient un peu. Ils étaient accompagnés par le pasteur Daniel Attinger, de la Communauté de Bose, résident de longue date à Jérusalem et bibliothécaire à Ste Anne.

37Théologie = Discours sur Dieu.

38 Y compris le jour du repos … ce n’est pas rien !

39 Il est un dominicain, Il enseigne à l’Ecole Biblique de Jérusalem C’est un spécialiste reconnu de l’histoire du judaïsme et du christianisme entre les 2e siècle avant JC et le 2e après.

40 Le v. 18 préfigure les « Gilets Jaunes » de l’automne 2018

Et alors, c’est pas l’Apocalypse qui me fait peur !

Pour moi la « Bible » n’est pas « Parole de D.ieu » – mais je n’ai rien contre un avis différent – dans la mesure où la tradition juive m’a appris qu’il est impossible de dire quoi que ce soit sur D.ieu sans le trahir: Il reste inaccessible, innommable, inqualifiable, inimaginable…

Par contre, j’aime chercher ce que les humains ont essayé de dire en racontant leurs tribulations intellectuelles et parfois violentes, avec cette idée qu’entre la vie et la mort, nous avons assez de temps pour nous inventer des comportements et des bonnes raisons de les avoir pour survivre. Donc toutes sortes de bonnes raisons pour Inventer D.ieu.

Le choix des «  Animaux de l’Apocalypse » est stimulant pour les représentations artistiques qui sortiront de l’atelier de gravure, mais plus complexe pour clarifier ce que la présence de ce zoo fantastique fait dans ce livre qui a eu de la peine à entrer dans le canon des écritures…

Pour les lecteurs attentifs de la Bible, à la suite du monument de Charles Brutsch1, du commentaire de Pierre Prigent2 et de l’approche de Daniel Attinger3, dernier publié, que pouvons-nous dire d’autre que … ces animaux n’ont aucune importance en eux mêmes. Ils sont interchangeables, et nous pouvons les affubler de toutes sortes d’oripeaux, de têtes, de couronnes et de queues pour en deviner les sens cachés. Nous ne serons jamais les auditeurs du 1er ou du second siècle, pour identifier avec amusement les élucubrations de ce Jean dont tout le monde sait qu’il n’est pas celui qu’il prétend être, à part de Patmos… une île dont le vignoble est déjà renommé.

Mais prenons ce passage – un autre aurait aussi bien convenu – mais celui-ci se termine aussi par une phrase qui a fait couler beaucoup d’encre.

Apocalypse 14. 11Alors je vis monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes comme un agneau4, mais elle parlait comme un dragon.

12Tout le pouvoir de la première bête, (Décrite dans le chapitre précédent) elle l’exerce sous son regard. Elle fait adorer par la terre et ses habitants la première bête dont la plaie mortelle a été guérie. 13 Elle accomplit de grands prodiges, jusqu’à faire descendre du ciel, aux yeux de tous, un feu sur la terre.

14 Elle séduit les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui est donné d’accomplir sous le regard de la bête. Elle les incite à dresser une image en l’honneur de la bête qui porte la blessure du glaive et qui a repris vie.

15 Il lui fut donné d’animer l’image de la bête, de sorte qu’elle ait même la parole et fasse mettre à mort quiconque n’adorerait pas l’image de la bête.

16 A tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle impose une marque sur la main droite ou sur le front.

17Et nul ne pourra acheter ou vendre, s’il ne porte la marque, le nom de la bête ou le chiffre de son nom.

18C’est le moment d’avoir du discernement. Que celui qui a de l’intelligence interprète le chiffre de la bête, car c’est un chiffre d’homme : et son chiffre est six cent soixante-six.

Inutile de chercher le numéro de portable de la bête : Nous savons que c’est un chiffre d’homme, et pas d’une entité évanescente magique ou divine : Qui fait la bête fait l’homme et vice versa5.

Ce qui paraît évident, depuis les lettres aux églises au début de l’Apocalypse, jusqu’à la descente de la Jérusalem Céleste, et ce que relève assez simplement Daniel Attinger6, c’est que Jésus de Nazareth est au centre de ce texte, qu’il est porté par l’ÊGISE (majuscule). Elle est ballottée par toutes les vicissitudes offertes par l’humanité, dans ses aspirations au pouvoir et les recours à la corruption. L’auteur de l’apocalypse décrit assez bien tous les travers de la politique et de l’économie, de la spiritualité débridée et de la magie si pratique pour vous faire prendre des vessies pour des lanternes, afin d’éclairer les lendemains, qui chantent des cantiques, même parfois, encore aujourd’hui, en Latin…7

Que signifie être croyant ? Les limites du formalisme fondamentaliste.

Si comme le laisse croire certains courants religieux, les rituels sont les conditions du salut : la burqa, la barbe, la tonsure, le rabat, la liturgie, les autels, les bougies et par dessus tout les yeux fermés et les mains jointes pour ne pas risquer de se rendre compte que tout change. En fait, chacun fait comme il peut : Nous ne nous compromettons pas trop, comme le soulignait le Père Beaupère:: « L’unité – Le Royaume ? – ne se réalisera pas grâce à nos efforts, mais quand le Christ le voudra ». En attendant, la Croix-Rouge, Médecins sans Frontière, L’Eper, l’action de Carême, comme d’autres, courent les risques que nous finançons par quelques clics de nos smartphones … quand même.8

La monétisation de la nature, comme y parvient Monsanto, y compris de la nature humaine, ne vous permettra jamais de profiter des richesses amassées, une fois vos cendres répandues dans le « jardin du Souvenir ». Vos héritiers n’y trouveront sans doute pas plus qu’un bonheur fugace sous l’œil d’un cyclone dévastateur comme la queue d’un serpent.

Les traités de sociologie, de gestion institutionnelles, de politique internationale sont toujours passionnants et/ou consternants à lire : Les pensées profondes des « coaches » ou des candidats aux plus hautes fonctions vont toujours s’échouer sur les écueils de l’amour propre, du besoin de s’affirmer, d’avoir raison contre la raison. Ils espèrent passer pour le plus fort à la tribune de la fête nationale, ou le lit de leur(s) maîtresse(s).

Pour l’auteur de l’Apocalypse, les animaux règlent les comptes des malades incapables ou « fainéants » qui nous gouvernent, élus politiques ou de Conseils d’Administration, de multinationales ou de gangs agro alimentaires. Il nous rappelle que finalement, ils se seront tous bouffés entre eux, aussi puissants qu’ils sont. Leurs statues d’or ou de plomb seront recyclées pour les plus grand bien de tous … Bon c’est pas demain la veille, il faudra attendre un peu… mais c’est en respectant les dix paroles et en allant comme Jésus de Nazareth jusqu’au bout de leurs conséquences qu’adviendra la Nouvelle Jérusalem.

Si la référence à Jésus de Nazareth est au centre de votre réflexion, comme le navigateur de votre action, votre bonheur sera assuré, car il a dit « JE SUIS9 » (est) le chemin, la vérité et la vie. Le reste n’est que chimère et langue de bois.

L’apocalypse serait donc un traité d’éthique comportementale, politique et sociale, destiné à inspirer les humains et les sociétés, dans le respect mutuel et la charité, la vérité et la solidarité. Faute de quoi les bestioles les plus terrifiantes vous magneront crus ou cuits. Nous ne sommes pas loin des contes de Perrault / Grimm, comme l’a montré Bruno Bettelheim10. Ce n’est pas Machiavel, mais qui veut la fin se donne les moyens : Tout le monde peut lire l’Apocalypse et en bénéficier, à condition d’user de la clé la plus simple : Il n’y a pas de mystère, juste de l’imagination ! 11

En situant le religieux – ce qui relie la communauté – à l’intérieur du concept de laïcité, il perd de son impact absolu et n’est plus une béquille de l’existence pour les handicapés de l’évolution… – vous avez dit « opium du peuple »?

En fait, ce n’était peut-être pas nécessaire d’écrire l’apocalypse, mais quel talent pour se faire vibrer le soir au coin du feu, et avoir peur en sachant qu’on ne risque pas grand chose..

1Charles Brutsch, « La clarté de l’Apocalypse » Labor et Fidès,5e édition 1966, 505 p.

2Pierre Prigent « L’apocalypse de Jean » Delachaux et Niestlé 1981, 382 p.

3Daniel Attinger,« L’apocalypse de Jean , à la rencontre du Christ dévoilé » Éditions Ouverture, 2005. 121p.

4Comme les faux Jésus de Nazareth ou messies dont il faut reconnaître le masque

5C’est la correspondance habituelle qui utilise les lettres hébraïques pour désigner les empereurs de Rome

6 Pasteur, co fondateur de la communauté de Bose

7 J’ai aimé l’identification de la « femme enceinte » avec sa couronne de douze étoiles, que les théologiens ont si souvent identifié à Marie (L’europénne). Mais les exégètes, plus souvent les non romains, identifient plutôt l’Eglise, qui met au monde l’agneau immolé … dont le sang va « laver » l’âme des pêcheurs : Tous ceux qui ont essuyé les genoux d’un enfant avec un mouchoir savent que le sang n’est pas vraiment à la hauteur d’Ariel pour laver plus blanc ! Oups Merci Calgon !

8Karl Barth paraphrasant Charles Péguy ( Le kantisme a les mains pures ; par malheur, il n’a pas de mains. ) disait que des chrétiens qui ne s’engagent pas gardent les mains propres … le problème est qu’ils n’ont pas de mains.

9« Eyeh asher Eyeh », traduit comme vous voudrez pour résumer « JE SUIS »

10Bruno Bettelheim , « Psychanalyse des contes de fée ». 1976

11Voir les tableaux de Breughel dans le « Jugement dernier en procès » André Herren, Ed Payot 2011

D.ieu aurait-il offert son fils en sacrifice pour le salut du monde ?

REFORMES Mars 2018

le journal des églises de Suisses Romande aborde le sens du sacrifice chrétien.

Pouvez-vous imaginer un père qui condamne son fils à être exécuté par le moyen le plus infamant pour l’opinion publique ?

Nous entendons souvent : « Il fallait que le Christ soit sacrifié pour notre salut »… Ben non, fallait pas. Et cependant, il faut expliquer les circonstances de ces expressions dans le contexte culturel de l’époque.

Le « Message de Bonnes Nouvelles » c’est que le « Royaume de D.ieu » est annoncé : Avec l’observation des « Dix Paroles » de « la Loi » données à Moïse sur le Mt Sinaï, de nouvelles conditions socio-politiques sont possibles.

Au cours de sa vie, Jésus a proposé des interprétations de ces principes : Dans le sermon sur la Montagne, le conseil au « Jeune Homme Riche ». En rappelant que « trois choses demeurent : La foi, l’espérance et la charité, mais la plus importante est la charité ».

La Foi : Croire à « la Bonne Nouvelle », l’Espérance : faire en sorte que cela arrive, La Charité : Appliquer la « loi » avec amour et discernement.

Exemple : La femme adultère qui ne sera pas lapidée. Il mange avec tout le monde, il critique les religieux dogmatiques.

Toutes ces prises de position sont dangereuses, et mettent les puissants et les « bien pensants » en positions scabreuses à cause de leurs multiples compromissions.

Mais comment « valider » la « Parole de D.ieu » portée par Jésus ?

Vivant il avait une notoriété évidente, mort il fallait la maintenir.

Pour être reconnu « Messie ». il faut que Jésus de Nazareth soit engendré par D.ieu et par une vierge. C’était le mode de naissance des Pharaons et des demi-dieux de l’Olympe. Jésus de Nazareth (après sa mort) est reconnu comme « Fils de D.ieu » … il le prétendait comme vous et moi de son vivant.

La mort de Jésus légitime sa volonté de ne pas transiger avec la vérité, la liberté et la charité : Il a tenu jusqu’au bout en sachant les risques qu’il encourait : La mort. C’est une décision personnelle qui est attestée dans sa prière au Jardin des Oliviers : Si c’était possible de l’éviter, ce serait mieux ! En ce sens, il nous montre l’exemple, et donc, en effet il agit en notre faveur, mais aucunement pour nous « laver de nos péchés », juste pour nous donner le courage de résister à la tentation.

A l’époque de l’élaboration de la Théologie chrétienne au 1er siècle, l’objectif était de nous libérer de l’angoisse de la mort, de lutter contre les discriminations et de l’arbitraire des religieux. Il fallait aussi surmonter les idées gnostiques et magiques qui en découlaient.

Au cours du 1er siècle, les disciples ont du trouver les mots et les références culturelles pour faire passer le « Messager de la Bonne Nouvelle ». Ils ont donc eu recours à l’image du sacrifice pascal et du bouc émissaire, en activant le rituel du Seder/Repas pascal « institué par Jésus », pour garder sa mémoire. Dans le rituel Jésus devient « l’Agneau  offert en rémission des péchés » dont il est aussi question dans l’Apocalypse. De victime, il devient offrande salvatrice, belle promotion.

Là encore D.ieu est supposé être à l’origine du déroulement des événements, lui qui sait mon destin dès ma conception.(ps.22:11 & Heb 2:6-10) Une notion de la divinité plus proche de Zeus que de YHVH du judaïsme, un œcuménisme qui apparaît déjà dans les psaumes (ps.144)

Alors, dire qu’il faut que Jésus meurt pour nous sauver, avec une absolution à la clé, revient à dire aujourd’hui qu’il faut les morts de la Ghouta de Damas pour que Poutine reste président. Il faut des sacrifices de collégiens pour que Trump soit réélu. Il faut que les femmes aient 18% de revenus en moins que les hommes pour la paix des ménages économiques, il faut que les néo-corticoïdes altèrent le génome de nos enfants pour que les riches restent riches, ou mieux, prospèrent…

Il faut reconnaître que les notions de « Trinité », de « naissance Virginale », comme les confessions de foi utilisées dans nos célébrations ont eu leurs raisons d’être à un moment de l’histoire politique et du développement de la culture chrétienne. Nous pouvons les expliquer et les recadrer dans un souci de clarification de nos convictions, pour faire le tri entre le message et le vecteur du message. Si nous croyons seulement aux dogmes et aux rituels, nous ne serons jamais des « porteurs de la Bonne Nouvelle ». Si nous réalisons les paroles de Jésus de Nazareth, alors, nous serons des « pratiquants » convaincants.

L’avenir du christianisme ne sera pas dans l’aménagement des structures ecclésiastiques, mais dans l’exemple donné par les chrétiens dans le monde dans lequel ils sont insérés, et il y a des chances qu’ils soient « Église » de manière inattendue.

Louis Evely rappelait que « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres pour réaliser nos prières. »

 2 mars 2018

Les «10 Paroles de Vie » à l’épreuve des siècles et des continents.

 

La radio a ceci de bien c’est qu’au hasard du temps on peut tomber sur des pépites.

Eric Julien interrogé par Florence Farion sur sa rencontre avec les Indiens Kogis nous fait découvrir un peuple de l’équilibre et de la bienveillance mutuelle… https://www.rts.ch/play/radio/egosysteme/audio/la-sagesse-de-kogies?id=9323121&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

Ces habitants de Colombie ne sont pas coupeurs de têtes, ni cannibales, pas de sarbacanes empoisonnées : Quand les conquistadores et les missionnaires sont arrivés ils les ont accueillis… et quand ils se sont montrés envahissants et vulgaires, ils sont partis dans les montagnes pour pouvoir continuer à vivre en paix : Dans leur langue le mot « guerre » n’existe pas, les hommes et les femmes sont égaux, personne n’a d’autorité sur personne, et le partage des tâches, des responsabilités et de la gestion des « affaires courantes » se fait dans la concertation respectueuse, et le respect des limites de chacun de telle manière que l’équilibre soit respecté.

Dany Robert Dufour dans son livre « On achève bien les Hommes » (dans le sens de les « terminer » dans leur construction, et non pas de les « exterminer ») (Denoël 2005) arrive à la conclusion étrange pour un incroyant : La véritable « trace de Dieu », ce sont les « dix Paroles » données à Moïse » et transmises par la tradition judéo-chrétienne. Dix paroles qui devraient organiser l’humanité de telle manière qu’elle vive dans la liberté, la vérité et la charité… cherchez l’erreur !

Le peuple « Elu » a oublié son devoir de respecter les recommandations divines pour toutes sortes de raisons économiques, politiques et de survie. Les pays de traditions chrétiennes tergiversent sur la notion de laïcité pour ne pas appliquer l’égalité, la fraternité prônées par celui qui est considéré comme « La lumière du Monde » et relégué à l’éclairage des sacristies ou parfois d’étranges attitudes sont suggérées sous prétexte d’amour et de divine autorité…

La morale laïque se conjugue avec le libre arbitre et le libéralisme amoral du profit pour les plus « méritants » autrement dit la « loi du plus fort ».

Et Eric Julien nous fait faire la rencontre qui est exactement ce que souligne Dany Robert Dufour, à savoir que les « dix Paroles » ou ce qui leur ressemble, sont partagées partout dans le monde comme idéal de la vie sociale, mais… rarement utilisées comme « norme » efficace, à part l’interdiction du meurtre … quoi que certains puissants y recourent en affirmant une piété par ailleurs ostentatoire pour garder le pouvoir sur le bas peuple convaincus que l’autorité est divinement donnée à ceux qui ont « pris le pouvoir ».

Les indiens Kogis ont une spiritualité, une cosmogonie qui explique le monde et ses environs, on peut appeler cela une « religion » ou une spiritualité, qui n’est pas basée sur le pouvoir ou la peur, mais sur la nécessité de vivre ensemble dans de bonnes conditions, malgré les problèmes causés par la « civilisation » à laquelle ils n’échappent pas, mais dont ils se tiennent à distance, en évaluant le pour et le contre de ses pratiques.

Serait-ce un « Peuple Elu de D.ieu » qui aurait réussi ?

Eric Julien en tire des conclusions managériales qui en valent la peine :

http://www.tchendukua.com/association-3/#.WpGZI-fjKM8

Il vient de consacrer un livre à cette aventure hors du commun. « Le choix du vivant » est un plaidoyer étonnant, fruit de 6 ans de recherche et de près de 30 ans dʹobservations et dʹécoute.
(Eric Julien et Marie Hélène Straus: « Le choix du vivant » éditions Les liens qui libèrent. Après
Kogis, le réveil d’une civilisation précolombienne (Albin Michel),

 

Les Indiens Kogis sont les derniers descendants des civilisations précolombiennes. Réveil d’un peuple qui ne veut pas mourir

Ils étaient là avant tout le monde. Avant les Espagnols. Avant les missionnaires. Avant les pilleurs de tombes, les guérilleros, les trafiquants de bois et le cartel de Medellin. Ils sont parmi les derniers représentants vivants des civilisations précolombiennes, comme si 25 000 Mayas avaient traversé (presque) intacts cinq cents ans d’une histoire tourmentée. 

Deux cités enfouies. Les Kogis, héritiers du grand peuple tayrona, vivent en Colombie, sur une montagne à fleur de mer, la sierra Nevada de Santa Marta, 5 800 mètres d’altitude à 40 kilomètres de la mer des Caraïbes. Les conquistadors les ont cru décimés: ils s’étaient seulement repliés sur les plateaux où l’oxygène manque, loin de leurs cités de pierre et des terres cultivables. Redécouverts dans les années 1970 par le comte de Brette, le niveau de sophistication de leur société, son système juridique, ses codex ont impressionné Marshall McLuhan et Gerardo Reichel-Dolmatoff. 

En 1985, Eric Julien, géographe et alpiniste, est sauvé d’un œdème pulmonaire à 4 500 mètres par les Kogis. Repoussés toujours plus loin vers les sommets par les narcotrafiquants et les troupes des Farc, ils ont perdu 70% de leurs terres en trente ans. En signe de gratitude, Eric Julien leur fait alors la promesse de les aider à les récupérer. Depuis 2000, l’association Tchendukua a racheté plus de 1 500 hectares, dans le but de réaliser un corridor jusqu’à la mer et ainsi de faire revivre les traditions agricoles rendues obsolètes par l’altitude. Sur ces terres, deux cités enfouies dans la selva sont en cours de défrichement, que les Indiens souhaitent réinvestir pour les faire revivre. Comme si cinq siècles ne s’étaient pas écoulés. 

 

Un beau sujet de réflexion pour notre monde un peu désenchanté par les utopies et les belles promesses des démagogues de tous les pays.

 

Quelques références prises sur Internet :

Paroles kogis, ce qu’ils nous apprennent.

1) Une mémoire collective:
Ils se racontent leur histoire et ne l’écrivent pas. Ils discutent longuement et prennent des décisions pour le futur en fonction de leurs expériences passées.
Citation Kogis :
« Nous devons apprendre à écouter les anciens, à les respecter comme nous respectons nos enfants, nos épouses. Pour cela, il faut être humble, apprendre à aimer. Les Kogis doivent se respecter et s’aimer: comme ils respectent et aiment la nature. » M.M Dingula.

2) Une forte convivialité:
Les Kogis parlent beaucoup, pour mieux se comprendre, éviter les conflits… Ainsi, leurs relations sociales sont fortes et harmonieuses.
Citation :  » Nous sommes frères, nous sommes égaux entre frères, les jeunes et les anciens. Lorsque nous mangeons, nous ne mangeons pas chacun dans son coin comme les petits frères, c’est trop triste d’être seul. Quand il n’y a pas beaucoup à manger, on partage ce qu’il y a. Il faut toujours essayer d’aider l’autre, l’accompagner pour qu’il soit bien. » Conchacala.

3) Une finalité d’équilibre:
Pour les Kogis, l’équilibre est partout : équilibre de soi, de soi avec les autres et de soi avec le monde et la nature.
Citation :  » Les petis frères ne savent pas ce qui signifie l’idée de justice, d’équilibre. Ils font des trous, ils causent des dégâts partout, ils coupent des arbres, sans savoir, sans comprendre, ils sont aveugles, ils ne voient pas et n’entendent pas, alors les problèmes arrivent. » M.M Dingula

4) Un temps cyclique:
Pour les Kogis, le temps est cyclique. Chaque année, les étapes fondamentales de la vie sont marquées pas un rituel, une cérémonie.
Citation : « Au début, nous sommes petits enfants, peu à peu, nous devenons grands, puis nous finissons par revenir vers là Mère (la Terre) pour mourir… » M.M Dingula

5) L’appartenance à un lieu:
Les Kogis, et tous les peuples racines appartiennent à un lieu et portent cet endroit dans leur coeur.
Citation :  » Pour nous, ce n’est pas simplement un territoire, c’est le coeur du monde, de la vie, c’est comme un corps vivant.. » MM.Dingula

6) Des lois fondés sur le vivant:
Les Kogis vivent en relation permanente avec la nature et le vivant. Leurs lois sociales et politiques sont basées sur l’observation de la nature.
Citation :
« Nous devons écouter les voix de la nature. Si on écoute pas, chacun va de son côtés et sans direction, cela ne peut pas aller. Pour nous, la nature est comme vos livres, tout y est écrit. Essayer de comprendre que la mère terre, c’est la justice, l’équilibre. » MM.Baro

7) Une association des contraires:
Pour les Kogis, il n’y a pas de bien et de mal dans la vie. Mais il y a des principes opposés : le jour et la nuit, le féminin et le masculin, le haut et le bas..

8) Un pouvoir canalisé:
Chez les Kogis, il n’y a pas de « chef » ( c’est pareil dans tous les peuples racines ). Les décisions sont prises tous ensemble, après avoir longuement parlé dans la « Nuhé ».
Citation : « Dans la Nuhé, on peut pas se disputer, on vient pour discuter de choses importantes… » MM.Dingula

9) Une parole partagée en permanence:
C’est la première chose qui frappe quand on arrive chez les Kogis : chacun demande qu’on lui répéte notre histoire. La culture orale inspire bien leurs activités quotidiennes que leurs rituels sacrés.

10) Une prédominance de l’invisible:
Chez les Kogis, c’est « Aluna », la pensée ou l’énergie qui a crée le « vivant ». Certains enfants sont sélectionnés pour être « Mamu »; leur éducation vise à rentrer en relation avec l’esprit de chaque chose. Lorsque leur enseignement prend fin, le Mamu qui a accompagné son élève prononce alors la phrase rituelle :

« Tu as appris à voir à travers les montagnes, à travers le coeur des hommes, tu as appris à regarder au-delà des apparences, maintenant tu es un mamu. » MM.Dingula

 

Voici ce que déclare un chamane kogi, en parlant de nous, les occidentaux, dans le très beau livre, sous la direction d’Eric Julien et de Muriel Fifils, « Les indiens kogis, la mémoire des possibles » paru en novembre 2009 aux éditions Actes sud :

« Nous ne sommes pas pauvres, vous les petits frères êtes plus pauvres que nous.
Nous n’abîmons rien, au contraire nous protégeons ce que nous donne la nature. Nous avons de l’eau en quantité, claire et limpide, des arbres et des fruits… Chez vous, vous avez tout détruit. Chaque jour qui passe vous êtes plus pauvres. Si vous continuez, vous allez devenir vraiment très pauvres.
Nous ne dépendons de rien, ni de personne pour vivre, faire une maison, manger, nous chauffer. Nous sommes libres. Les petits frères deviennent pauvres, car ils détruisent tout ce que la nature leur a donné. C’est parce qu’ils enferment la vie qu’ils pensent qu’ils sont plus riches ? Parce qu’ils traversent les montagnes en faisant des trous pour aller plus vite ? Si je vous faisais un trou dans le ventre pour aller de l’autre côté, quel effet cela vous ferait ?
Nous n’avons pas toutes vos machines et tout votre argent, mais nous ne sommes pas pauvres. Vous êtes sans doute plus pauvres que nous. Ici dans la Sierra, nous protégeons la nature, nous n’abîmons pas les choses. Vous, vous êtes en train de tout détruire et vous allez devenir pauvres de tout ce que la nature vous a donné.
Si vous continuez à tout détruire, la chaleur va arriver et va tout brûler. Le vent va tout assécher et tout va disparaître.
Tous vos objets vont être détruits et vous mourrez. »

 

Doubles foyers, ma perception est troublée.

2012 bateau tempête

Un matin, j’entends l’éditorial du journaliste sportif à propos du match Suisse Irlande du Nord. Il dit que l’honneur de la suisse est en jeu, qu’elle ne peut pas perdre sans aussi perdre la face, et que ce serait la honte pour les helvète que de rater cette occasion de marquer durablement la réputation de la Suisse… Donc il est question aussi de mon honneur…

Quelques soirs plus tard, un documentaire à la télévision me fait (re)découvrir les magouilles et mensonges de Glencore. Cette société au bâtiment propre en ordre, corrompt les gouvernements, en particulier au Congo de Kabila, sans oublier aussi d’autres dirigeants et entreprises utiles à ses intérêts. La multi nationale est « Suisse » basée à Zoug, cela me concerne, et me consterne.

Arte-TV me décrit Monsanto qui ment. Ment et s’offre des lobbyistes appuyés pour maintenir son privilège, et le glyphosate, associé à ses monstrueux profits. Cela touche les membres de ma famille en Suisse, parce que je mange tous les jours.

Sans étonnements, les Paradises papers détaillent avec perspicacité et pugnacité les bons usages des lois fiscales et les bonnes règles de la gestion des profits aux dépends des citoyens de la planète (enfin pas de tous!)… Il y a des Suisses, pas mal, aussi.

Les prêcheurs de moralités élastiques se font piquer au jeux de l’amour et du hasard, tellement leur moralité s’éloigne de leur vie – qu’on espère pas quotidienne pour leurs victimes. Ils ont enseigné dans les établissements de mes enfants.

Enfin – mais c’est une manière de dire provisoire – il y a débat sur la place des églises, à Neuchâtel et Genève, pour en inscrire les limites dans la constitution.. Et tout cela comme dans la société francophone, au nom d’une laïcité érigée en religion, avec dogmes et excommunications, pour en définir les limites et les expressions.

Qui va faire quelque chose ?

Quand on évoque toutes ces questions dans les instances gouvernementales, les notables répondent « Qu’il faut laisser les sociétés réguler leurs procédures, la concurrence permet aux meilleurs de conformer leurs performances aux demandes du marché ». Donc pour plus de profit pour les investisseurs.

Nos ministres arguent que les règles « de moralité » contreviennent au maintien des sociétés dans les pays qui les édictent et encouragent les délocalisations. Il vaut donc mieux exploiter la main d’œuvres de nos voisins que la nôtre, qui perd son travail, mais ce ne sont pas les mêmes qui financeront leur misère.

La Suisse industrielle, pays de la Croix Rouge et des Droits de l’Homme, des « protocoles additionnels » pour protéger les civils en cas de conflits, demande des assouplissements aux interdictions de vente d’armement aux pays troublés par des mouvements belliqueux. Nos militaires auront certainement les meilleurs avions pour nous protéger des sub sahariens échoués en Sicile.

Les parabens -perturbateurs endocriniens – limitent la fertilité, mais c’est un avantage pour le plastique utilisé pour la fabrication des biberons de nos enfants . Sauf qu’un jour il y aura moins d’enfant pour utiliser les biberons, mais ce n’est pas demain la veille, et tant qu’à faire du profit, il y a de bonnes raisons de faire de la procrastination – un vilain défaut – à ce sujet.

Où est l’honneur réclamé par

le journaliste sportif cité plus haut ?

Je ne suis pas pratiquant de Foot, Rugby et autres Hockeys sur glace ou sur terre.

Je constate que ces sports entraînent des frais considérables en cas de hooliganisme, d’accidents, d’infrastructures immobilières, d’utilisation de terres. Que ces activités supposées développer la solidarité et l’harmonie auprès de la jeunesse, développent aussi des attitudes racistes, nationalistes, et une violence qui renverses les barrières des stades et de la décence – je sais que je fais de la peine à quelques collègues, pasteurs ou prof d’Éthique en théologie, qui aiment le foot et Facebook.

La caisse de ma retraite ne fait pas partie des « Fonds Prédateurs », et si c’est à son honneur, cela cause bien des soucis à ses administrateurs. Mes économies sont – presque – à portée de mains, mais ne me permettent ni voiliers aux Caïmans ni de retrouver « Mon vrai moi » dans un paradis des Antilles.

Je suis consterné par ce que nous allons laisser à nos petits enfants.

Mais que font nos autorités ?

Nous n’avons pas attendu les Wikileaks, les Paradise Papers et lanceurs d’alertes pour savoir que les parlementaires qui (ne) votent (pas) les lois sociales ne sont pas ceux qui en ont besoin.

Ils ont des retraites confortables sur trois piliers, et un quatrième en réserve, pour les cliniques privées et les liftings de moralité. Il font des lois. Leurs avocats les aident à les rédiger pour pouvoir les contourner légalement, d’un paragraphe négligeable en bas d’une colonnes de chiffres « qui ont été élaborés par des spécialistes ». Ils sont pour la « libre circulation » de tous et de tout Surtout de ce qui permet à leurs entreprises de s’échapper du filet qu’ils tissent par ailleurs pour maintenir le travail des humains à un niveau profitable : « Il vaut mieux exploiter les pauvres, ils sont plus nombreux que les riches » disait Desproges ou Coluche ? Nous sommes fiers de notre « PIB » et du rang économique de notre pays, de notre continent. Mais il faut empêcher les pauvres d’y accéder pour ne pas en diminuer le « revenu moyen », sauf si le déficit démographique le met en danger.

Nous mettons en avant la « paix du travail ». Ceux qui ont de bons fauteuils dans les conseils d’administration espèrent porter la retraite à 67 ans, et faire passer les semaines de 45h à 50h pour que les heures supplémentaires ne diminuent ni leurs « gratifications », ni le confort de leurs sièges.

Nous aimons et soutenons nos agriculteurs, jardiniers du paysage, et mélomanes du Cor des Alpes, tant qu’ils produisent du lait – mais pas trop. Le jour de leur retraite, il convient d’en faire des propriétaires immobiliers héritiers d’une plus-value telle qu’ils finissent en HLM, et vendent la maison de leurs ancêtres pour financer leurs EMS.

Nous sommes fiers de notre industrie chimique, qui fait la promotion de la santé. Pour la garder elle vend ses médicaments à un tel prix, que vous devez choisir entre manger, se loger, ou se soigner. Sans se soigner, à court terme vous n’avez plus besoin de manger, ni donc de vous loger, et la caisse dans laquelle vous finissez est un cercueil. Il n’a rien d’une retraite, sinon du monde des vivants, qui se précipitera sur votre logement enfin libre pour une augmentation de loyer.

Facile de dénoncer,

« mais c’est plus compliqué que ça ! »

Je sais… je sais que ce n’est pas à ma portée, sinon de mon bulletin de vote, quoi que je ne gagne jamais au tiercé des élections.

Mais, permettez moi une remarque en ce qui concerne « la légalité et la moralité » :

Nous avons lu et entendu des politiciens, des juristes, des constitutionnalistes, les magistrats des « pôles financiers », avec et sans moustaches, nous dire que tout ce qui a été organisé par ces cabinets exotiques est accompli dans le cadre de la légalité, du point de vue où il se trouvent. Que ce soit « moral » ou pas est une question d’appréciation. Moi en tout cas je ne suis pas objectif et je n’apprécie pas, mais alors pas du tout.

Pourquoi les impôts de la majorité rendue silencieuse, doivent-ils servir à couvrir les déficits supposés des établissements bancaires qui ont misé sur les mauvais chevaux en voulant gagner au tiercé.

Pourquoi laisser s’endetter des sociétés incapables de gérer des stades difficile à remplir, et les « renflouer » à coup de millions pour que des « sportifs » de tribunes finissent par en venir aux mains à la sortie.

Pourquoi soutenir des activités sportives – y compris des jeux olympiques à la réputation plus que douteuse – et refuser l’accompagnement spirituel des malades à l’hôpital, dans les prisons, les établissements d’internement administratif, sous prétexte qu’un tel financement est incompatible avec l’idée de séparation entre l’Eglise et l’État.

Les églises croulent aussi sous les frais d’entretien des bâtiments que « les gens souhaitent au milieu du village ». Elles assument tant bien que mal les charges salariales qui leur permettent de suppléer aux béances de la solidarité d’état.

Pourquoi laisser des sociétés ruiner des régions et priver les églises des moyens pour venir en aide à ceux qui n’ont personne d’autres pour les défendre contre les « Fonds Souverains » qui détruisent leur environnement, et les herbicides qui malforment leurs enfants ?

Pourquoi limiter l’influence morale de ceux qui prônent la justice, l’égalité des droits et des devoirs et la charité sous prétexte que ce sont des institutions religieuses et que la religion n’a rien à faire dans la gestion de la société civile…Bien que certains politiciens se réclament d’une tradition judéo-chrétienne à défendre, comme argument électoral.

C’est vrai qu’il y a des dérives dans certains cercles religieux dirigeants : Corruption, détournements de fonds, scandales sexuels, népotisme etc. Ce sont des « sociétés humaines » avec leurs défauts humains . Mais elles suscitent aussi une espérance de générosité, d’amitiés, de convivialité et d’équilibre social à tous les niveaux de responsabilité, ou de participation. Ce qui n’est pas le cas des sélectionnés du CAC 40.

Bien sûr il y a eu les « guerres entre Catholiques et non catholiques, entre Romains et Orientaux, maintenant entre Chiites et Sunnites… mais le temps des extrémismes a passé pour certains et passera pour d’autres.

Les vertueux défenseurs d’une laïcité négationniste de la culture dans laquelle ils ont grandi prônent « le libre choix » entre croire ou ne pas croire ce qu’ils ont appris depuis leur enfance… ils oublient que le choix entre ce qu’offrent les églises – même maladroitement – et le « rien du tout » permet à n’importe qui de s’y mettre et d’y mettre n’importe quoi, comme la promesse du ciel avec 70 vierges, voilées ou pas, le paradis des ceintures d’explosifs, et le sacrifice des enfants pas assez grands pour ne pas vouloir en finir si jeunes.

Pas que du pain et des jeux :

L’honneur sorti du stade, les jeux de la télé-réalité, le pain si possible vendu et prémâché par une multinationale de Vevey ne doit pas être trop cher, pour vous permettre d’acheter les dernières trouvailles technologiques, pour aller réserver « d’un clic » votre place au stade, votre Pizza à la porte, et confier votre identité au Dieu GAFA (Google,Apple,Facebook et Amazon).

Je n’ai rien contre la « Leçon de Morale » qu’avait voulu instituer Sarkozy dans les écoles laïques de France et de Navarre. Je n’ai rien contre les encouragements à la coexistence des intellectuels musulmans – pour autant qu’ils ne soient pas exécutés par leurs coreligionnaires moins intellectuels.

Je n’ai rien contre les subventions aux églises, si elles restent indépendantes du pouvoir et évitent leur instrumentalisation toujours menaçantes, comme les conflits des Balkans l’ont montré il n’y a pas si longtemps. Ceci est aussi valable en Israël, aux Indes, au Pakistan, en Irlande du Nord, et en bas de mon immeuble.

J’aimerai que ces injonctions à la vie sociale deviennent ce qu’elles étaient à l’origine, en « libre accès » et qu’elles puissent être développées par chacun dans les termes qui lui conviennent.

A travers les âges, tu n’es qu’un passant sur la terre.

La vie qui est en toi s’inscrit dans une histoire et une culture qui te permet d’être humainement responsable.

Tu ne toléreras pas les idéologies et les promesses illusoires.

Tu seras charitable en exerçant avec discernement bonne volonté et bienveillance envers tes semblables et aussi envers ceux qui ne te ressemblent pas.

Tu défendras la justice et la vérité, en évitant les mensonges prometteurs des manipulateurs, avides de pouvoirs, car ce seront aussi tes enfants qui en pâtirons. Tu ne feras pas de faux témoignages pour en tirer avantage.

Si tu restes ferme dans ton intégrité et ton humanité, tu seras un modèle de génération en génération  et pas seulement pour les tiens :

Tu exerceras tes activités en ménageant ton temps pour ne pas t’épuiser et pour ne pas épuiser ceux qui travaillent avec toi.

Tu protégeras ce temps de repos, sans aucun ouvrage, ni pour toi, ni pour ton fils, ni pour ta fille, pas plus que pour ton collaborateur, pour ton employée, pour l’émigré qui est dans tes villes et tes entreprises, et pour les bêtes que tu as domestiquées.

Car comme le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent savent prendre du temps pour se régénérer, c’est un bienfait naturel.

Tu respecteras tes parents et tu bénéficieras de leurs expériences et de leurs histoires, tu tiendras compte de leurs traditions.

Tu ne détourneras personne de son chemin, sauf en cas de danger pour lui même car tu en es aussi responsable.

Tu n’auras de visées ni sur la femme de ton voisin, ni sur son employé, sa collaboratrice, son instrument de travail, ni sur rien qui appartienne à ton voisin.

Tu ne commettras pas de meurtre, et tu ne harcèlera pas ceux avec qui tu vis ou travailles.

En tout temps tu exprimeras de la reconnaissance, pour le bien qui résulte de ta manière de vivre, en famille et en société.

A quelques nuances sémantiques près, ces conseils sont connus de toutes les cultures et encouragés par toutes les religions, spiritualités ou philosophies, et sont aussi les « dix Paroles » énoncées par Moïse.

Seraient-elles interdites de rappel au nom de la séparation de l’Eglise et de l’État ?…

Un ami me disait que les règles du jardin d’enfant devraient être érigées en principe de vie dans les parlements et les sociétés.:

  • – Dire bonjour en arrivant.
  • – Écouter avec attention la parole de l’animateur ou de l’animatrice.
  • – S’exprimer en parlant et ne pas crier.
  • – Ne pas taper ses camarades,
  • – Ne pas leur prendre leurs jeux,
  • – Demander gentiment si tu peux jouer avec eux ou avec lui ou elle.
  • – Répondre gentiment aux questions
  • – Ne pas dire de « gros mots »
  • – Proposer des nouvelles idées ou des nouveaux jeux.
  • – Se laver les mains en sortant des toilettes.
  • – Poser et reprendre ses habits au vestiaire sans bousculade.
  • – Respecter le règlement.

Peut-être que cela sera utile à ceux qui cherchent comment prendre des décisions.

En résumé, si vous me comprenez bien, je suis favorable à une collaboration entre l’Eglise et l’État, surtout si les Églises font leur « mise à jour » dans leurs activités et leur pédagogie, ce que leurs détracteurs et les journalistes feignent souvent de rechercher.

A cause de mon scepticisme en ce qui concerne l’Honneur de la Suisse, je suis radicalement pour la séparation du  Sport de l’État.

Le 13.11.2017