Le monde d’aujourd’hui, selon Moïse et Joseph.

Les relations internationales jusqu’au 21e siècle sont aussi marquées par la tradition judéo-chrétienne qui se réfère implicitement à Moïse ou à Joseph, selon les besoins et les circonstances.

1. – Dans l’histoire des migrations, c’est surtout chez Moïse que ses héritiers vont chercher des « réponses » et des orientations.

Quand se mettre en route et pourquoi ? Un autre lieu et un autre destin. Une nouvelle ère et de nouvelles lois.

Une espérance : Une terre promise, même si elle est déjà occupée. La migration vers l’Amérique des pèlerins du Mayflower, et ceux de la Conquista Ibérique.

Mais aussi la migration des Russes vers la Sibérie et l’Asie… et peut-être maintenant – mais ce n’est pas évident – la montée des immigrés sub sahariens vers des pays où coulent l’eau des robinets et le miel de la consommation. Les médias audio-visuels et les réseaux sociaux décrivent les pays industrialisés comme un paradis économique – surtout pour les annonceurs – accessible, si on s’en donne les moyens.

Un leader charismatique ou un trafiquant leur dit que pour une poignée de dollars ils franchiront la mer ( rouge sang), enfin pas tous, faut pas exagérer.

Nous savons aussi que la « Terre Promise » comme « le Royaume des Cieux » des évangiles commence ici et maintenant.

Les « Dix Paroles » et rien que les « Dix Paroles » pour politique sont un cadre irréductible.

C’est une exigence éthique dont les élections présidentielles françaises en 2017 ont révélé l’urgence de son respect.

2.- Dans une situation de crise, économique, politique, climatique, c’est vers Joseph que les références vont être prises : Ici nous courons des risques, faisons en sorte que nous soyons assurés de manger, de dormir, de fonder une famille et d’élever nos enfants. Angela Merkel s’est placée en bonne place en 2016, fille de pasteur en RDA, elle savait ce que signifiait un accueil pour les demandeurs d’asile.

Nos délégués aux migrations gouvernementaux, les planificateurs des camps du HCR et du CICR sont autant de « Joseph » pour organiser la récolte et la distribution de nourriture au niveau des besoins directs, et la FAO se prend pour un Joseph providentiel, avec le FMI et la Banque Mondiale pour gérer la pénurie, sans toutefois parvenir à ce que notre Joseph avait réalisé : Couper court aux trafics des matières premières alimentaires en Égypte.

En 2016, le peuple Suisse refuse de légiférer sur le sujet !

Les accords mondialistes sont une autre forme de gestion des ressources des matières premières alimentaires, et là ce sont les chinois qui sont à la manoeuvre géopolitique, mais au contraire de Joseph fils de Jacob, les bénéfices ne sont pas pour tout le monde, mais pour « L’Empire du Milieu ».

Une fois les questions d’intendance réglés, il faut apprendre le « vivre ensemble »

C’est dans ce domaine que le parcours de Joseph éclaire un processus d’intégration : Les frères et demi frères, les privilégiés et les « secondes mains » aujourd’hui les plus ou moins bronzés sont appelés à cohabiter. L’histoire de Joseph nous invite à la tolérance culturelle et ethnique. Elle est applicable dans les camps de réfugiés, les banlieues ghettos, et les arènes politiques.

3.- L’impératif de la narration :

Ce qui est passionnant, en définitive, c’est que l’époque de la mise en rédaction de ces deux « sagas » se situe à un moment où la région est loin d’être indépendante (6e-5e siècle av JC) Ces récits répondent déjà à deux impératifs qui n’ont rien perdu de leurs actualités :

  1. Moraliser les comportements d’un peuple qui se veut modèle pour les nations, avec la description de toutes ses tribulations et tentations jusqu’à l’accession à l’indépendance, au delà du Mont Nébo (La mort de Moïse) Nous y sommes, mais la réalité est contrastée, c’est le moins qu’on puisse dire.
  1. Pacifier les relations tribales et de voisinage, dans un contexte géographique morcelé et héritier d’alliances délétères issues des conquêtes des puissances voisines : Assyriennes, Egyptiennes et Perses.

En « descendant d’Abraham », le cousinage devient un impératif de survie, et peut être une chance d’indépendance.

Sadate et Begin l’avaient compris pour leur accord de paix.

Manifestement Marine Le Pen, Wladimir Poutine et Donald Trump y sont réfractaires.

Autre temps autres moeurs.

Joseph, le premier, pas celui de Marie.

l’histoire de Joseph Une (violente) actualité de rêve  

La crise, ce sont les vaches maigres après les vaches grasses qu’ont été les « trente glorieuses »1 … et tous les gouvernements cherchent le «Joseph » providentiel qui prendra la tête du pays, du FMI, de la Banque Mondiale ou du secrétariat général de l’ONU.

Chaque candidat à l’élection dans l’une de ces institutions a rêvé en se rasant2 de se voir l’élu du peuple, donc de dieu, faute de pharaon, à moins que…

Dieu convoque les candidats aux gouvernements les plus connus : François Fillon, Alexis Tsipras et Donald Trump. Dieu demande à chacun le fonds de sa pensée :

François Fillon : Je veux redonner le sens du devoir et du travail, de la rigueur budgétaire à la France.

Bien, bon et fidèle serviteur : François, viens siéger à ma droite…

Alexis Tsipras : Je veux rendre la Grèce vivable pour ses habitants, avec plus de justice sociale, et des revenus favorables à un développement durable sans corruption.

Bien, bon et fidèle serviteur : Alexis, viens siéger à ma gauche…

Donald Trump : Je pense que vous êtes assis à ma place !

L’idée du sauveur providentiel traverse l’histoire avec une insistance qui transcende les culture, puisqu’on la trouve dans les destinées de diverses grandes figures politiques, sociales, culturelles. le pharaon Aménophis 4 Akhenaton (parfois identifié avec Joseph) qui voulut introduire le « Soleil » Dieu suprême à la place de tous les autres, et de leurs clergés qui accaparaient les richesses du pays. Moïse le leader du peuple de la Terre Promise, héritier direct de Joseph. Néron qui se prenait pour Dieu soi- même, à la suite de César qui de premier Consul devint empereur et donna son nom au titre.

Les souverains de droit divin, Rois providentiels ou de circonstance Hugues Capet, Charlemagne, Charles Quint, sans oublier quelques papes de Rome ou d’Avignon.

Les hagiographes ont eu à cœur de démontrer leur providentielle qualité d’inspiration divine, dont ils ont eu rarement à témoigner eux mêmes, car ce n’était pas encore « trendy » d’écrire « ce qu’un président ne devrait pas dire »3 .

C’est sans aucun doute la relation rêve-destinée qui est le plus souvent associée à la référence du Joseph « fils de Jacob » quand on considère les destins politiques des « Grands de ce Monde ». Le contrôle de l’économie et des personnes qui en dépendent, avec les bénéfices qui reviennent naturellement au leader, sont au cœur de l’aspiration au « pouvoir » de tous les « candidats ».

Il n’est pas nécessaire de revenir sur toutes les identifications messianiques que les génies du christianisme ont imputées au fils de Jacob, d’Abraham à David.

D’une certaine manière la politique israélienne se comprend aussi sous cet éclairage : Le Joseph des temps moderne : Théodore Herzl4 d’abord opposé à l’existence d’un refuge Juif en Palestine, il sera considéré comme le « grand-Père » d’Israël en imaginant un peuplement de la région sous un idéal démocratique et sans exclusion religieuse ou ethnique.

Le modèle Politique et la philosophie.

Très tôt la perception « josephique » de l’organisation de la société s’insinua dans les principes de l’organisation et de la philosophie : Flavius Josèphe, général romain et cependant juif et philosophe contemporain de Jésus et Caligula s’en inspire pour écrire « de Josepho », précurseur de Philon d’Alexandrie qui y puisera son idée de tolérance universelle entre les hommes égaux en droit.

Philon nous place au cœur des problèmes de l’unité et de la division politiques et spirituelles, car, avec Joseph, le politique est pensé à partir du statut d’étranger résident. La politique josephique, intermédiaire entre une intelligence politique et une intelligence prophétique, représente alors le Logos médiateur, la vie du sage obligé de résider en ce monde en étranger, obligé de participer à la vie politique pour l’élever, pour l’éclairer par l’intellect, pour interpréter les rêves éveillés des hommes engourdis dans le monde sensible. 5

Thomas More,6 est célèbre pour son texte fondamental, « L’Utopie« , dans lequel il dénonce la tyrannie du système politique. Il est l’un des plus proches de la destinée de « Joseph » par l’exercice de ses fonctions.

Sous le règne du roi Henri VII, il devient membre du parlement en 1504 et s’insurge contre ses exactions. Sous le règne d’Henri VIII, il connaît une prodigieuse carrière politique. Au service du roi comme maître des requêtes en 1514, il devient membre du conseil privé du roi en 1518. Il est aussi chargé de faire du commerce en Flandre, en 1515. Dans « L’Utopie », parue en 1516. Il met en scène une société parfaite et dénonce à travers elle la corruption et les aberrations du système anglais, et les injustices envers les plus démunis.7

Calvin, juriste avant d’être pasteur (théologien?) s’en inspire pour organiser la Cité de Genève. Il voit Joseph comme « droit interprète de la providence de Dieu » un thème repris par Grotius, auteur dramatique Hollandais et calviniste qui met en scène ce qui lui semble le plus important : La réconciliation des diverses tendances et orientations attribuées aux frères de Joseph, comme modèle de la nécessité d’unité de la société des Pays Bas en 1635.

Exilé en France, Grotius devient conseiller de Richelieu qui n’eut de cesse d’organiser le pouvoir centralisé du Royaume de France qui perdure aujourd’hui.

Dans la première moitié du XIXe siècle Charles Fourier 8 critique la civilisation de son temps. Au cœur de sa pensée on trouve par exemple : le travail « attrayant », l’éducation attentive à chacun, la liberté sexuelle, l’émancipation des femmes. 

Etant donné que les bonnes idées ne tombent pas du ciel » comme la Jérusalem céleste, mieux vaut essayer de réaliser son rêve :

En développant l’idée du « Phalanstère »9 , Fourier affirme que « dans le cas où ce mécanisme serait praticable et démontré par une épreuve sur un village, il est certain que l’ordre civilisé ou morcellement serait abandonné à l’instant pour le régime sociétaire ».

L’histoire de Joseph est encore en arrière plan du destin de Napoléon Bonaparte10 Parvenu au pouvoir en 1799, par un coup d’état. Premier consul jusqu’au 2 août 1802, Consul à vie jusqu’au 18 mai 1804, où il est proclamé empereur par un sénatus-consulte suivi d’un plébiscite. Il est sacré empereur, le 2 décembre 1804, par (plutôt contre) le pape Pie VII. Joseph est le modèle de cet homme parti modestement (pas tellement : S’il n’est pas fils de patriarche, il l’est de patricien corse) il parvient par « élection » aux plus hautes fonctions qu’il voudra « de droit divin ». Il organisera la société grâce à ses victoires qui lui permettent d’annexer à la France de vastes territoires et de gouverner la majeure partie de l‘Europe Continentale, laissant partout des lois et des codes qui régissent encore au 21e siècle bon nombre de nos comportements juridiques.11

La pensée sociale et politique après la Révolution

Pour Saint-Simon12, Dieu est en quelque sorte remplacé par la gravitation universelle. Cette thèse est inspirée par Newton et sa pomme. La doctrine qui en découle s’appuie sur la notion de réseau et de capacité. La relation entre les êtres humains dépend de la capacité du réseau à établir le lien. Elle procède par métaphore avec les réseaux organiques humains (réseau sanguin, système nerveux…), selon les idées en vogue en physiologie de cette époque. Les connaissances des uns sont utiles aux autres.

Si « la famille de Joseph » n’est pas explicitement présente, elle subsiste dans l’organisation de la (sur)vie de la famille. Saint-Simon est à l’origine de la philosophie des réseaux sociaux selon Pierre Musso13.

Pierre-Joseph Proudhon est autodidacte, penseur du socialisme libertaire non étatique, partisan du mutualisme et du fédéralisme, précurseur de l’anarchisme. Il est le seul théoricien révolutionnaire du 19e siècle à être issu du milieu ouvrier. Dès1840 il proclame que « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité ». Hasard ou nécessité : c’est la « main de Dieu » qui pousse « Solar Impulse » et fait de vous des êtres libres.

Lui peut être identifié au Joseph législateur de l’Egypte.

La Révolution est en marche.

La réflexion sur l’organisation de la société sera au cœur de l’œuvre de Friedrich Engels14 et son ami Karl.H.Marx15 auteurs du « Capital » Il sont connus pour leur (immaculée ?) conception matérialiste de l’histoire, leur description des rouages du capitalisme et pour leur activité révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier.

La référence au processus d’accès au pouvoir de Joseph n’est pas seulement un héritage religieux, juif ou luthérien, mais un bon exemple que ce qui s’impose par la situation économique devient une nécessité politique : Fidel Castro à Cuba en était encore récemment l’exemple le plus pertinent … bien que démocratiquement douteux !16

Il faut bien quelqu’un pour organiser les récoltes dans les greniers qui seront ouverts à tous.

Repenser le monde, après la guerre de 14-18

En 2013 Laurent Piétra écrit :Thomas Mann est celui qui a récrit l’histoire de Joseph pour déraciner le mal de son temps, pour lever les accusations mensongères, dénoncer les persécutions dans une “Fête de la narration” . Le joséphisme hermétique de Mann, le “jeu” avec le texte biblique , pourraient rendre la leçon politique difficile à tirer; la politique de Thomas Mann n’est pas un commandement; elle est de l’ordre du conseil. Il faut ainsi retenir l’exigence spirituelle de Mann qui favorisait l’acceptation de la plus grande diversité spirituelle, le refus de toute exclusion, qui redonnait au judaïsme une place essentielle dans la conscience européenne et occidentale: Cette exigence spirituelle, qui était aussi ironie, transforma le jeune auteur réactionnaire en soutien de la démocratie sociale et de F. D. Roosevelt17, nommément identifié à Joseph, dans une union politique face à ceux qu’il appelait “les partisans de la bassesse” . Roosevelt instituait la sécurité sociale, un ministère du travail et celui de l’Agriculture, destinés à réguler l’économie devenue cahotique après l’effondrement boursier de 1929.18

Avec « Joseph et ses frères », T.Mann traçait la figure d’un christianisme universel, laïcisé, réfractant toutes les aspirations religieuses qui délivrent du mal, de l’exclusion de l’autre homme.19

Joseph le rêveur rêvélé par ses rêves au 20e siècle

A l’autre extrémité de l’identification des exemples précédents qui ont été inspirés par la destinée politique du personnage, c’est certainement Sigmund Freud20 qui (s’)est le plus clairement identifié à l’histoire de Joseph pour l’interprétation des rêves. Pour Freud, les rêves contiennent les prémisses d’une destinée, réalisable ou souhaitée. Les rêves sont révélateurs des missions inaccomplies et des échecs programmés, comme des pulsions qui induisent des comportement parfois adaptés, parfois incongrus, ou franchement déviants. Le rêve d’Adolphe Hitler le peintre d’aquarelles autrichien, ou celui de Charles de Gaulle conduisent à des prises de pouvoirs aux conséquences bien différentes.

Si la première identification de Freud dans L’Interprétation des rêves : se référait à Joseph, le fils de Jacob et de Rachel, le ministre et l’interprète des rêves du pharaon –il reviendra à une identification finale à Moïse. Il faudrait parler d’un cheminement « de Moïse à Joseph »21, puisque l’identité juive dont Moïse avait jeté les bases s’est épanouie parmi les nations auxquelles les Juifs modernes et contemporains se sont assimilés.

Pour résumer :

L’histoire de Joseph est un concentré symbolique de l’histoire, de la politique, et de la culture qui inspire le monde de manière moins « évidente » que Machiavel ou Nostradamus pour le commun des mortels. Son histoire est parallèle à ces récits de « Génies de Garages » qui dominent le monde avec leurs inventions22 ou comme celle d’23Alexandre le Grand qui développa son Empire du royaume marginal de Macédoine jusqu’aux confins de la Chine.

Voir de Jeanne d’Arc, l’improbable pucelle préférée d’un roi à qui elle rend son Royaume. (Il n’y a que des « mères » dans le récit de Joseph !)

La saga de Joseph inspire plus généralement les « politiques de Gauche » et le mouvement socialiste avec ce que cela implique dans l’organisation de la société. Elle permet une interprétation des politiques développées par les grandes institutions internationales24 en vue d’un partage plus équitable des ressources de la planète. C’est moins « clivant » que la référence au Marxisme…

Le rêve des retrouvailles familiales est derrière le « Forum économique de Davos »25 comme il l’a été chez Grotius dans les provinces hollandaises du 16e siècle.

Mais la personne de Joseph inspire aussi les politiciens de droite, favorables à un pouvoir fort, qui dictent les conditions de l’économie et choisissent le renard pour surveiller le poulailler.26 ou justifient un libéralisme prédateur.

De toute évidence Joseph comme figure messianique inspire les rédacteurs bibliques du second testament, en incluant les songes dans les scénarios de la nativité. « Qu’ils soient un … pour que le monde croie »27 va inspirer les rêves d’unité d’une église en voie de dislocation dès le 1er siècle jusqu’à l’avènement du Conseil Œcuménique, qui attend encore son « Joseph » malgré l’Abbé Paul Couturier28 qui attend de son côté que Jésus veuille bien la réaliser.

Joseph est encore derrière les rencontres d’Assises29 qui réunissent les religieux de toutes les dénominations (qui les tolèrent) en vue d’une spiritualité convergente vers un « Royaume de Dieu » dont on se garde bien de l’appeler par un « nom » … si cela vous dit quelque chose :    YHWH ne se dit pas !

11960-1990

2Sarkosy élu en France contre Ségolène Royal.

3François Hollande 2016.

41860 -1904 Fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897,

5Laurent Pietra.Les métamorphoses de Joseph. p.17

61478-1535 philosophe humaniste et homme politique du XVIe

7Citation de wikipedia

81772-1837

9Village autarcique et communautaire se développant par l’exemplarité de l’expérience.

101769 – 1821.

11 Le Code civil des Français, promulgué par la loi du 321 mars 1804, reçut en1807 le nom de Code Napoléon.

121760-1825

13 né en 1950, est un philosophe de formation  professeur en Sciences de l’information et de la communication à Télécom ParisTech, ainsi qu’à l’université de Rennes II,

141820 – 1895 Engels a été militant de la Ligue des communistes et de l’Association internationale des travailleurs.

151818 – 1883 théoricien de la révolutionsocialiste et communiste allemand.

16Ségolène Royal aux obsèques de Fidel Castro « Il faut savoir regarder les choses positivement même si ça dérange », a-t-elle encore affirmé, mettant en exergue « la propreté et la sécurité remarquable » sur l’île. Le 4 décembre 2016

171882 – 1945 Président des USA.Confronté à la Grande Dépression, Roosevelt mit en œuvre le New Deal

18 « Les Raisins d la Colère » est un roman de John Steinbeck publié en 1939.

19Laurent Pietra LES MÉTAMORPHOSES DE JOSEPH Sophiapol, Université Paris Ouest Nanterre

201856 – 1933 Concepteur de la psychanalyse, et de la psychologie des profondeurs, analyste des rêves.

21Pierre Birnbaum historien et sociologue français, né en 1940

22Bill Gates et les développeurs de l’informatique

23356 -323 av JC

24FAO, Programme Alimentaire Mondial, FMI, et peut-être l’Europe de Bruxelles dans son rêve idéal

25l créé en 1971 par Klaus M.Schwab, professeur d’économie en Suisse

26Cf l’élection de Trump aux USA, de Victor Orban en Hongrie, de Wladimr Poutine en Russie, etc.

28 Abbé Paul Couturier  (1881–1953) initiateur de la semaine pour l’unité des chrétiens

29 La première, organisée par Jean-Paul II le 27 octobrre 1986

Retour en Egypte

L’histoire de Joseph au 21e siècle

Jeudi 10 novembre 2016.1

L’agent de sécurité scanne le passeport diplomatique délivré sur recommandation de la conseillère fédérale, Madame Sommaruga.

En regardant « la tête de métèque et de pâtre grec » à la Moustaki de celui qui l’avait présenté … si c’était un passeport ordinaire, l’agent recommanderait une fouille, mais il avait passé la file VIP, et avec son nom… Joseph Jakobssen (Avec deux s, je vous prie) il n’y a sans doute rien à redire…

L’avion quittait en principe Kloten dans deux heures pour Le Caire, c’était la première fois qu’il retournait en Égypte depuis …25 ans, à peu près… et que de chemin parcouru !

Ses collègues du Département chargés de l’immigration étaient sur place depuis une semaine. Il lui reviendrait de décider finalement des visas au titre de l’asile pour une quinzaine de personnes…

Au Starbuck du terminal, le café était un peu lavasse… il se réjouit de retrouver les cafés arabes à la cardamome… Un groupe de femmes en Hijab jonglait avec leurs masques pour boire leur coca-cola. Dans son enfance, aucune femme n’était masquée dans tout le Liban … enfin celui que lui et sa famille fréquentait, un milieu international, majoritairement francophone, et bien protégé.

Et quelle enfance ! Ses premiers souvenirs, c’était les Frères des Écoles Chrétiennes, avec les uniformes. Les profs venaient de France, religieux ou pas, ils utilisaient les programmes de l’Éducation Nationale Française avec application. Ses dix autres demi-frères avaient été à l’école communale, et se formaient sur le tas, en gérant les différentes activités de la grosse entreprise agroalimentaire familiale, dans la Plaine de la Bekaa, et entre les Monts Liban et Damas.

Joseph était le fils de la belle Rachel, que son père avait épousée sur le tard. Tous le reconnaissaient comme le fils préféré du patron.

Un jour son père l’avait emmené avec lui dans la jeep familiale, pour inspecter ses unités de production dans la région frontalière. Profitant de ce moment d’intimité, il avait rapporté à son père les propos désobligeants de ses demi-frères à son égard. Joseph n’avait pas beaucoup d’estime pour ces « fils de servantes », bien que reconnus et bien traités, mais pas aussi favorisés que lui.

Profitant de l’attention de son père dans la voiture, Joseph avait aussi raconté ses rêves : Dix meules de pailles qui s’inclinaient devant lui, et

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1Trois jours après l’élection de Donald Trump comme président des USA.

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un autre où il avait vu la lune et les étoiles se prosterner devant lui …

Le père avait arrêté la voiture, l’avait pris dans ses bras et lui avait annoncé qu’il allait quitter l’école des Frères à Beyrouth pour un collège en Suisse, à Villars, un village de montagne avec de la neige, l’Aiglon Collège… Il serait le premier de ses frères a accéder à une éducation moderne …

De retour à la maison, Joseph tout heureux avait voulu partager la bonne nouvelle avec ses demi-frères et ce fut le début de ses problèmes … ou de sa réussite… question de point de vue.

A l’époque, il faut le rappeler, on appelait le Liban « la Suisse du Moyen Orient » à cause de la coexistence pacifique des communautés ethniques et religieuses1. C’était avant la guerre civile et l’ingérence de la Syrie, qui a toujours considéré le Liban comme une de ses provinces 2 pour son accès à la mer.

Le portable sonne, C’est Asti (Asenath). Son épouse l’avait accompagné à la Gare de Berne. Elle lui souhaite bon voyage, avec les vœux de succès de ses enfants qu’elle avait eu au téléphone, Mani (Manassé3) de Hong-Kong et Ephrem de Boston…

Pour aller plus vite je vous communique simplement le curriculum de Joseph Jakobssen, né en 1953.

Aiglon Collège,Villars sur Ollon, Maturité internationale en 1972, Université de Lausanne, Droit et Économie, Master à l’IMD.1978 Retour au Liban, Manager de l’Agricultural Yakov Food industry .

Depuis son retour, le conflit, d’abord limité aux environs de Beyrouth et de la montagne Druze, s’est étendu entre la Syrie, le Liban,Israël.

La famille tente de survivre en s’alliant avec les plus utiles, tantôt les milices du Général Aoun, tantôt avec les Druzes de Jumblatt, ou les palestiniens qui sont partout, et surtout le Fatah4 et ses variantes qui tire les ficelles. Les divergences familiales deviennent dangereuses. Les frères s’allient aux uns ou aux autres selon l’emplacement de leurs activités, ou leurs racines matriarcales… mais Joseph reste le secrétaire général de son père…

Au cours d’une avancée stratégique, Joseph est enlevé par une milice des « Brigades d’Ali Abou Moustapha »5 Ses frères prétendent qu’il a

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1 La guerre débute le 13 avril 1975, à la suite d’un incident entre les Phalanges et des Palestiniens dans la banlieue de Beyrouth.

2 même si l’ONU les considérait comme des pays distincts.

3La tribu perdue de Manassé aurait fait partie des mercenaires d’Alexandre le Grand et serait restée en extrême orient, origine des juifs chinois…

4  un mouvement de libération de la Palestine fondé par Yasser Arafat au Koweït en 1959. 


été tué au cours des opérations, preuve en est les restes carbonisés de sa voiture, qui vont désespérer son père.

En réalité Joseph est « exporté » en Libye contre une rançon payée par des anciens camarades d’études Libyens de son collège helvétique.

Ils vont le faire recruter par le régime pour ses compétences dans l’agriculture et l’économie : Seif al Islam, le fils de Kadafi1 le prend en amitié. Joseph devient un visiteur habitué de leur maison au bord de la mer. Mais « Madame » Seif Al Islam tente de le séduire, et comme il résiste, elle le dénonce à son mari qui le fait mettre en résidence surveillée dans un des palais de Tripoli, faute de preuve pertinente …

Joseph est rejoint un certain nombre de notables politiques qui « déçoivent » le pouvoir… Entre autres le ministre de l’agriculture, et celui qui est chargé de l’environnement, qui n’avait pas répondu aux fantasmes du Colonel concernant l’approvisionnement en eau des fontaines de Tripoli. Quand tu ne partages pas les idées du « Guide de la Jamahiriya », tu deviens « 0pposant » et dans le meilleur des cas, tu finis en résidence surveillée ou en prison. Joseph va être confiné dans le même quartier. Avec sa réputation et une expérience reconnues, ses codétenus vont refaire le monde avec lui, en attendant mieux, puisque tout reste possible…

Bien évidemment, tous aspiraient à la liberté, et continuaient à faire des projets, en se rêvant un avenir. L’ex ministre de l’environnement se rêvait cultiver trois ceps de vigne, dont les grappes produisaient le vin du palais pour les soupers du Colonel… Connaissant la versatilité du pouvoir Libyen, Joseph abonda dans son sens : «Attend quelques mois, et tu seras rappelé à ton poste de ministre, vu le manque de compétence de ton successeur…  Et quand tu seras à nouveau proche du pouvoir, ne m’oublies pas, je n’ai rien fait pour mériter ma mise à l’écart… et en plus je ne suis même pas Libyen… »

En rigolant l’ex-ministre de l’agriculture avait aussi raconté son propre rêve : Il portait trois paniers de victuailles, comme les vendeurs ambulants en portent sur leur tête, et des oiseaux picorent les gâteaux préférés du Colonel dans le panier du sommet …

Le ministre avait mauvaise réputation, les journaux ne manquaient pas une occasion de souligner son opportunisme et la corruption qui l’entourait. Pire encore, il venait de Benghazi, donc d’une autre tribu que le Colonel.

Si l’armée avait été un moyen d’unifier les tribus, il n’en restait pas

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1Le fils « présentable » du dictateur, négociateur international et facilitateur du régime.


moins que le népotisme et la corruption créait des privilèges qui portaient ombrage au despote du « petit livre vert »1

Joseph avait donc mis en garde son compagnon d’exil intérieur, et lui avait dit qu’il n’allait probablement pas s’en tirer sans quelques dommages, un destin funeste lui pendait au nez…

En 1979, Kadafi avait renoncé à la présidence, mais restait au « pouvoir » comme « Guide de la révolution ». A l’occasion des dix ans de l’événement, il gracie son ministre de l’environnement, à l’origine d’un grand projet d’irrigation au sud du pays. Personne n’était parvenu à le gérer depuis sont arrestation… Et pour couronner les dix ans de l’événement il fait pendre son ministre de l’agriculture qui lui, n’arrivait pas à faire pousser du blé dans le désert … Ainsi va la vie des despotes, qu’ils soient éclairés à la bougie ou sous les projecteurs de la télé-réalité.

En ce qui concerne Joseph… il était resté en résidence surveillée à Tripoli…

En se dirigeant vers la « Gate A5 » prévue pour son vol, Joseph a pris la « Weltvoche » dans le chariot à journaux avant de s’installer dans l’avion en 1ère classe, privilège diplomatique. Il ouvre le journal, et découvre avec consternation l’éditorial de Roger Koppel,2 qui se réjouit de l’élection de Donald Trump: Il va enfin mettre de l’ordre dans le monde. Si Joseph est bien persuadé qu’il faut y mettre de l’ordre, il a des doutes sur la manière… cela durait depuis si longtemps… Mauvais temps pour les palestiniens… et les traités internationaux !

Le survol des alpes est grandiose la lumière fait briller les sommets déjà enneigés. Vivre en Suisse est vraiment un privilège dont il est tous les jours reconnaissant.

Il était resté deux ans dans le palais du Colonel… où résidaient aussi la garde féminine à laquelle Kadafi rendait visite régulièrement, sous prétexte de promotion de la femme arabe… On savait maintenant que c’était surtout pour assouvir ses fantasmes sexuels … il est mort !

En 1991, Le guide de la révolution voulut avoir l’explication d’un rêve récurent sous différentes formes : « Sept puits de pétrole, engloutis par sept fontaines d’eau »

« Sept buildings, couverts par sept baraques de bidonville »… Les scheiks et autres imams se trouvaient bien incapables de donner des explications satisfaisantes. Ils avaient trop peur de dire ce que cela

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1Kadafi avait publié un recueil de platitudes, sur le modèle du « petit Livre Rouge » de Mao Tsetung.

2 Directeur du journal et conseiller National UDC successeur de Christophe Blocher


pouvait signifier… de manière évidente !

C’est à ce moment là que le ministre de l’environnement s’est souvenu de l’hôte du palais de Tripoli et de la pertinence de ses explications d’autrefois, et surtout de leurs accomplissements. Il suggéra qu’on l’appelle pour éclairer le Colonel…

Joseph n’était pas devin, mais économiste, et habile analyste de la situation géopolitique. Il était resté en phase avec le monde grâce à la télévision qu’il pouvait librement regarder dans sa « résidence » de Tripoli.

Comme il valait mieux prévenir que pâtir, Joseph prit sur lui d’inclure « Allah » dans son explication. Pour ne pas froisser le « Génie du désert », il avait commencé par dire que Dieu pouvait lui même révéler le sens de ces rêves à son excellence1 : Il avait expliqué que la richesse pétrolière actuelle du pays n’aurait qu’un temps, et que le régime serait abattu par l’incompétence de ses dirigeants… Le développement économique des entrepreneurs du bâtiment qui avait aussi enrichi la famille Ben Laden, serait anéanti par le démembrement du pays …

La « vérité » est un risque pour tout le monde, et pour Joseph, elle a été salutaire et inattendue : Comme toujours imprévisible, le colonel a reconnu le courage de Joseph et la pertinence de son interprétation. Kadafi se sentait protégé par ses bonnes relations internationales, et sa fonction de rempart contre l’émigration vers l’Europe2… Mais trop, c’était trop : Il va « condamner » Joseph à prouver sa capacité à s’en sortir : il est simplement jeté à la rue sans passeport, sans protection, avec juste les habits qu’il porte… en espérant qu’il va quitter la Libye où il ne trouvera jamais de travail.

A 38 ans, Joseph va faire comme tout le monde, travailler au noir dans le port, en attendant une occasion d’embarquer pour Lampedusa comme des milliers de migrants avant et après lui.

En 1991 la traversée se passait encore relativement bien, ce n’était pas devenu une industrie comme aujourd’hui : On trouvait des bateaux de pêche qui chalutaient au large des côtes et pouvaient déposer des passagers soit en crête, soit à Malte, soit en Italie : Lampedusa étant l’île la plus proche et la plus pratique pour les trafiquants Libyens.

La sono de l’avion lance son indicatif : Le commandant de bord se présente et informe les passagers que le repas va être servi. Ils survolent

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1pour peu qu’il enlève ses lunettes de soleil / mais cela il ne l’a pas dit !

2Le « Guide de la révolution » de la Jamahiriya arabe et dirigeant de la Libye de 1969 à 2011,a été assassiné à Syrte le 20 octobre 2011.


 actuellement la région de Milan et vont longer la côte adriatique jusque sur le Péloponnèse avant de prendre le cap sur l’est de la Méditerranée. Le temps est clément, il n’y a pas de turbulence annoncées, et ils arriverons selon l’horaire au Caire où il fait 35° avec un léger vent du Nord.

Joseph ne réclame pas de repas particulier à l’hôtesse qui lui donne son plateau : tranche d’agneau, pomme mousseline, carottes et brocolis sur assiette et un verre de bordeaux…

La classe économique se contente d’un blister en plastique marqué « Gate Gourmet » 1 avec un hamburger frittes ! Il en avait rêvé en remontant l’Italie vers la Suisse… Son visa provisoire lui faisait obligation de quitter le territoire Italien dans le mois… c’était avant les accords de Dublin.

Accueillis par Caritas en Italie, il avait pu téléphoner à un amis d’études repéré à Lausanne. Il était étonné de savoir Joseph en si mauvaise posture : Il est « récupéré » par « l’Association des anciens l’IMD », qui va intervenir au bon endroit pour lui accorder un visa provisoire…

Il se retrouve à Belmont, et travaille quelques mois dans une multinationale de trading. Il fonctionne simultanément comme interprète bénévole au Service des Réfugiés de l’AGORA à l’aéroport de Genève… Il se marie en 1993 avec une Libanaise avec qui il aura très vite deux enfants.

Repéré par un responsable du département fédéral de Justice et Police, il s’y retrouve associé comme expert.

Les années de son séjour en Suisse pendant ses études lui sont créditées, et à cause de sa situation de réfugié, il obtient son passeport Suisse par la procédure de naturalisation facilitée2. Il occidentalise son nom : Joseph Jakobssen.

Après c’est les amis, la politique, et il faut le dire, le piston : Il est nommé directeur à l’Office des Réfugiés par Mme Sommaruga, pour faciliter ses démarches au niveau international,… et dans l’avion pour le Caire.

Il avait perdu tout contact avec sa famille : Il sait que ses frères n’avaient pas été étrangers à son enlèvement par les milices libano-palestiniennes… Mais c’était si loin. il n’avait jamais eu de nouvelle de son Père. Son entreprise avait été démantelée par la guerre. S’il n’était pas mort, il devait vivre en retrait de la vie publique, sans doute clandestinement, dans un village du Mont Liban, protégé par les fidèles de sa tribu… 


1Ex Swissair rachetée par les chinois de « Swissport » La mondialisation version chinoise.

2Procédure officielle, mais ici un peu accélérée, mais cependant attestée par la Commission de Gestion en cas de contestation d’un représentant de l’UDC.


Enfin celle qu’il avait rejointe par nécessité pour survivre à l’ambiance antisémite générale depuis 1948. La famille BenYakov était Judéo-Libanaise, descendante séfarade des juifs d’Espagne établis dans la péninsule ibérique aux temps des romains, et revenus au moyen Orient quand Ferdinand et Isabelle la Catholique ont expulsé tout le monde non chrétien en 1492.

Au moment de l’indépendance d’Israël, les arabes ont fui les territoires contrôlés par les insurgés juifs, mais la famille BenYacov n’a pas voulu se réfugier en Israël où ils auraient tout perdu ce que des générations avaient construit. Inévitablement les autochtones qu’ils étaient devenus se sont assimilés comme au temps des Turcs1 en s’affichant comme tout le monde, et en restant fidèles, par des prénoms symboliques, ou le respect d’une « partie du Week-end », et quelques fêtes à l’étranger…

Les contrôles à l’aéroport du Caire sont facilités par la présence du représentant de l’Ambassade de Suisse. Joseph est conduit a l’Hôtel Mariott d’Alexandrie, en trois heures de voiture, pour reprendre ses esprits… et prendre connaissance des dossiers qui l’attendent.

Une centaine de candidats sur 1500 ont été auditionnés. L’ambassade en a retenu une cinquantaine, dont en particulier une fratrie importante de dix adultes d’origine sans doute syrienne, mais avec un fort accent libanais… Ils avaient peu de chance, mais la curiosité l’avait emporté et ils avaient été considérés comme un « groupe » susceptible de collaborer dans un environnement suisse adapté, soit dans l’agriculture ou l’industrie forestière…

Le lendemain matin, le chauffeur de l’Ambassade vient chercher Joseph, avec un greffier et les conduit au Centre de regroupement des réfugiés près du port  : Un vaste camp géré par le HCR, avec tentes et Containers porta-cabines blancs, les bleus des services de sécurité de l’ONU et ceux du CICR marqué de la Croix Rouge… C’est là qu’il est attendu.

Dans un sorte d’enclos délimité par des barrières pour canaliser la file d’attente, une centaine de personnes, des familles, des solitaires… de toutes les couleurs – de vêtements – et plus ou moins bronzés, comme venant d’Afrique ou du Moyen Orient.

Les premiers candidats sont Éthiopiens, des jeunes déserteurs de l’armée… L’UDC ne les aime pas… et seuls quelques uns ont un niveau éducatif compatible avec les critère du Département… Un couple d’Afghans 


1 et des marranes en Espagne:Pratiquant la religion dominante en public et conservant en secret les pratiques du judaïsme.


avec deux enfants, l’homme se dit médecin de Kandahar et a travaillé dans une antenne de Médecins du Monde à la frontière Iranienne…Il parle anglais…

Joseph le retient dans la liste… et appelle le/les suivants…

L’interprète entre le premier, suivi d’un groupe – Ah c’est « LE groupe » – qui remplit le container… les cinq sièges sont pour les plus âgés, les autres sont debout derrière, tous barbus, les uns vêtus à l’occidentale, les autres en djellaba…L’Interprète explique qu’ils souhaitent bénéficier d’une sorte de regroupement familial…L’un d’eux précise qu’ils avaient appris que « La Suisse pouvait les aider »… il y a juste un problème, l’un de leur frère est encore au Liban et souhaiterait les rejoindre.

« Oui, ils ont des familles, naturellement… » Donc c’est un groupe nettement plus important que les dix qui sont là … Joseph les écoute … il n’a pas besoin de l’interprète, mais le laisse traduire : Ces gens. Il a l’impression de les connaître, leur accent, leurs âges. Il pose quelques questions en anglais sur leur origine, ils étaient de la Bekaa au Liban, Mais aussi syriens, résidents dans la plaine d’Asal Alward au nord de Damas. Ils sont réfugiés, et chassés par Daech… Agriculteurs et éleveurs pour une société Libanaise. Leur père est toujours vivant avec leur plus jeune frère pour l’aider. Il devrait les rejoindre… ils avaient un autre frère … qui a disparu il y a longtemps, ils n’en avaient plus eu de nouvelle, il est peut être en Libye, s’il est encore vivant…

Un officier de sécurité de l’ONU apporte un document au greffier qui le lit, perplexe… Joseph se rend compte que le greffier ne note plus rien du tout…

Il l’interroge en suisse allemand – peu de chance que les occupants du container comprenne : « Il y a une note du service de sécurité signalant que des membres de ce groupe ont la possibilité de faire des aller et retour entre l’Égypte et la Syrie… Ce qui est assez curieux, vu la situation … et leur origine dans une zone contrôlée par Daech… »

Joseph charge l’interprète de leur dire que leur demande va être examinée : « Les services de sécurité ont des doutes en ce qui concerne vos relations politiques, et la Suisse a très peur des fondamentalistes musulmans et de ceux qui leur ressemblent…Ils peuvent se dissimuler comme « réfugiés » Vous devrez donc vous représenter dans trois jours. »

La suite des auditions se fait dans l’ordre… le choix est un peu arbitraire : Priorité à ceux qui parlaient français – des guides touristiques ou des commerçants proche des touristes – ceux qui parlent anglais et ont un bon niveau éducatif, étudiants ou professionnels. Les personnes formées dans le domaine de la santé…


Les personnes illettrées sans qualification ou trop âgées sont écoutées avec bienveillance, mais tracées sur la liste : « La Suisse ne peut accueillir toutes les misères du monde » avait martelé Christophe Blocher. Mme Martulo, sa fille, l’avait répété au Conseil National…

En reprenant ses dossiers à la fin de la journée, Joseph n’a plus de doute : Il se trouve en présence de ses frères … qui ne l’ont – heureusement – pas reconnu .

Selon les critères du Département, leurs âges proche de la retraite, ou au delà, ne les qualifient pas pour un asile en Suisse, et leurs familles auraient rempli le quota qui lui avait été fixé.

Joseph est coincé par ses souvenirs et sa rancœur : Ce sont ses frères qui cherchent une issue à leur détresse… Mais ce sont aussi eux qui l’ont fait enlever, et laissé pour mort pour sa famille… Il ne va pas leur rendre la tâche facile… Il hésite même à leur venir en aide …

Il peut éventuellement organiser leur retour au Liban avec un programme d’accompagnement du HCR, et l’aide de l’EPER…

De retour au Mariott, il appelle Berne, et demande s’il peut s’engager pour une famille, avec l’aide du CICR, dans un convoi d’aide humanitaire en direction de l’ouest de la Syrie… Si il y en a un de prévu…

Le lendemain matin il reçoit un appel de Jordanie : C’est Karla Ruppert, la déléguée du CICR qui coordonne les convois humanitaires et négocie les droits de passage : « Dans une semaine un convoi va partir d’Amman pour Yabrud au Nord de Damas. L’oasis a été libérée récemment…

Nous avons besoin de personnel local d’accompagnement, mais pas engagés dans l’une ou l’autre des factions en présence… Une fratrie ? Pourquoi pas, les différents âges rassureront les chauffeurs et les autorités. Ils auront un salaire, des assurances et des sauf conduits du CICR »

Joseph charge ses collaborateurs de trouver un vol du Caire pour Amman pour leur groupe … de 9 personnes. Oui, il sait qu’ils sont 10, mais il veut en garder un comme garantie, ce qui rassurera aussi les surveillants de l’ONU.

Il revient au camp deux jours plus tard, pour distribuer les vingt visas accordés. Il convoque le « groupe » pour leur annoncer qu’ils ne sont pas admis à se rendre en Suisse. Il va essayer de trouver une situation acceptable pour eux dans la région :

« Vous avez encore de la famille au Liban ? » demande l’interprète 


« Oui notre père, très âgé, et notre jeune frère qui veille sur lui… »

Ils sont là, à supplier Joseph qu’ils avaient trahi autrefois, de les aider à sortir du camp … Est-ce que ce suisse va leur offrir une vie meilleure ? Est-ce qu’ils ne paient pas maintenant ce qu’ils ont fait subir à leur jeune frère autrefois ? Leurs échanges n’échappent pas à Joseph qui n’a toujours pas dit qu’il les comprenait parfaitement sans l’aide de l’interprète.

Joseph fait demander  : « Est-ce qu’ils pourraient faire venir leur plus jeune frère pour que leur candidature puisse être considérée dans son ensemble ? » .Cela semble difficile : « Qui va s’occuper de leur père ? » Et en même temps, la présence du frère auprès de leur père est plus une « garantie » qu’un support réel, puisqu’il est entouré de femmes employées à son service, d’un chauffeur… et de quelques ouvriers.

Joseph leur soumet la proposition qu’il avait organisée, persuadé qu’ils y consentiraient : Ils doivent laisser l’un d’eux sur place. Les autres partiront pour Amman et seront associés à un convoi humanitaire pour la Syrie. Ils seront protégés par le CICR et salariés pour ces jours de voyage. Au retour ils prendront leur frère et reviendront à Alexandrie. Leur avenir pourra alors être organisé… et leur frère libéré.

Tout est toujours compliqué au Moyen Orient : Vous voulez traiter avec une personne et vous êtes confronté à toute une tribu. Vous voulez négocier avec une tribu, et une seule personne se présente, dont vous ne savez jamais qui elle est en réalité : Émissaire, patriarche, employé, avocat… chef religieux… Pour les Suisses ce n’est pas toujours facile de décoder… Joseph le sait bien, il est tombé tout petit dans la marmite… et dans le traquenard.

Finalement c’est Siméon BenYakov la soixantaine qui s’y colle. Il sera assigné à résidence – on ne prend jamais assez de précautions avec « ces gens là » – Joseph n’est pas fier de cette prise d’otage, mais il faut suivre « les us et coutumes du lieu ! »

Pendant la soirée, Joseph ne quitte pas sa chambre du Mariott, bouleversé par l’émotion et complètement submergé par des sentiments contradictoires.

Le groupe est embarqué le lendemain dans l’avion pour Amman. Ils sont accueilis par Karla Ruppert… « Une femme, ils vont se méfier ! ». Elle ne leur laisse pas le choix : Ils sont débarqués dans les locaux du HCR, où ils reçoivent les instructions nécessaires à leur mission : Rester neutres, ne pas prendre la parole en public, ne répondre qu’à des questions factuelles, toujours en référer au chef du convoi commun HCR-CICR. Ne pas porter d’armes, ni de téléphone portable.


Le jour du départ ils recevront leur salaire, pour trois semaines de mission, et ils pourront en faire l’usage qu’ils souhaitent : En cours de route ils seront logés et nourris aux frais de l’organisation.

Joseph est tenu au courant par Karla, qu’il avait rencontrée à Genève dans un colloque sur « les droits de l’homme en zone de conflit », organisé par « l’Appel de Genève »1. Apparemment, Ruben BenYakov, le plus âgé qui semble diriger le groupe a été très surpris par le contenu de leurs enveloppes de salaire… au barème de l’ONU et non pas du SMIC agricole local…2 Il avait peur que ce soit une erreur et qu’ils soient accusés d’abus de confiance !

Karla les a rassurés. Ils sont partis comme prévu, avec le convoi qui est sensé arriver trois jours plus tard à Jayrud au Nord de Damas sur la route d’Homs… Il vont passer par Daraya en contournant Damas.

D’après les informations que Ruben a données, ils avaient un établissement à Al Zabadani au nord ouest de Damas, sur la route de Baalbek…

Karla avait demandé « Est-ce que la situation économique de votre famille sur place vous permettrait de retourner au Liban et de vous y réintégrer ? »

« Sans doute, si les conditions politiques le permettent. Nous avons tout perdu en Syrie, il est possible que nous puissions avec votre aide retrouver des conditions de vie acceptable au Liban, de l’autre côté de la frontière… »

Joseph peut retourner à Berne, avec son contingent de visas accordés, les « élus » suivront dans quelques jours.

Dans l’avion du retour Joseph « repassait tous ces événements dans son cœur » selon la formule consacrée. Les mariages de son père, avec Léa, glissée dans son lit à son insu par son employeur – le grand père -, et son contrat de travail « contraint, mais pas forcé » pour lui permettre d’épouser enfin sa mère, Rachel, en fait son premier amour !

Comme tous les « puissants » de ce monde, et en plus dans un environnement qui ne dédaigne pas la polygamie3 Monsieur Yakov BenYakov avait aussi eu des « amours ancillaires » avec deux membres du personnel, particulièrement attirantes… ce qui avait ajouté quatre autres demi-frères. Une fois sorti de l’adolescence, le père les avait envoyés


1 L’association contre les mines, présidée par Élisabeth Warner-Decrey

2Le salaire agricole se situe entre 5,- et 10 sfr par jour, Les salaires de l’ONU varient de 10.- sfr à 50.- sfr l’heure., ou s’il est mensuel entre 5000.- et 10’000 sfr (Y compris les allocations de fonctions) selon les qualifications...

3 limitée à deux épouses !


 comme intendants de ses domaines à Al Zabadani et justement dans l’oasis de Jayrud.

Le 3 juillet 2016 Jayrud avait fait l’objet de bombardements par le régime et 48 victimes, après le meurtre d’un pilote de Bachar qui s’était fait éjecter dans les environs.

La ville était jusque là considérée comme un havre de paix en vertu d’un accord apparent entre le régime et les autorités locales, mais il était de notoriété publique que les réfugiés qui avaient envahi les abords de la ville vers le lac n’étaient pas vraiment favorables au régime…

Dans le train à la sortie de Zurich, la pluie s’était mise à tomber en grosses gouttes. Le froid allait permettre aux stations de ski de préparer leurs pistes. Il se réjouissait déjà de passer quelques jours à la montagne avec ses fils et leurs enfants, comme d’habitude… même s’ils étaient encore bien petits.

Asti l’attendait à la gare. Ils ont pris la route pour Murri sous une pluie toujours battante. Mani reviendra de Hong Kong le 21 décembre et Ephrem le 23, il n’avait pas pu se libérer avant une importante réunion au MIT… Le chat n’osait plus sortir sous la pluie, mais continuait à miauler devant la porte, comme si Asti pouvait arrêter la pluie !

Comme tous les lundis matins, il y a conférence au département : Joseph rend compte de son voyage. Il reste discret sur « le groupe ».

Il cite le médecin Afghan comme un « réfugié de choix ».

Son collègue Bauknecht, des services de renseignements, lui demande quelles informations il a sur Gad et Asher BenYakov, qu’il a semble-t-il aidé. Ils ont été repérés comme d’anciens membres du réseau de Georges Habache,1 C’était une information communiquée par la NSA… « qui nous surveille aussi » !

Joseph est surpris, il n’avait sans doute pas posé les bonnes questions… C’est tout de même curieux que des Libano-Syriens, d’origine juive, se soient associés aux luttes des palestiniens… Il doit expliquer que ce groupe n’a pas été retenu, mais semblait mériter une aide particulière qu’il avait eu à cœur personnellement de proposer avec l’aide du CICR… Il se souvenait : Ces deux là sont ses demi-frères, fils de Madame Zilpa la palestinienne, « of course ! »…

Heureusement, les problèmes à Chiasso ont pris le dessus dans la réunion. Les douanes ne souhaitent pas l’intervention de l’armée en uniforme. Pour refouler les enfants, ce serait mauvais pour le tourisme et la réputation


1 Front populaire de libération de la Palestine (F.P.L.P.) qu’il a fondé en 1967 et dirigé jusqu’en 2000.


 de la Suisse : Nous ne sommes pas la Hongrie de Victor Orban tout de même !

Une semaine plus tard, Karla Ruppert appelle Joseph… ses « protégés » ont fait défection : ils ont laissé les chauffeurs regagner Amman avec les camions, et eux sont restés dans la région de Damas, elle n’a plus de nouvelles… « Ce qui en soit n’est pas grave, mais ils avaient été engagés pour trois semaines,,, il en manquait une en tout cas ! »

Joseph se doutait bien que le groupe allait se rendre auprès de leur père, afin de ramener le cadet … une fois, mais quand ?

Début décembre, Joseph repart pour Alexandrie… Train pour Kloten, avion pour Le Caire… Le journal est encore plein des déclarations contradictoires suite à l’élection de Donald Trump et du choix du candidat de la droite en France.

Poutine reste Poutine, et Emmanuel Macron fait son chemin. Rien n’est joué en Syrie, où les bombardements font toujours autant de dégâts collatéraux.

Après deux heures de vol, il est tiré de sa torpeur par un message du commandant de bord. Le film qu’il ne regardait pas sur l’écran du siège devant lui distillait en silence les mésaventures d’un groupe de femmes superbes aux prise avec un acteur bellâtre dans un décor de Baie de San-Francisco. « Mesdames et messieurs, nous venons de passer au dessus d’Athènes, dans quelques minutes sur votre droite vous appercevrez l’anneau de l’île de Thyra/Santorin avec son volcan Notre vol se poursuit à une vitesse de 900 kmh et à une hauteur de 10’000m, en direction de la Crête. Nous nous dirigerons vers l’est en direction de Chypre en longeant sur votre gauche les côtes Turques,

puis nous prendrons la direction du Sud, et nous atteindrons le Caire dans un peu plus de deux heures, Il y fait actuellement 38°. Le personnel d’accompagnement va vous présenter l’assortiment de produits hors taxes que vous pouvez acquérir en faisant usage de toutes les cartes bancaires et de crédit usuelles. La compagnie vous offre à boire de l’eau, n’hésitez pas à vous hydrater, il en va de votre santé. Je vous remercie de votre attention » Il répète le message en anglais … Le sigle de la compagnie fait place à la suite du film sur l’écran. Retour à « l’American way of life » cinématographique …

Joseph clique sur l’écran GPS où se déplace un petit avion sur une carte de la Méditerranée…

23h 30, Hôtel Mariott, « Bonjour Monsieur Jacobssen, nous vous avons gardé la même chambre » Joseph sourit… toutes les chambres sont pareilles, il y a juste le point de vue par la fenêtre qui varie selon


le côté ou l’étage ! C’est vrai qu’il apprécie le coucher du soleil… va pour la même chambre.

Il a de nouveau une liste de candidats… des jeunes et des familles… il avait demandé de ne pas garder les hommes seuls : Eux ils peuvent plus facilement se débrouiller. Il appelle Karla : pas de nouvelle de ses « protégés » à Amman…

La situation toujours aussi tendue autour des convois humanitaires. Ils ne passent que selon le bon-vouloir de chefs locaux, qui ne répondent à aucune logique. Les bombardements des russes sont toujours aussi imprécis, et meurtriers pour les civils… Moins il y en aura, plus facile seront les élections, quand le régime les organisera !

Le matin suivant, le chauffeur vient le prendre, ils ramassent l’interprète à son domicile et rejoignent le camp, et les containers.

Le service de sécurité a été renforcé à l’entrée, il faut montrer un badge ou s’identifier pour sortir : Qu’est-ce qui se passe ?

« Un des assaillants de la tuerie de Paris a passé par ici, et on ne souhaite pas que cela se reproduise, alors on contrôle ! »

Ils s’imaginent que les jihadistes vont se présenter avec « Candidat à la mort » écrit sur le front… Ils savent bien que l’anéantissement de Daech va signifier le retour au bercail des européens. Il vaut mieux avoir l’air d’un vrai réfugié plein d’ecchymoses qu’un barbu badé de grenades… quelle connerie !

La file d’attente est comme d’habitude : Colorée, fatiguée et résignée, avec des yeux pleins d’espoir. Ils ont été convoqués, ils sont venus. Ils patientent sous le soleil. L’abri devant le container n’est pas assez grand pour les protéger tous, mais cela viendra.

Le container est propre, il y a plus de chaises, un ordinateur neuf tagué HCR, un téléphone satellitaire, sorte de gros portable avec une antenne noire.

Le greffier s’installe. Il patiente pendant l’ouverture de l’ordinateur qui fait enfin sa petite musique « Windows » … « Prêts ? » « Faites entrer » ..

L’interprète s’efface devant un homme dans la trentaine… qui parle un français impeccable : « Je suis syrien, d’Alep, j’étais architecte, et j’ai tout perdu. Je pense qu’il y aura du travail pour reconstruire quand la paix sera revenue, mais je suppose que les travaux seront confiés à des bureaux étrangers, alors je suis prêt à aller y travailler » …

« Vous n’êtes pas vraiment un « réfugié »… vous auriez pu partir d’Égypte pour l’Europe de manière autonome … »

« Essayé pas pu : Débarqué à Rome, pris le train pour la Suisse,


refoulé Dublin. Repris le train pour Nice : Arrêté à Menton : tentative d’entrer sans papiers valables. Récupéré par les carabiniers, direction Fiumicino (Rome) et l’avion pour le Caire… donc me voici. La Suisse aime les grands architectes, j’en suis un petit. J’admire Le Corbusier, Mario Botta… alors j’essaie. »

Après une conversation plus personnelle sur sa famille, anéantie, sa formation académique… L’explication qu’en Suisse la construction est un domaine où on ne construit surtout pas. Un pays où on fait des projets qui n’aboutissent pas à cause des oppositions, du refus des crédits, de la Lex Weber, et du mitage des alpages.

Mais, Monsieur Almin Hadad a de bonnes chances de trouver du travail, si l’office de Vallorbe ne l’oriente pas pour aller faire la plonge au MacDo de Crissier ! Une nouvelle audition par un collègue sera faite demain.

Suit un informaticien – ce qu’il dit – Tamoul du Sri Lanka.

Qu’est-ce qu’il fait là ? La route par la Mer Rouge, la marche depuis Port-Saïd. A l’office du tourisme du Caire où il a voulu dormir dans le hall… il a été ramassé par la police et conduit au Camp. Il a appris que la Suisse demandait des informaticiens, il l’était quand il travaillait à Doha. Il s’était fait expulser quand ses employeurs se sont rendus compte qu’il était un Tamoul pas musulman. Pour eux c’était un non-sens.

Embarqué sur un bateau pour Djibouti d’abord, il a continué et il et là. Il sait qu’il y a une communauté Tamoule importante à Zurich, où travaille un cousin.

« OK, vous passerez encore demain pour un second entretien pour préciser vos qualifications. Je vous averti déjà, les fonctionnaires en suisse sont parfois expéditifs, au lieu de vous orienter sur les bureaux de Microsoft ou de Google, ils vous proposeront probablement la plonge dans un restaurant Indien ! »

Joseph résumait là le contenu d’un article du « Temps » qu’il avait lu dans l’avion. Un scandale de plus dans les services de sa patronne. On peut être pianiste, mais pas sur tous les claviers !1

« Suivant » …

Un homme glabre, pâle d’un âge assez mur, relativement bien habillé d’un complet fatigué, mais avec une cravate… les yeux baissés. Il était accompagné d’un homme dans la quarantaine, présentant bien et habillé proprement.

L’interprête traduit :

« Vous me reconnaissez ? » Joseph en avait tellement vu … « Nous nous sommes déjà rencontrés ? »


1Mme Sommaruga est professeure de piano avant d’être Conseillère fédérale.


L’homme lève les yeux : « Je suis venu avec mes frères il y a quelques semaines … nous devions vous revoir avec notre plus jeune frère, c’est Benjamin, que je vous présente … »

« Ah oui, mais c’est bien sûr » dit Joseph, « Vous êtes de la famille BenYakov je pense ? » « Ruben, pour vous être agréable, monseigneur l’ambassadeur… »

« Vous paraissez … plus jeune… disons sans barbe, vous êtes différent. »

« Attendez, je vous avais demandé de revenir avec vos frères et le dernier, qui manquai à l’appel… Vous n’êtes que les deux ? »

« Oui et non. Deux dans le camp, oui, mes frères sont dans une auberge… avec l’argent que vous nous aviez donné pour notre mission d’assistance, nous ne sommes plus qualifiés pour le camp, qui est réservé aux plus démunis. »

Joseph est perplexe… Le silence et la chaleur dans le container est lourd. Joseph se lève, il demande à interprète et au greffier de sortir pour se rafraîchir…

Joseph appelle les services de sécurité : « Est-ce que Siméon BenYakov est toujours dans le quartier de sécurité ? Il s’y morfond… il attend le retour de ses frères … OK, je crois que cela va s’arranger pour lui… Oui Joseph Jakobssen, le représentant diplomatique de la Confédération Helvétique… oui, Confédération Helvétique… Vous ne savez pas ce que c’est ? La Suisse, cela vous parle mieux ? Je vais faire les démarches nécessaires »

Joseph regarde Ruben, qui ne l’a toujours pas reconnu, et Benjamin qu’il n’a jamais vu…

Retour de l’interprête et du greffier

« Comment cela s’est passé ? Vous avez quitté le convois au retour de votre mission en Syrie, une sorte de désertion quand même ? »

« Que Monseigneur l’ambassadeur nous pardonne, je peux vous expliquer… »

« Je ne suis pas ambassadeur, seulement un fonctionnaire chargé d’examiner les candidature à l’asile prioritaire dans les camps »

L’interprète s’acquitte de sa tâche avec circonspection, il a l’impression que quelque chose ne tourne pas rond… d’autant plus que le greffier ne note que des bribes du dialogue…

« Alors si nous ne sommes plus dans le camp, Monseigneur, c’est que nous ne sommes plus éligibles ? Pourtant vous nous aviez promis… »

« Vous avez entendu le téléphone, si vous n’avez pas compris, vous


avez au moins entendu prononcer le nom de votre frère… Je vais essayer de vous aider, mais ce sera en dehors du cadre du camp »

L’interprète traduit… le greffier a déjà enregistré le fichier… et s’apprête à appeler « le suivant »…

« Attendez, dites moi où je peux retrouver votre groupe, je vais vous rencontrer après mes auditions ici, disons vers 16h… » « A l’Hôtel des Pharaons, c’est un vieil hôtel à la sortie d’Alexandrie en direction du Nil ».

Ruben sort, les suivants entrent, une famille, apparemment somalienne ou Éthiopienne, avec deux enfants d’une maigreur effrayante… « Ils ont passé par le Sinaï » dit l’interprète qui les accompagne, « ils ont été rançonnés par les bédouins et retenus pendant six mois … » C’était tout de même « toute la misère du monde »…

A 15h 30, Joseph a terminé ses auditions. Il demande au chauffeur de le conduire à l’Hôtel des Pharaons, un vieil établissement à la sortie d’Alexandrie en direction du Nil… Il connaît, c’est pas cher, et accueillait au siècle dernier les amateurs de casino … « Il paraît qu’il y a un hôtel du même nom à Las Vegas, et que c’est les descendants des anciens propriétaires qui l’ont ouvert en Amérique »… L’interprète l’accompagne, curieux de savoir ce qui va se passer avec ce diplomate suisse au comportement étrange.

Les portes tournantes de l’entrée ne tournent plus, il y manque des vitres.

Le sol du « lobby » est couvert de sciure… « attention c’est glissant » dit un vieillard assis dans un fauteuil qui aurait pu être en cuir si on ne voyait pas la trame textile de l’imitation.

A la réception une femme voilée lui répond qu’elle va appeler le groupe BenYakov, et que Joseph pourra les rencontrer dans « un petit salon privé ».

La nostalgie des grands établissements, on essaie de garder la forme si le fonds est percé.

Joseph entre dans une salle aux dorures écaillées. Il n’y a plus de miroir sur la fausse cheminée, où il n’y a plus que la trace du faux feu. Les lustres sont barrés d’un tube néon accroché aux volutes de chandeliers qui n’ont plus que quelques branches. La table tient plus de tréteaux de kermesse, et les chaises paillées sont normales dans les tavernes du centre ville historique.

Après quelques minutes, le jeune, enfin plus jeune que Joseph, entre…suivi de neuf messieurs que Joseph identifie : En particulier Gad et Aser, qui portent le keffieh rouge palestinien… La NSA avait raison, ils sont fidèles à leurs ancêtres…


Ruben est là, comme le matin. Ils s’installent autour de la table, un peu gênés…Le protocole occidental les embarrassent : Habituellement il y a des « divans » autour de la pièce, presque par terre, et les convives sont assis, le dos au mur, ce qui évite les coups de poignards dans le dos.

Ruben prend la parole « Vous nous aviez demandé de venir avec notre frère, nous l’avons fait, vous l’avez vu… »

Joseph les salue plus protocolairement avec l’aide de l’interprète… et demande de lui expliquer leur désertion à Damas ». Il sait que leur présence a pour but de récupérer leur frère, que les services de sécurité ne vont pas tarder à leur présenter.

Juda BenYakov prend la parole « Que Monseigneur nous pardonne, au retour de la mission, nous avions l’occasion de retrouver notre père, et de lui exposer la situation, afin de le convaincre de laisser partir notre frère Benjamin.

Notre père était très en colère contre nous tous. Il tenait à chacun d’entre nous. Il avait perdu son fils préféré, et maintenant Siméon était retenu en otage par les organisations internationales… Avec le Hamas on peut toujours négocier, mais avec les puissances militaires et l’ONU, notre père prétend qu’il n’y a aucune solution ».

Juda ajoute :« Autrefois c’était le chaos organisé. Les organisations internationales sont intervenues avec leurs armées, et maintenant c’est l’enfer et la désorganisation : On ne peut plus faire confiance à personne.

En apprenant que nous avions été grassement payés pour participer à une mission de ces vauriens internationaux – pardonnez-moi, ce sont ses paroles – il soupçonne des coups bas en retour. »

Ruben reprend : « Finalement, avec l’espoir de retrouver Siméon, et peut-être un havre de paix, il a cédé. Il a mis sur l’honneur de ses fils, l’exigence de réussir leur mission.

Nous avons insisté pour dire que l’ambassadeur de Suisse se portait garant de notre démarche …Comme notre père fait confiance à Henri Dunant, le patriarche de la Croix Rouge, il nous a laissé repartir, en nous donnant quelques présents à votre intention…Nous avons pris le dernier camion de notre entreprise, et nous avons roulé jusqu’ici : Il y a des dattes, de l’huile d’olives et quelques médailles d’or de l’époque Ottomane pour Monsieur l’Ambassadeur»

Sans attendre la traduction Joseph réplique en anglais : « Je vous ai dit que je n’étais pas ambassadeur, et je suis ici à titre … plus ou moins privé,


 car je prend sur moi de vous recevoir ce soir pour le repas…

En ce qui concerne les présents, c’est très aimable à votre père, mais en avion, je n’ai pas la possibilité de transporter ce genre de marchandise, et les pièces d’or vous seront sans doute plus utiles… on ne peut pas acheter la générosité de la Suisse ! » Joseph pensa qu’il aurait pu s’abstenir de la dernière phrase… mais elle ne concerne que les personnes ordinaires…

A ce moment la porte s’ouvre et Siméon entre en compagnie des casques bleus et d’un officier qui leur annonce qu’une fouille va être entreprise dans leurs chambres … pour une vérification formelle…

Les onze frères se regardent inquiets, tous les yeux se tournent vers Gad et Aser, toujours avec leur keffieh… ils haussent les épaules et ouvre les bras en faisant « non » de la tête…

En attendant, Joseph propose de lui parler de leur père, qui a eu une longue vie… L’interprète traduit encore… mais Joseph pose des questions sans attendre la traduction… Qui était ce frère qui a « disparu », et pourquoi ?

C’était le frère aîné de Benjamin… un privilégié de par sa mère…

Joseph se dit qu’ils n’allaient pas assez loin … que la vérité mérite un peu plus de reconnaissance… car il y a une petite chance que leur frère soit encore de ce monde… Joseph avait prévu une dernière astuce… avec l’aide du chauffeur de l’ambassade de Suisse, qui ne s’était pas contenté d’attendre dans la voiture. Il était monté à l’étage sous prétexte de rencontrer l’un des membres du groupe…

Soudain la porte s’ouvre, l’officier entre. Deux soldats prennent place de chaque côté de la porte, les autres devant chaque fenêtre.

Tout le monde se regarde… un silence sinistre plane sur tout le monde.

L’officier va vers Joseph et lui chuchote quelques mots… Joseph a l’air très surpris. Il se lève, et sur un ton très agacé, il dit que ce qu’il vient d’apprendre est extrêmement dommageable pour ces gens qu’il accueillait et s’apprêtait à aider à se rétablir dans un pays de paix.

« Il y a quelques heures, le téléphone satellitaire du camp a disparu, ainsi que des documents confidentiels dont des chèques destinés aux personnes admises dans les procédures d’asile. Comme des témoins ont vu les personnes qui accompagnent Monsieur Ruben BenYakov rôder autour du camp, et en repartir assez rapidement lorsque ce dernier était reparti… Les soupçons se sont portés sur le groupe, et la fouille s’est révélée fructueuse, puisque le téléphone et les chèques ont été retrouvés … dans la chambre de Monsieur Benjamin BenYakov » 


«  Mais comment c’est possible s’exclama Benjamin, je n’y suis pour rien ! Et en plus, le Monsieur Suisse aurait pu s’en apercevoir : le téléphone était sur son bureau quand nous sommes partis … »

« Oui, » traduit l’interprète, « mais les faits sont là : Le téléphone et les chèques aussi ! » Un silence de plomb envahit la pièce.

Les onze homme se sont levés, consternés, regardant Benjamin qui tremblait de panique. Dans ces pays, il arrive qu’on coupe la main des voleurs sans grand procès. Son père avait averti qu’on ne pouvait faire confiance à personne, et surtout pas aux militaires étrangers qui tuaient même les femmes et les enfants.

Judas semblait plus posé que les autres, et demande la parole :

« Monseigneur représentant de la Suisse, qu’est-ce qui se passe ?: Notre frère n’est pas capable d’un tel geste, nous ne l’avons pas quitté et il n’a pas pu vous dérober ce téléphone et cet argent : Du reste l’argent que vous nous aviez donné pour notre mission, nous vous l’avions rapporté sous forme de pièces d’or ottomanes… et un téléphone, c’est ridicule, cela ne vaut pas le risque qui a été pris ! »

« Messieurs, » fit traduire Joseph , « Je ne vais pas porter d’accusation contre votre groupe, mais le coupable, jusqu’à preuve du contraire, sera retenu à Alexandrie, et jugé par un tribunal civil Égyptien… La possession d’un téléphone satellitaire est absolument interdite depuis la prise de pouvoir du Général Al Sissi, et vous risquez les travaux forcés pour espionnage…L’espionnage est la seule chose qui soit possible de faire avec un tel appareil, sinon tout le monde dispose d’un téléphone portable ordinaire ! »

Les onze hommes se tenaient prostrés autour de la table. L’officier toujours devant la porte, est rejoint maintenant par le chauffeur de l’ambassade…

Judas supplia « Monseigneur, ne soyez pas la cause de la mort de notre père, il ne supportera pas l’absence de notre frère…nous ne pouvons pas retourner dans sa retraite sans ce frère qui veille sur lui … Nous préférons la misère en Égypte à la malédiction paternelle… nous avons déjà trahi le frère de Benjamin autrefois, si nous le perdons, nous serons les assassins de notre père. »

« En tant que représentant diplomatique de la Suisse dans une procédure vous concernant, et au cours de nos relations formelles dans le cadre extraterritorial de l’ONU, j’ai le choix de vous livrer ou pas ! »

Judas insiste : « Vous avez retrouvé les documents, vous avez retrouvé


 l’objet, nous implorons votre mansuétude, car vous avez le pouvoir souverain de nous rendre libres et de retrouver notre père !

Le chauffeur demande à l’Officier de le suivre en dehors de la salle…

les deux soldats se rapprochent et empêchent toute sortie…

L’officier revient, il n’a pas l’air content : Il s’adresse à Joseph et lui dit d’un ton cassant « J’ai déjà vécu pas mal de magouilles dans ma carrière, mais celle là, je ne vais pas l’oublier ! »

L’interprète ne traduit pas !

Joseph demande alors à tous ses accompagnants de sortir : L’interprète, les soldats, l’officier…

Quand la porte s’est refermée, submergé par l’émotion, il ouvre ses bras et s’exprimant enfin dans leur langue il leur avoue : « Je suis Joseph votre frère, que vous avez vendu au Miliciens de l’OLP… »

C’est la stupeur générale… que va-t-il se passer maintenant ?

Ils sont là, à la merci de leur frère qui a une position qui les met tous en danger, entre le tribunal Égyptien, et la vengeance d’un frère trahi.

En Orient, c’est le choix entre la peste et le choléra !

Joseph reprend : « Ne soyez pas inquiets pour votre avenir à cause du passé… Sans doute que vous m’avez trahi, mais finalement, c’est grâce à Dieu que je suis arrivé ici pour vous aider à survivre.

Ce ne sera certainement pas en Suisse que vous trouverez refuge, mais dans un pays sûr et à des conditions garanties par les organisations internationales… (même si notre père en doute)

Vous aussi vous aurez une retraite paisible, à contempler les oliviers de vos champs retrouvés.

Allez porter la nouvelle à notre père: Je suis vivant. Dites lui quelle responsabilité j’ai en Suisse, avec une femme, des enfants et des petits enfants »…

Joseph donne l’ordre de servir le repas C’est un de ces repas comme on en fait pour une fête, ce qui est devenu rare à l’Hôtel des Pharaons…

Le matin suivant, Joseph se rend au Quartier général de l’ONU pour s’expliquer avec l’officier en fonction la veille… Une affaire de famille, le téléphone et les chèques n’ont jamais été volés, mais dissimulés par le chauffeur pour provoquer la réaction de cette bande d’écervelés dont il avait eu l’intention de se venger… mais finalement, il avait réalisé son rêve d’enfant : Ils s’étaient prosternés devant lui …

Au Container du HCR il reçoit l’interprète et le greffier, à qui il explique


l’inexplicable. Joseph donne les consignes nécessaires à leur sortie d’Égypte.

Il n’a pas besoin de l’aide de Karla puis qu’ils ne sont plus « réfugiés » au sens des conventions internationales. Des papiers diplomatiques provisoires leur permettront de retourner au Liban comme « déplacés politiques indépendants », c’est à dire non soumis à la résidence forcée dans les camps. Ils pourront aller dans le village de leur père, où l’EPER veillera à les aider avec des logements provisoires et à construire l’avenir de leurs familles…

En rentrant au Mariott, Joseph téléphone à l’ambassade, et demande que son billet de retour soit modifié, pour qu’il puisse passer par Beyrouth où il souhaite aller se reposer quelques jour dans le Mont Liban… Il n’est pas nécessaire de retenir un hôtel, il y a des amis…

Depuis sa chambre il appelle Asti… Il neige sur Berne. « Tu ne peux pas deviner ce qui nous arrive ? … J’ai retrouvé mes frères à Alexandrie, et je vais passer par Beyrouth au retour pour rendre visite à mon Père… qui vit toujours… »

Pour Asti c’est aussi un coup de massue, ou de ventilateur … Elle hérite d’une kyrielle de beaux-frères et leurs familles, et au Moyen Orient … c’est pas que du houmous !

« Si je recommençais ma vie, je tâcherais de faire mes rêves encore plus grands: parce que la vie est infiniment plus belle et plus grande que je n’avais cru, même en rêve. »

Georges Bernanos, cité dans Paroles d’espoir, Albin Michel, 1995.

Avertissement de l’auteur :
Toute ressemblance avec une personne ou un une histoire ayant existé n’est pas fortuite. Le scénario a été proposé au 5e siècle avant JC par les auteurs du Livre de la Genèse aux chapitres 37 à 50.
L’adaptation est proposée en lien avec le Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus 2017 qui reprendra l’histoire de Joseph et des rêves qui lui sont associés.

Les assurances sociales et les dettes publiques

Les élections diverses en France, aux USA, le printemps prochain en Suisse, les débats aux parlements, reviennent sans cesse pour parler de la bombe surprise à retardement de la dette  de tous les pays bien sûr, surtout la Grèce qui en est la victime expiatoire comme bouc « et misère ».
Comme cette dette est impossible à rembourser, sinon en faire profiter les banques et leurs actionnaires qui abusent du système, c’e sont des montants virtuels qui servent à réguler les flux économiques et les dépenses des états, sans cette jauge soi-disant « objective » nos décideurs feraient encore plus n’importe quoi Donc je ne dis pas qu’il n’y a rien à craindre pour nos descendants: Ce sera à eux de voir comme on dit.

mais en ce qui nous concerne en 2016, nous ne pouvons qu’observer les mélanges de porte-monnaies et les corrupteurs corrompus qui profitent du système: Les nantis élus fortunés qui n’ont pas besoin de l’AVS votent contre AVS+, faudrait tout de même pas que les plus pauvres deviennent moins pauvres dans leur vieillesse !

Goldman Sachs, Price Waterhouse etc sont les baron(mètres ?) et surtout les organisateurs de ces « optimisations » que sont les détournements de fonds publics et privés.. Nous n’en sommes plus aux mines de savon du début du 20e siècle qui ont coulé les « emprunts Russes » mais pas vraiment loin de cette absurdité des montages financiers dont même les banquiers les plus sérieux avouent ne pas comprendre le fonctionnement … et se recyclent dans d’autres métiers..

Glyphosate de Monsanto, Permis de polluer avec le CO2 négociés par ceux qui n’ont aucune envie d’en diminuer la production, exportation des déchets dangereux par les mafias politiquement compromises vers les pays sans législation, vente de carburant diesel recyclé avec les déchets interdits en Europe aux africains qui sont tellement tolérants pour les bénéficiaires qui tuent leur population, qui étouffe dans les microparticules…

Alors la bombe de la dette publique, elle ne tue personne, à part les inscrits à l’aide sociale à qui on coupe les subventions, mais ceux qui coupent n’en ont pas besoin, et ceux à qui on les coupe sont appelés à disparaître des statistiques, des foyers d’accueil et de la Jungle de Calais.

Le directeur de TAMEDIA gagne 6 millions par année, c’est encore modeste par rapport à d’autres, mais c’est utile pour les usines de voitures de luxe, Louis Vuitton, et les petites mains des enfants thailandais qui au moins ont du travail non ?
Que les journalistes romands cessent de nous casser les consciences avec leurs revendications vertueuses, le modèle « Trump » a le vent en « poupe » (Ah bon c’est le nouveau nom du braquemart ?) et il met la main aux fesses de la statue de la liberté, Sarko dans la confiture, Barroso dans le coffre fort, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes souhaité par Monsieur Poutine et son valet Bachar: rien n’est simple, et l’écran de votre TV ressemble à un jeu vidéo dont quelqu’un d’autre tient les commandes, c’est un jeu planétaire, et vertueux, puisque personne ne gagne vraiment, et que tout le monde finira par perdre sa substance au crématoire, en compagnie de quelques fleurs et couronnes.

Vous avez dit « espoir »?   aujourd’hui la météo est moins mauvaise, nous irons marcher …

La laïcité comme une nouvelle religion de l’intolérance.

« La gauche genevoise se déchire sur la laïcité » titrait un journal,

Allons-nous vers une nouvelle guerre des religions, c’est à dire entre les diverses formes de convictions, de l’anti-cléricalisme fondamentaliste à la tolérance bienveillante, pourvu que cela ne fasse pas de vagues ?

Il y a des pays où on affirme des convictions « religieuses » en interdisant la musique, en imposant un « dress code » pour les femmes, et on s’en offusque en « 0ccident » au nom des droits humains. Par contre souvent les mêmes, au nom de leur foi laïque, imposent le silence sur le christianisme en particulier, mais pratiquent le yoga pour se détendre avant d’affronter la commission sur la laïcité qui déraille, selon leurs convictions.

La religion n’a pas sa place dans l’espace public, et il ne faut pas en parler pas à l’école.

Les enfants genevois savent tout sur l’Olympe, ses dieux et leurs galipettes, mais il ne faut pas leur expliquer pourquoi il y a des vacances à Pâques ou pourquoi le jeudi de l’Ascension et le lundi de Pentecôte sont fériés : Le lapin de pâques a bon dos ,40 et 50 jours après Nanabozo ?

Je sais que les religions ont été des facteurs de divisions, mais aussi de cohésion. Elles font partie de la culture, et si nous en « croyons » quelques scientifiques, la spiritualité est inhérente à l’humanité, et même peut être aussi aux éléphants qui ont une forme de cérémonie funèbre autour des cadavres de leurs congénères.

Vous êtes pour la séparation de l’église et de l’état, je suis aussi pour la séparation du sport et de l’état, quand le sport devient une religion qui, comme les sectes, abusent de la santé des enfants, de la crédulité des amateurs, en en faisant un business ravageur pour la santé des pratiquants les plus « rentables ».

Les « services à la communauté » sont utiles et accompagnent tout le monde, quelle que soit l’inspiration qui les motive : Que la société le reconnaisse et éventuellement les rémunère n’est que normal, si personne d’autre ne le fait aussi bien et qu’elle ne le fait pas mieux.

Si l’Etat m’oblige à ignorer « le fait religieux », alors je risque de tomber dans le piège de « ceux qui savent comment faire mon salut » pour leurs plus grand profit, c’est du reste à la mode, pardon « trendy » c’est plus cool.

INKY CORNER ARTISTS WORKSHOP IN GALILEE

L’atelier du Poisson Bouge est heureux de proposer la création d’un atelier de gravure à Nazareth, en réponse aux événement tragiques provoqés à Paris et ailleurs par ceux qui souhaitent atiser la haine entre les communautés.

L’atelier de gravure proposé à Nazareth est destiné à accueillir toutes les personnes de la région, israéliens, juifs arabes musulmans et chrétiens, pour partager des expériences créatives en commun et découvrir ainsi les ressources des uns et des autres pour édifier un monde meilleur … disons au moins localement !

Pour soutenir le projet avec le financement participatif, cliquez sur

INKY CORNER ARISTS WIRKSHOP IN GALILEE

si cela ne marche pas, mettez le lien suivant sur votre navigateur

<https://www.kickstarter.com/projects/602331259/inky-corner-art-workshop-in-galilee-le-poisson-bou?ref=nav_search&gt;

Merci de nous aider, nous avons besoin de vous, en communiquant ce lien à vos amis, nous parviendrons à notre objectif qui est fixé au 22 janv. 2016

Les tentations de Jésus au désert … Mais qu’est-ce que cela fait là ?

En parlant autour de moi du prochain sujet du camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus en juillet 2016, j’observe les hochements de têtes dubitatifs: Les tentations, ok pour le confessionnal, mais chez les protestants, cela n’existe pas. Et Jésus, tenté… qu’est-ce qu’on en sait ? S’il est aussi divin que les croyants l’ont proclamé, il ne doit pas avoir été tenté de grand chose, sinon de trouver de quoi vive au jour le jour… Et c’est si loin de nous…

Peut-être devrions-nous nous poser la question de la présence de récits de tentation dans l’histoire de Jésus de Nazareth telle qu’elles sont racontées dans la Bible : nous les retrouvons dans les évangiles : Mt 4:1-11, Lc 4:1-13,  Mc 1:12-13, et rien chez Jean …

C’est peut-être l’occasion de se souvenir de la manière dont les récits des évangiles ont été rassemblés vers la fin du 1er siècle de notre ère, soit entre 50 et 80 ans après la mort de Jésus sur une croix à Jérusalem.

En référence le livre « Liberating the gospels » de John Shelby Spong

Comme textes bibliques, ces diverses versions des « tentations » font partie des lectionnaires de l’Eglise Romaine, et de quelques autres réformés, pour le début du Carême.

Sujets de belles envolées lyriques ou génératrices d’afflictions, c’est plutôt un thème d’homélies pour nous remettre en face de nos propres tentations, et susciter un sursaut de morale avant la fête de la résurrection pascale.

La remarque la plus pertinente – on enfonce une théologie ouverte – c’est que ces récits suivent la baptême de Jésus, prodigué par Jean en signe de repentance.

A part Matthieu et Luc qui commencent à la naissance de Jésus, cela marque le début de ce qui est communément appelé « son Ministère  » qui va durer, disent les écritures, au moins trois ans, de la Galilée au Golgotha, voir au plus jusqu’à nous.

Si nous comprenons bien la thématique qui est très actuelle pour éviter les grosses têtes et les abus de pouvoir, et la pertinence de sa présence dans les différentes versions de l’histoire de Jésus de Nazareth, nous avons peu d’indications sur le choix des rédacteurs pour placer ces « tentations » à cet endroit. La plupart des exégètes expliquent que c’est leurs places « logiques » pour qui veut expliquer la divinité du Christ et son indéniable importance comme référence à la « parole de Dieu » qu’il va incarner tout au long de sa vie.

Mais si on remonte à l’époque de la rédaction des évangiles, ou des premiers textes qui parlent ou font parler le Rabbi de Nazareth, l’importance est ailleurs : La justice, la charité, la solidarité, en bref « les dix paroles » sont au cœur du message de celui qui n’est peut-être pas encore un « messie » patenté.

Partons du fait avéré que les principaux protagonistes de toute cette « Histoire Sainte » sont des juifs, de la tradition des Hébreux, descendants des tribus de Moïse sorties d’Égypte et établies là où coulait le lait et le miel, le Jourdain et pas mal de sang cananéen.

Jésus était donc juif, ( dire cela il y a seulement 80 ans était à la limite du blasphème!) ses fidèles aussi en majorité, sinon tous, et tous étaient des fidèles de la tradition et fréquentaient les lieux de prières officiels, là où il y en avait. Ils cherchaient des alternatives si les scribes et les pharisiens étaient plus scrupuleux que la Loi l’exigeait. Certains contemporains de Jésus, Esséniens, ou autres disciples de Jean le Baptistes récusaient l’autorité du « Temple » sous prétexte qu’il avait été reconstruit par un Hérode Hasmonéen et non pas Davidique. (On a les « réformés » qu’on peut à toutes les époques ! ) Il y avait des communauté célébrantes sur les rivages du Jourdain, de la Mer de Galilée, en dehors des villes sur les collines où pouvaient s’exprime les prêcheurs dissidents, et cependant convaincus d’être dans la « vérité », encore une fois, comme toujours !

Le Rabbi de Nazareth avait pas mal secoué le palmier des idées reçues, fait descendre quelques malheureux des Sycomores, et sorti des bureaux quelques péagers repentis. Il annonçait un « royaume » où la loi divine serait respectée, en dépit des pouvoirs et des privilèges que s’accordaient les puissances occupantes, qu’elles soient Romaines à l’époque, mais sans oublier les Perses et les Égyptiennes d’autrefois dont l’histoire était racontée sabbat après sabbat.

Depuis la 1ère destruction du Temple, sa reconstruction, et les liturgies qui se sont établies pour « Célébrer Dieu » et le jour du repos, une tradition s’est donc installée dans les lieux de prières, et les synagogues en font partie :  Les 5 livres de la Torah sont lus tout autour de l’année, et par tranches définies pour caler sur les fêtes du calendrier, a moins que ce soit le contraire.

Si les textes sont lus, ils sont aussi commentés. Rappelez-vous Jésus à la synagogue de Nazareth, invité à commenter un texte … et récusé par ses auditeurs sous prétexte qu’il était le fils du charpentier bien connu et de Marie – quoi qu’on dise – et qu’il prétendait que les temps étaient accomplis par sa présence :

Mais pour qui se prend-il : Un nouveau Moïse ?

Justement, ou plutôt, injustement, il avait fini sur le bois d’une croix comme un vulgaire malfaiteur qui menaçait la « pax Romana » en agitant les fidèles juifs, assez réfractaires aux divinités du panthéon œcuménique de l’époque et dont il fallait calmer la susceptibilité, pour que le commerce se fasse.

Cependant, pour une partie des fidèles de Jésus de Nazareth, son histoire, ses paroles et son action avaient été suffisamment pertinentes pour qu’il prenne sa place dans le cœur de la vie des juifs et soit associé à leurs célébrations : Il était évident, et comme le soulignaient ses amis, que les faits et gestes de Jésus de Nazareth s’accomplissaient comme le rappelaient « les écritures ». Il prenait la succession des prophètes, et même de Moïse, en transformant les « dix Paroles » figées dans l’interprétation rigide des scribes et des pharisiens, en encouragements pour une vie nouvelle, ressuscitée en quelque sorte.

Jésus de Nazareth devient un « Homme Modèle » une incarnation des paroles divines, là il n’est pas encore « Fils de Dieu », mais « Fils de l’Homme » un humain plus humain que ses contemporains, mais tout aussi Filles et Fils de Dieu qu’ils l’étaient en l’écoutant. La meilleure preuve, on pouvait en toutes occasions mettre en rapport ses propos avec les parachas (passages) de la Torah lus le jour du Sabbat.

Très vite après sa mort et les récits de sa résurrection qui se sont répandus, les célébrations des Synagogues incluaient des commentaires de ses disciples, des récits de ses rencontres, les questions qu’il posait et les réponses qu’il avait apportées.

Mais les autorités officielles du Judaïsme traditionnel n’ont pas vu d’un très bon œil ces dissidents intervenir dans les célébrations de ces communautés appelées par les historiens « judéo-chrétiennes » que l’on trouvait principalement dans la région de Jérusalem où Jacques, le frère de Jésus de Nazareth, avait pris la responsabilité du « bon ordre dans les Assemblées ».

C’est aussi à cette époque que les premiers recueils de textes ont été utilisés pour raconter les paroles de Jésus, lus à la fin des célébrations synagogales, au moment où ses fidèles se réunissaient pour partager le pain et le vin, comme il l’avait recommandé de le faire toutes les fois où ils se retrouvaient pour prier en son nom.

Quand les oppositions entre croyants traditionnels et nouveaux fidèles à Jésus de Nazareth se firent plus radicales, la rupture devint inévitable, et les communautés juives ancien modèle et nouveau modèle en se séparant n’en gardèrent pas moins la liturgie qui donnait sens à leur foi tout au long de l’année. Et donc les récits de la Torah, les livres des prophètes, lus également au cours de « l’année liturgique » se voient accompagnés de récits correspondants à l’histoire de Jésus et de la communauté chrétienne, qui vont petit à petit, devenir « les Évangiles ».

C’est la théorie de John Shelby Spong, exégète et ancien évêque épiscopalien de Newark, dans son livre « liberating the Gospels ».

Il a constaté que le « codex Alexandrinus » conservé à Londres, (British Library) était divisé en 52 sections, qui correspondent aux 52-53 sabbats de l’année juive.

Le codex raconte depuis Rosh Hashana (ou Roch Ha-Chanah) – le nouvel an de la tradition Le livre de la Genèse – jusqu’à Pessach -la Pâques – la Sortie d’Égypte.

Il a également trouvé des versions de l’évangile de Marc – réputé le plus ancien – découpé en séquences correspondantes au même nombre de sabbats, si on termine les lectures à la mort de Jésus (et sa résurrection) au sabbat de Pessach, et le début de l’évangile à Rosh Hashana

Entre ces deux dates du calendrier juif se situe le temps de l’initiation à la tradition et dans la communauté chrétienne naissante, le temps de catéchèse qui mène au baptême.

Le soir de Pessach-Pâques les juifs racontent le récit de la sortie d’Égypte, les chrétiens la passion du Christ. Les deux résumés de l’essentiel de la foi judéo-chrétienne.

Poursuivant l’exercice, Spong constate que l’Évangile de Luc et les actes, séquencés de la même manière sont cohérents avec les textes lus à la Synagogue : Le pentateuque s’alignant aux textes de l’évangile, le livre des actes à ceux des Chroniques Rois etc… L’un racontant les débuts de la communauté chrétienne, l’autre les débuts de la constitution du « peuple d’Israël »

Matthieu, dans un autre contexte répond aux mêmes attentes de la célébration liturgique dans un contexte différent : Spong distingue – avec d’autres avant lui – cinq « blocs » de textes se terminant tous par « Puis Jésus s’en alla… » qui correspondent aux cinq livres de la Torah !

Les Évangiles Synoptiques recourent aux mêmes sources écrites, ou transmises oralement, en rappel des textes de la tradition juive. Ce sont d’abord des « prédications-Homélies » de circonstance. Comme tout le monde ne se rappelle pas exactement quelle parole de Jésus ou quel événement se rapporte à « ce qui est conforme aux écritures » de ce jour là, nous avons des variantes qui deviennent compréhensibles.

L’évangile de Jean est le plus tardif et va « bénéficier » des sources des uns et des autres pour un récit plus cohérent et correspondant à une lecture moins crantée sur la liturgie synagogale.

A partir de cette explication de la rédaction des Évangiles, la chronologie des faits gestes et paroles de Jésus devient secondaire. La plausibilité même des événements ne se pose plus, les récits sont destinés à nous faire entrer dans une identification du fidèle à un comportement exemplaire d’un juif exemplaire. Ce qui est « décrit » correspond bien à ce que Jésus aurait dit ou fait dans de telles circonstances :

Un exemple d’adaptation chronologique est le récit où il est questions de la synagogue de Capharnaüm, sponsorisée par Jaïre, le centurion dont le fils-serviteur malade est guéri par Jésus. Il ne serait compréhensible qu’après 80 donc 50 ans après la mort de Jésus, mais avant la date la plus haute retenue pour la rédaction des Évangiles.

Même si la date de la construction de la synagogue est controversée, sa validité comme lieu de prière est reconnue par l’action de guérison de Jésus : Le centurion et son fils sont « adoptés » et la communauté judéo-chrétienne peut utiliser l’édifice qui est conforme à ses besoins et aux règles revisitées par Jésus..

En ce sens, « l’imitation de Jésus-Christ » revient comme un cheminement qui se justifie, même si il est plus mystique que réaliste – quoi que … !

Qu’en est-il alors du récit des tentations et du baptême de Jésus qui l’introduit ?

Spong fait correspondre le baptême de Jésus, et la descente de l’Esprit Saint avec la référence à Joseph établis comme second personnage de l’état par Pharaon :

Genèse 41:38-40  : le Pharaon leur dit : « Cet homme est rempli de l’Esprit de Dieu. Pourrions-nous trouver quelqu’un de plus compétent que lui ? » 39Puis il dit à Joseph : « Puisque Dieu t’a révélé tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et sage que toi. 40Tu seras donc l’administrateur de mon royaume, et tout mon peuple se soumettra à tes ordres. Seul mon titre de roi me rendra supérieur à toi.

Le récit de la genèse se termine par la généalogie de Jacob, et Luc va placer ici sa généalogie des ancêtres de Jésus ce qui ne correspondrait pas à un développement narratif ordinaire.

La section suivante de la Genèse expose la bénédiction de ses enfants par Jacob mourant, la famine prédite par les rêves de pharaon s’étend, la demande de pain se fait urgente et Joseph y supplée souverainement.

C’est là que Luc va placer le récit des tentations de Jésus. Joseph en pourvoyeur de pain se verra glorifié par le peuple, mais Jésus lui rappelle que seul Dieu se doit d’être adoré, remettant Joseph à sa place en dessous de pharaon.

Si nous revenons au baptême de Jésus : le passage par l’eau avant une logue période de jeune, c’est naturellement à la traversée de la mer rouge (des joncs) qu’il faut se référer, avec la période de l’errance au désert de 40 ans, et les supplications et regrets des « chaudrons d’Égypte » remplacés par la « manne »…

Là aussi, c’est les récit d’Emmaüs qui va faire écho : c’est au moment où le pain est rompu que Jésus est reconnu, pas au moyen du tonnerre de Zeus et ses flash improbables.

Luc suit dans sa description de la vie de Jésus le schéma du parcours de Moïse :

Jésus va à la Synagogue de Nazareth et s’identifie à Moïse. Comme Moïse avait tenté de « réveiller » son peuple et doit y renoncer, et va s’exiler au Pays de Madian, Jésus rappelle que « nul n’est prophète dans son pays… ».etc.

Rappel de quelques évidences :

Si nous admettons que les textes bibliques sont « lus » ou contés essentiellement au cours des liturgies synagogales, puis chrétiennes, les « midrash » ou « compléments d’information » concernant la vie de Jésus et de l’église primitive vont être évoqués au cours de ces célébrations.

Les rédacteurs des Évangiles reprendront ensuite, dans un corpus particulier, ces récits : « Les Logias » (source Q), les souvenirs d’épisodes révélateurs de la divinité de Jésus : les récits de miracles, où souvent le miracle n’est pas là où l’époque l’a cru.

Comme nous avons perdu le rythme synagogal, les liens ne sont plus apparents, et finalement n’ont pas beaucoup d’importance, quand le texte devient « PAROLE DE DIEU » et se fige dans une forme sacrée qui se justifie par elle même.

C’est le statut du Coran pour les musulmans ou du Livre de Mormon pour les fidèles des saints de derniers jours. C’est la porte ouverte sur l’avenue de tous les fanatismes.

Nous avons vu en d’autres circonstances que les récits de la Torah sont eux mêmes des interprétations d’événements justifiés par des traditions du passé, reconstituées pour crédibiliser un projet religieux ou sociopolitique: Le Grand Israël 5 siècles avant JC et toujours 21 siècles après.

Marignan n’est pas à l’origine de la neutralité Suisse et Guillaume Tell n’a pas été le fondateur de la confédération helvétique. Mais en observant ceux qui reprennent ces récits, nous pouvons comprendre les objectifs de ceux qui les utilisent, la situation dans laquelle ils enracinent leur argumentation, et la pertinence ou l’impertinence de leur sacralisation.

Cela souligne aussi le miracle le plus important : L’intelligence collective de ceux qui ont constitué ces corpus textuels pour nous les rendre pertinents et impertinents à travers les siècles et les circonstances.

 

Pour tous ceux qui ne sont pas « en route vers un monde meilleur »

Que ferions-nous si des fanatiques se mettaient à tuer nos voisins, nos amis, les membres de notre famille, simplement parce qu’ils ne croient pas comme nous ?
Il ne s’agit plus d’une discrimination telle que les nazis la proposaient sur une soi-disant différence chromosomique entre ariens et acariens…

Est-ce que j’aurai le courage de prendre une valise – un sac à dos, puisque j’en ai un à la cave – et de prendre aussi la route pour traverser une mer rouge éventuelle afin de me réfugier disons au Maroc, ou « de l’autre côté », accessible seulement en zodiac ?

Comment est-ce que je me comporterai après un mois de marche au soleil ou sous la pluie ailleurs que sur les Champs Élysées de Jo Dassin, sans Gene Kelly ou Frank Sinatra pour rythmer la marche ?

Calé dans mon fauteuil, je regarde je JT… et je m’assoupis jusqu’au milieu du film suivant … je ne suis pas en route, il n’y a pas de bombardement sur mon quartier,
mais qu’est-ce que mes voisins sont pénibles à se disputer tout le temps !

Oui, « le monde est beaucoup plus compliqué que ça! » dit ma belle sœur pour éviter une polémique… Elle a raison, je vais me coucher, pas à la belle étoile c’est sûr, c’est la première nuit de l’automne …

Arrête de tourner, je veux descendre !

Ah bon, descendre qui ?

Non je veux dire descendre de cette boule infernale qui empêche les gens de vivre simplement leur vie dans leurs rues, villages, villes, montagnes ou plaines, mers ou rivières… Pourquoi faut-il qu’ils partent à cause de de types complétement daeschglingué avec Liberté d'expressionla prétention de SAVOIR la vérité. Quand il la connaitront, ils risquent d’avoir des surprises !

Depuis quelques temps les médias évoquent par leurs correspondants entre la Grèce, la Macédoine, la hongrie et l’Allemagne, les colonnes « bibliques » de migrants.Ils les comparant à celles qui suivaient peut-être Moïse à travers la mer rouge (de Cecil.B.deuxmille) …
Il y a des fessées qui se perdent: Assad, Poutine, le calife Omar, Netanyahu, j’en passe et des meilleurs.

Quelles conneries le monde s’invente pour réguler sa surpopulation: Il faut bien trouver une alternative aux grandes pestes, et ce n’est pas Alain Resnais qui me contredirait avec son film sur les rats et Henri Laborit (Mon Oncle d’Amérique).  Voir aussi <Les effets de la surpopulation humaine>.

Et nous regardons tout cela – si on ne s’endort pas devant la TV – aux infos de 20h après un repas agréable et un bon plateau de fromages … C’est promis, je vais voter la prochaine fois, encore une fois, et ma voix ira dans le panier des perdants du scrutin… comme d’habitude.

Je vais retourner à l’atelier, et poursuivre avec mes amis notre chemin créatif en nous racontant nos frustrations politiques.