Avec Johnny, de l’Audio-Visuel à Radio-Cité en passant par la TV

C’est sans doute un héritage de ma Grand-Mère : J’ai toujours été intéressé par le théâtre, la scène en général et la participation du public à un événement.

Dès l’âge de 12 ans j’étais un spectateur assidu au Théâtre de la Cour St Pierre à côté de la Cathédrale où se produisaient le Club des Magiciens de Genève, présidé par Jean Garance. Le plus impressionnant était le ventriloque et sa poupée, et je n’ai eu de cesse de m’en créer une en papier mâché,. Elle avait un corps en carton, et des yeux lumineux alimentés par une pile…Johnny est devenu mon compagnon de scène, et je le sortais à tous les anniversaires, fêtes de l’escalade etc qui se déroulaient dans l’appartement familial du 39 de la Grand Rue à Genève.

Les théâtrales de la Fédération des associations chrétiennes d’étudiants FEDE

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Johnny à Planachaux

En 1960, je commençais à participer aux activités de la FEDEration Lycéenne des associations chrétiennes d’étudiants, développée à Genève par le pasteur Philippe Giliéron, aumônier des étudiants.Son collègue Pierre Reymond avait pris plus particulièrement l’aumônerie des collèges, qui se limitaient à Calvin et Voltaire dans une ségrégation politiquement et socialement correcte pour l’époque.

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Chez les louvetaux

Nous organisions des camps en automne, hiver et Pâques et, naturellement des « revues » qui permettaient de développer nos talents : Johnny y devient l’abonné presque inévitable. J‘avais développé une bonne technique de ventriloque qui faisait impression.

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La variante Wally, une marionnette américaine

A l’occasion des fêtes de fin d’années, l’aumônerie des Étudiants organisait une soirée repas et théâtre, encore à la Cour St Pierre. J’ai eu le privilège d’entrer dans équipe des comédiens amateurs où je rejoignais entre autres Michel Barde qui deviendra secrétaire des Syndicats Patronaux, et Marc Faessler, futur directeur du Centre Protestant d’Études.

En 1961, les comédiens amateurs n’avaient plus de metteur en scène et nous n’avions plus accès à la Cour St Pierre. Je venais de commencer un apprentissage de dessinateur en bâtiment – et donc j’avais quitté le collège. Les copains de la Fédé regrettaient de ne plus participer à cette théâtrale annuelle. Encouragé par Philippe Gilliéron, j’ai pris l’initiative d’écrire un spectacle pour les copains.

Les acteurs principaux devaient être Alain Reverdin (Qui fut Prof de médecine) et Ivan Pictet (LE banquier) alors encore adolescents. Après une répétition, le père d’Ivan m’a fait savoir qu’il n’était pas convenable que son fils se compromette dans une aventure aléatoire dont la qualité n’était pas assurée… ce que j’ai parfaitement compris et que j’ai rappelé à Ivan à l’occasion du décès de son père.

Nous étions limités par le temps, et nous ne pouvions avoir plus d’une répétition par semaine dans un agenda relativement court entre les vacances de Noël et celles de Pâques. J’avais imaginé un texte enregistrés sur magnétophone stéréo (cela commençait à exister) pour permettre aux acteurs de ne pas avoir à mémoriser des textes en plus de leurs préparations aux examens trimestriels.

Nous avions un budget très limité (si même nous en avions eu un!), les décors seront des draps blancs disposés en praticables sur la scène du théâtre des Unions Chrétiennes à la Rue du Général Dufour.

L’astuce serait que le motif des décors serait diffusé par deux projecteurs de diapositives placés sur la galerie : ils donneront les couleurs et les formes nécessitées par la mise en scène.

Au milieu du spectacle, les deux acteurs principaux auront tout de même un texte « live », de dix minutes…

Comme je n’avais pas d’enregistreur, j’ai sollicité ma Grand-Mère pour un crédit chez TORRE, et j’ai pu utiliser une grosse valise Grundig, stéréophonique à 4 pistes avec un micro.

Nous avions essayé de faire des enregistrements avec les acteurs qui mimeraient les textes sur scène, filles et garçons, mais leurs talents, et la prise de son n’a pas été à la hauteur de ce que j’attendais. Finalement, j’ai pris la décision d’enregistrer toutes les voix moi même, sur différents tons, aussi bien que possible.

J’ai peint les décors sur de grandes feuilles de papier kraft, puis photographiés … et cherché à faire développer les négatifs. A cette époque les délais étaient d’environ un mois pour les tirages… Après de nombreuses tentatives, j’ai trouvé à Cologny un laboratoire qui travaillait avec la TV naissante. Mes diapos sont arrivées dans un délais plus raisonnable, mais à quel prix ! Nous espérions naturellement rentrer dans nos frais avec la vente des billets.

Un mois avant la première, et fort des encouragements de Philippe Gilliéron, j’ai fait imprimer les affiches, trois couleurs noir bleu blanc avec le titre : « Rêve ou pourquoi »

un spectacle de Wouter Van, avec en 1ere partie, un concert de l’ensemble musical de la Fédé, dirigé par Didier Godel…

Nous avions le théâtre pour quatre soirées, la 1e pour le montage technique, la seconde pour la répétition générale et les deux suivantes, samedi et dimanche pour le spectacle proprement dit.

Inutile de dire que notre inexpérience a été prise pour de l’innocence, et mon talent d’écrivain en herbe n’en était qu’au stade de la graine : Nous avons vendu 40 billets sur le week-end, aux parents des acteurs et des musiciens qui ont interprété la symphonie enfantine avec crécelles, tambourins et sifflet à eau… et le spectacle a commencé :

La bande magnétique une fois lancée ne permettait aucune variation ou improvisation : Chacun avait sa place, ses mouvements, et son geste : Alain Reverdin a fini par me donner la réplique, puisque Ivan n’était pas là. A la fin du spectacle j’avais imaginé un générique sur une bande de papier calque qui passait dans les guides d’un projecteur de films fixes… et c’est ce qui a eu le plus de succès lorsqu’on a vu défiler toutes les lettres de l’une des protagonistes : Catherine de Wurstemberger : il n’y avait jamais que cinq lettres à la fois sur l’écran !.

Le premier soir, le concert a été applaudi à sa juste valeur, et j’ai été félicité pour le bel effort de mise en scène et les astuces techniques utilisées… Le dimanche quelques parents sont revenus pour garnir le parterre et récupérer les artistes à la fin du spectacle.

Le lundi je me suis rendu compte que je n’aurais peut-être pas du inviter la presse avec des billets de faveur : Le seul journaliste qui soit venu était Jérôme Deshusses qui a procédé à une descente en flamme de notre aventure : Le concert n’était pas vraiment prévu : il venait pour voir du théâtre et il n’a assisté qu’à une malheureuse exhibition de romantisme adolescent a oublier et surtout à ne pas répéter. Aucune allusion aux techniques employées, aux astuces envisagées que nous avons pu voir se développer plus tard sur les scènes genevoises : Je n’y étais pour rien, les metteurs en scène qui les ont utilisées n’étaient pas venu voir mes initiatives, elles étaient simplement dans l’air du temps et des moyens à disposition.

Inutile de dire que si j’ai conservé les décors qui ont été en partie présentés lors d’une exposition au Centre de la Jonction à l’époque où j’y étais animateur, je ne me suis pas relancé dans une nouvelle expérience théâtrale… du reste je devais finir mon apprentissage de dessinateur en y mettant des bouchées doubles pour cumuler les deux dernières années afin de finir au plus vite.

Lyon, École Préparatoire de Théologie Protestante de St Cyr au Mont d’Or.

En 1965 je découvrais un univers différent de tous ceux que j’avais connu jusque là : Le monde des adultes en formation continue ou « récupérée » d’aventures militaires ou de divergences scolaires. Mon plaisir a été d’exploiter les outils et le bois du sous sol de l’école, dans un atelier que je regagnais dès la fin des cours ou de mes rédactions. J’y ai construit des meubles, des instruments de musique à vent une contrebasse en caisse à savon et … j’avais imaginé un théâtre dans le hall d’entrée de l’école, avec un rideau herse rigide qui s’élevait avec un contrepoids, pour découvrir une scène surélevée sur des caisses de vin couvertes de planches rescapées des travaux de construction. Le tout était constitué de lattes légères et de papier crêpe pour les parois et les coulisses. Notre budget, accordé par l’économe de la maison, reposait sur les économies réalisées sur les frais d’entretien prévus mais pas dépensés.

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Nous avons donc monté une soirée mémorable pour les amis de l’école et les professeurs. Les talents des uns et des autres avaient été mis en valeur. Johnny y a trouvé sa place, mes instruments de musique leurs interprètes et la direction de l’école une bonne occasion de démontrer que les personnalités de chacun pouvaient se développer harmonieusement.

Le théâtre a été démonté avec précautions pour une autre occasion … qui ne s’est jamais présentée.

Mais je ne me suis pas limité à cette expérience : l’hiver suivant, j’ai aménagé une pièce dans la partie supérieure du bâtiment : « Le Cothurne d’Or » pour permettre aux étudiants de recevoir leurs amis et se réunir dans d’autres lieux que leur cambuse dans le bâtiment dortoir. Mes expériences théâtrales se sont limitées à aller au Théâtre de Villeurbanne, où j’ai retrouvé un soir mon ami Jean-Luc Bideau qui jouait dans le spectacle « Le Vicaire« , de Rolf Hochut , mettant en scène Pie XII dans ses problèmes diplomatiques.

Le résultat d’une enquête pour un avenir incertain.

1968, l’Europe francophone est sans dessus dessous, avec mes camarades étudiants en théologie à Genève, nous voulons que « le monde change » et il est en train de changer.

Le chemin du pastorat, aboutissement presque obligé des études de théologie n’est pas garanti, pour des raisons économiques et sociales qui tiennent à la désaffection des amateurs d’églises – si on peut dire.

Les Églises remettent en question leur fonctionnement, et leur « pastorale ». Le mouvement des prêtres ouvriers dans le catholicisme a fait des émules chez les pasteurs ouvriers, les pasteurs animateurs, les aumôniers d’institutions se doivent d’avoir des compétences particulières pour ne pas être cantonnés dans des activités nuageuses sous prétexte de spiritualité.

Nous lançons une vaste enquête auprès des églises francophones pour leur demander quels seront leurs besoins dans les deux à cinq ans qui viennent.

André Junod, ancien pasteur de Combremont (VD) est devenu réalisateur des émission protestantes de la Télévision Romande aux côté de son responsable .le pasteur Robert Stahler, qui avait été à origine de la présence des églises à la Télévision en Suisse.

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André Junod réalisateur retraité de la TV romande.

André Junod, présentant son travail aux étudiants nous annonce qu’il ne fera pas plus de dix ans dans ce « ministère » et qu’il faut préparer la relève en formant des théologiens spécialisés dans les médias. Jea-Marc Chappuis, journaliste directeur de La Vie Protestante hebdomadaire va prendre la succession de Robert Stahler, mais il est aussi professeur de « théologie pratique » (et cousin de l’épouse de mon oncle), c’est avec lui que je vais préparer un mémoire de licence sur « l’image et la communication de l’Évangile », pour justifier une demande de bourse au Conseil Œcuménique et aller me former aux USA où des instituts de théologie sont spécialisés dans l’utilisation des médias électroniques.

En juin 1970, Line devient mon épouse et dactylographie mon mémoire. Je passe mes examens, et en août nous partons pour intégrer le Christian Theological Seminary d’Indianapolis au centre des USA, a l’époque le dernier qui ait encore une section d’enseignement aux médias et au théâtre.

Le professeur Alfred Edyvean y enseigne l’art dramatique, et y dirige un théâtre de répertoire avec une section spécialement consacrée à la télévision. Il y avait un studio complet et des collaborateurs professionnels des médias.

Les cours sont intensifs, très orientés sur la culture américaine et une manière d’aborder les questions parfois naïvement, mais l’exploitation des ressources est très pertinente. J’y réalise un sujet précisément sur la culture, dans lequel nous découvrons que l’Amérique n’est pas aussi simpliste que nous l’avions imaginée. Je peux y intégrer des images fixes, des interviews sur place de personnes que nous croisons dans nos courses hebdomadaires, et nos voisin.

Les cours de mise en scène de théâtre faisaient souvent l’impasse sur les aspects politiques (Sartre, Frish, Brecht) pour privilégier les relations humaines : Nous avons eu quelques divergences à ce sujet.

CTS 2En ce qui concerne les médias, j’y ai appris la présentation d’un synopsis, la rédaction de scripts détaillés avec les indications techniques (Cadrages, mouvements, accessoires), et les « codes » de communication entre réalisateur et opérateurs de cameras.

A Butler University, le campus voisin, j’ai suivi les cours de Journalisme d’Harold Fey, ancien rédacteur en chef de « Christian Century ». Il nous apprenait la différence entre le factuel et le commentaire, et les dangers d’une interprétation orientée par des a-prioris souvent présents dans les articles, selon l’orientation des rédacteurs : La vision « sioniste » des événements en Palestine biaise le factuel, lorsque les palestiniens sont seulement identifiés comme terroristes par exemple.

Retour en Suisse et dans la réalité des églises suisses romandes.

Nous savions que notre diplôme et nos spécialisations ne nous ouvriraient pas automatiquement une « carrière » dans l’institution (Les institutions en Romandie)

J’ai donc effectué un stage pastoral, 1ere étape avant l’engagement définitif. à la Télévision Suisse Romande, comme assistant d’André Junod, pendant 6 mois, et dans la Paroisse d’Anières-Vésenaz, pendant six autres mois. Sur la suggestion de Pierre Piguet je me suis inscrit pour un stage de trois mois au Centre de Recherche CREC AVEX à Lyon, qui ouvrait ses sessions de formation à « l’Audio-visuel et la foi » sous la direction de Pierre Babin OMI.

YYY pierrebabinPlus particulièrement orienté sur la production de photo montages sonorisés, j’y ai appris l’utilisation de la musique, des images symboliques, et de l’émotion nécessaire à la transmission d’un message.

Les cours donnés par Alain Baptiste et Claire Belisle, les créateurs du « photo langage » permettaient de comprendre la perception des observateurs et les interprétations multiples que les images suggèrent, et par conséquent la grande difficulté du choix des images à offrir dans la création audio-visuelle.

Le CREC a dans la suite développé une section Vidéo-TV, et ses sessions sont devenues annuelles en collaboration avec le Centre Catholique de TV de Suisse Romande (CCRT)

j’y ai été associé comme membre du Conseil d’administration en compagnie d’un représentant de la Fédération Luthérienne Mondiale qui subsidiait ses stagiaires à Lyon et dans le tiers Monde.

A la fin du stage pastoral genevois il fallait bien trouver du travail. Pour avoir une chance de succéder à André Junod (vaudois) il fallait être connu de l’Eglise Évangélique du Canton de Vaud. Elle finançait 51% au budget de la Conférence des Églises Romandes qui gérait la présence chrétienne protestante au sein de la Radio et de la TV.

P1060102 - CopieComme il n’y avait pas de poste à Genève, le choix a été vite fait. J’ai été accueilli dans le canton de Vaud comme auxiliaire pendant une année, pour me tester après de pasteurs estimés pour leur « sérieux » à la Cathédrale de Lausanne.

Entre temps j’avais rejoint la Commission devenue plus tard « Groupe de Travail » des églises protestantes pour les programmes de la TV romande, qui m’avait associé à ses délibérations à l’époque où j’étais encore étudiant. C’était un groupe de réflexion et de proposition pour la recherche de sujets et l’accompagnement du réalisateur. J’en suis resté membre jusqu’à la démission de Daniel Wettstein, j’étais alors le plus ancien collaborateur de l’équipe, et l’auteur du titre des émissions religieuses « Dieu sait quoi »

En 1974, j’avais organisé la diffusion TV du culte dominical depuis la paroisse de Dommartin, dont j’étais aussi pasteur, en y faisant intervenir laïcs, enfants, chorégraphie et musique plus contemporaines, avec un orchestre habitué à animer les célébrations d’Église en Fête aux Terraux à Lausanne.

La Vidéo dans les églises romandes :

Considéré comme compatible avec le corps pastoral vaudois, le Conseil Synodal m’avait proposé la Paroisse de Dommartin dans le gros de Vaud, avec un jour par semaine disponible pour accompagner les balbutiement des télévisions locales qui devaient s’ouvrir dans l’Ouest de Lausanne sous impulsion du directeur des services de l’électricité et de la diffusion par câble des programmes de Télévision.

Très rapidement avec le pasteur Laurent Bosshard ,nous avons pris conscience de la nécessité de travailler de manière œcuménique, et nous avons associé le CCRT qui a soutenu nos efforts avec la collaboration de l’abbé André Babel, ancien rédacteur en chef du journal Le Courrier, et par son collègue à la télévision Jean-Marc Chappuis.

Pour répondre à la demande des paroisses de l’ouest de Lausanne nous devions avoir une structure officielle pour représenter les églises auprès des instances politiques.

Communication CommunautaireCe fut la création de l’Association Comunication-Communauaire, service de formation des Églises de Suisse Romande, présidée par André Babel, dont je suis devenu l’animateur formateur.

Nous avions envisagé de préparer des laïcs à l’utilisation de la télévision comme moyen de communication local, en les rendant aptes à fonctionner comme journalistes, preneurs de son, cameraman, et réalisateurs. Nous savions que si des télévisions locales devaient se développer, elles ne seraient opérées que par des bénévoles du terrain, comme c’était le cas au Canada, pays pionnier en l’occurrence.

Pour faire connaître notre activité naissante, nos avons participé à « l’Antenne est à Vous », une émission créée par Claude Torracinta. Il donnait la parole à la télévision aux associations sans but lucratif : Notre exigence avait été de ne faire usage que de notre matériel du CCRT pour les 15 minutes du programme. Les techniciens de Genève nous ont dit que c’était impossible ! Les normes n’étaient pas compatibles.

Et si nous venions avec une cassette UMATIC alors en test à la SSR ? OK on peut essayer, mais c’est sans garantie !

Laurent Bosshard avait ses entrées à l’Hopital (CHUV) où un médecin avait eu l’idée de proposer d’utiliser le réseau interne pour diffuser des programmes de TV propres à l’hôpital. Un ancien de la TV romande, M.Nahoux était en charge du studio, et nous a tout de suite soutenu, en mettant à notre disposition son matériel, et notablement un enregistreur UMATIC. Nous avions nos bandes magnétiques Sony1/4 de pouce, et notre enregistreur, nous l’avons connecté à l’UMATIC. Après quelques ajustements de fréquence et de vitesse, nous avons pu faire le transfert, et livrer notre cassette à la TV à Genève… Sceptiques, les techniciens ont pris la cassette, apprenant que c’était un de leurs anciens collègues qui avait participé au transfert, ils acceptent de la mettre sur leurs appareils … et ça marche ! Je le savais, et j’avais réussi à prouver que c’était possible, comme me l’avait affirmé Pierre Binggueli le technicien Vidéo génial de Jean-Luc Godard chez qui nous achetions notre équipement.

Dans l’Ouest de Lausanne, nous avons pu animer les « places du village », les seules émissions en direct concédées aux églises, car dans la mémoire des vaudois, rien de bien dangereux ne pouvait sortir des églises dont la devise était : « Ces trois choses demeures « Prudence,prudence, prudence ».

Quand nous avons donné la parole aux grévistes et ouvriers de l’usine IRIL de Renens en direct… les autorités politiques ont décidé de mettre un terme aux « expériences de Télévision Locale dans l’ouest de Lausanne » …

P1060098 En déplacement avec la formation des pasteurs stagiairesCommunication Communautaire n’a dès lors pas cessé d’intervenir  dans la perspective du développement des TV locales : Fribourg, Sion, Yverdon. Lancy, Vernier.

Nous avions aussi lancé une Association Romande de TV Locales (VIDERO) qui s’est évanouie avec l’abandon des projets, peu soutenus par les édiles politiques et combattue par la SSR qui ne souhaitait pas perdre son monopole. L’association était aussi convoitée par les journaux locaux qui prétendaient avoir le monopole de la science journalistique : Devenus majoritaires, les « communautaires » ont disparu !

Ce qui est intéressant, c’est que quelques années plus tard, Jean-Marc Richard demandera aux « protestants » de s’associer à la création de la chaîne de TV de Lausanne pour lui fournir des programmes… ce qui a posé quelques problèmes à l’institution qui 15 ans avant avait dit que cela ne l’intéressait pas !

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Le studio à Fribourg

C’est dès lors en direction des services de catéchèses des églises que Communication Communautaire m’a orienté : Formation des catéchètes à l’utilisation de la vidéo encore balbutiante et lourde : L’École des Catéchistes de Fribourg, le Centre de Catéchèse de Lausanne, Les Supérieures Majeures de Suisse Romande, et la formation continue des ministres (pour les pasteurs) et la formation des stagiaires des églises de Suisse Romande, toujours en collaboration avec le CCRT qui fournissait le matériel : Caméras et enregistreurs.

Dès le début de nos expériences de TV communautaire, et mon engagement auprès du CREC de Lyon, le Département Missionnaire de Suisse Romande s’est intéressé à notre activité et sa responsable média Catherine Rapp s’est associée à notre conseil pour développer nos interventions.

Les enregistrements pédagogiques et itinérants.

Pendant mon stage à la TV, André Junod m’avait initié à la « captation » des célébration dans différentes églises de Suisse Romande. La demande des responsables de la « formation continue », suggérée par Jean-Marc Chappuis encore à Communication-Communautaire a été d’aller enregistrer des collègues un dimanche matin dans leur lieu de culte. Trois fois par année nous en avons fait un montage, et nous l’avons présenté aux sessions de Crêt Bérard, pour en faire l’analyse et proposer aux participants de s’y référer dans leur pratique dominicale – ou d’éviter les travers découverts !.

J’ai ainsi pu « scanner » le jeune Daniel Marguerat dans sa paroisse de campagne, mais j’ai aussi planté mes caméras à Morges, Vevey, Aigle pour tester les capacités pédagogiques de jeunes pasteurs comme Jean-Claude Basset, ou Hugo Baier, le père du cinéaste, etc.

Heureusement, nous avions en famille opté pour des vacances en Camping-Car, et donc je le transformais régulièrement en régie mobile…

Le nouveau catéchisme en 4 ans développé par les vaudois demandait une formation et une incitation à s’engager de la part des laïcs. Il fallait leur montrer que la tâche n’était pas surhumaine : Encore une fois ce furent une dizaine de séances catéchétiques enregistrées dans le Lavaux, Lausanne, le Gros de Vaud etc

Je ne partais jamais seul, naturellement, : Souvent le fils de mon collègue Laurent Bosshard (devenu Juge Fédéral) était le cameraman auxiliaire, comme René Knusel alors gymnasien, le politologue de L’université de Lausanne l’avait été avant lui.

Lors du Festival International de TV WACC-UNDA 1977 a Montreux, j’avais installé notre studio dans les couloirs du Centre de Conférence, après la « Rose d’Or », pour enregistrer et diffuser les débats des participants, et faire connaître nos activités.

Une autre occasion passionnante fut ma participation avec Communication-Communautaire, subsidié par WACC EUROPE, aux activités du Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus. Depuis 1974 et pendant plus de 15 ans, je montais un studio de TV dans les bâtiments de ce Centre de Rencontre, avec banc de montage et caméra portable : Au début la salle principale était aussi le plateau d’enregistrement de grands sociodrames, enregistrés à 3 caméras en continu. Ils étaient montés et présentés le soir comme un téléjournal. Puis avec l’acquisition d’un ensemble portable (encore bien encombrant) nous avions une équipe qui prenait des images dans tout le camp, dans toutes les activités, pour un téléjournal des événement de la journée. Il était diffusé en début de soirée à 20h°° comme de juste… Inutile de dire que le groupe « vidéo » ne participait pas souvent aux repas !

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A Vaumarcus, l’acteur trouve aussi sa place !

Une année, il n’y eut plus d’inscription à l’atelier vidéo : J’y renonçais pour commencer une activité de créateur de marionnettes à fils, qui dura 15 autres années.

Le local devient international

Par sa branche édition, le Département Missionnaire était membre de la WACC (Association Mondiale pour la communication Chrétienne) et le pasteur Claude Molla en était son trésorier européen. Découvrant que les médias communautaires n’étaient pas représentés au sein de cette organisation, il m’a proposé de le remplacer au comité comme trésorier.

Comme assistant d’André Junod, j’avais déjà participé au Festival International de TV à Salzbourg en 1973 et Brighton en 1975, Je connaissais déjà bien les membres de cette organisation qui ont accepté sans problème ma candidature, et les médias locaux dans leurs organigrammes.

P1060106Trésorier de WACC Europe avec la présidentePendant 25 ans j’ai assumé mes responsabilités de trésorier, et participé à l’organisation de festivals et de séminaires de TV spécialisés à travers l’Europe. J’ai aussi représenté l’organisation internationale au sein des rencontres des TV Francophones du Séminaire Farel et des sessions de créativités en Hollande, au Portugal, en Italie.

J’ai même reçu une mention pour la présentation d’une célébration réalisée avec les moyens de Communication Communautaire à la Paroisse de Lancy Sud où j’exerçais un ministère à mi-temps. Les enfants y célébraient un culte comme à la télévision … avec la télévision.

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Le Comité WACC Europe à Malaga

Comme membre du comité Exécutif de WACC-EUROPE, j’ai été associé à l’organisation des « séminaires des Radios d’Europe Latine » à Barcelone, Genève, Bruxelles, Paris et Rome.

Ma dernière contribution après 25 ans de responsabilités comme trésorier, en 1998 a été l’organisation du Festival WACC-UNDA à Toulouse, avec les responsables de Présence Protestante (présence relative) et du « jour du Seigneur » très efficace. Cette collaboration m’a permis, au cours de la préparation, de me retrouver comme « concélébrant » dans le cercle des prêtres, lors d’une rencontre de la Conférence des Évêques de France, invité par André Babel et Gabriel Nissim, comme pasteur et confrère dans la foi ! Le seul qui se soit étonné de ma présence, à l’issue de la cérémonie et dans la sacristie, était le délégué italien de la conférence Italienne qui ne connaissait pas cet habit sacerdotal noir a rabat dans sa collection de costumes religieux !

Et le projet de remplacer André Junod comme réalisateur à la TV romande?

La question s’est en effet posée lors de la nomination d’André à « Temps Présent ».

En 1988 J’ai posé ma candidature après en avoir longuement discuté avec Line, mon épouse : La fonction de réalisateur implique des absences fréquentes de la maison pour deux trois jours – c’était déjà le cas pour mes engagements internationaux mais une ou deux fois par année.

J’ai aussi souligné que les églises devaient prendre en considération que la formation que je dispensais en Suisse Romande dans le domaine des médias communautaires, ne seraient plus assurées, car mon emploi du temps ne me le permettrait pas. Il y aurait bien un avantage à prendre ma candidature en considération dans la mesure où ma formation me donnait une certaine avance et permettait un gain de temps dans la période probatoire à la Télévision. Tout autre candidat(e) devra suivre deux ans de formation avant de pouvoir être opérationnel.

Les instances de la Conférence des Eglises Romandes ont (sans doute?) pesé le pour et le contre. Eric Fuchs, le délégué genevois, a insisté sur le fait que tous ces postes ont été occupés par des hommes, et qu’il était temps d’y désigner des femmes puisqu’il y avait une candidate. Loyse Andrée Gretillat a donc été la réalisatrice de talent pendant de nombreuses années, gagnant des prix dans divers festivals.

A cette occasion, sans regret, je me suis rendu compte que j’aimais mieux enseigner ce que je savais que réaliser des programmes.

Communication-Communautaire ou pas ?

Libéré de la perspective Télévisuelle, en 1989 nous allions devoir développer les activités de Communication-Communautaire qui débordaient largement de mon emploi du temps partagé avec la paroisse de Dommartin.

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La caisse de la régie provisoire

Nous avions envisagé une régie mobile dans une camionnette pour organiser des stages dans différents lieux, ma voiture étant trop petite pour transporter tout le matériel, et ma famille en ayant également l’usage, la réclamait en priorité.

Il y avait une évaluation de mon activité en cours et j’ai mis en évidence la difficulté de poursuivre cette double activité sans risquer de compromettre ma santé et ma famille.

Comme il y avait une forte demande de la part des Eglises Romandes où les vaudois avaient une voix prépondérante, j’ai proposé que je puisse travailler à mi temps pour une paroisse et à mi temps pour le développement des médias. Si je devais assumer un poste pastoral à plein temps, je serai dans l’obligation de donner ma démission de l’Eglise Vaudoise.

Quelques temps au paravent, Avec mon collègue Laurent Bosshard qui était aussi un des initiateurs d’Amnesty International en Suisse., nous avions découvert des travailleurs clandestins dans des chantiers de l’ouest de Lausanne, dirigés par des notables locaux. Communication-Communautaire assumait la promotion des programme d’Amenesty en vidéo. Nous avons informé la presse. Cela a beaucoup indisposé Jean-François Chaudet, fils d’un ancien conseiller fédéral et notablement membre d’une association d’extrême droite « Libertas »…Il avait également, comme membre du Conseil Synodal de l’EERV, déclaré que Laurent Bosshard et moi ne pouvions plus être pasteurs de cette église !

Donc la décision me concernant a été de me confirmer dans un poste à plein temps et donc de me donner le choix de ne pas rester ou partir !

Le lendemain de la décision, à 8h du matin je recevais un téléphone de Gerda Ferrari, paroissienne de Lancy Sud à Genève, qui me demandais si je voulais bien succéder à Bernard Buunk dans cette paroisse un peu différente dans le contexte genevois, très internationale et œcuménique… Nous avions évoqué cette éventualité quelques mois auparavant avec Line comme un rêve irréaliste…

Laurent est décédé d’un accident de montagne peu après, Monsieur Chaudet a été satisfait !

L’installation d’un studio à Genève

1979, grand changement, nous quittions la campagne vaudoise pour le grand ensemble des Palettes et cette nouvelle paroisse, avec cette fois-ci un statut clairement défini : Je ne travaillais pour l’Eglise Protestante de Genève qu’à mi salaire et mon épouse prenait l’autre demi poste, afin de me permettre de poursuivre mes activités internationales et d’animateur de Communication-Communautaire sans devoir en rendre compte à personne d’autre que le comité et l’assemblée générale qui m’avait soutenu fidèlement.

Les avanchets

Cité des Avanchets

Il s’agissait donc de trouver un local assez grand pour y monter un studio permanent de formation à Genève…mais j’étais assez démuni pour ce genre de démarche. Heureusement mon président, André Babel qui tenait à poursuivre nos activités dans les meilleures conditions, a prospecté dans les paroisses catholiques et a découvert un local qui conviendrait parfaitement dans le Centre Œcuménique des Avanchets.

J’y avais passé une année avant, pour présenter le principe des télévision communautaire. Une expérience de ce genre allait se faire dans la commune de Vernier, avec la collaboration du pasteur Jean-Jacques Buard.

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André Babel Directeur du CCRT

Je ne sais pas ce qui a été négocié avec la paroisse « mère » de St PieX : Lors de notre séance du comité de novembre 1979 (?) André Babel nous annonce qu’il a trouvé un local, et que « l’Action de Carême des Catholiques de Suisse » accepte de l’aménager, je n’ai qu’à donner mes directives . 100 m2 divisé en une vaste sale de régie, un plateau studio au sol en résine pour permettre aux caméras de rouler sans heurts, une baie vitrée entre la régie et le studio, et des canaux pour passer les câbles, des cintres pour l’éclairage.

Je trouve un ensemble de sièges confortables, une table pour le studio, des praticables garnis de tissus pour le décor.

Il nous faut encore quelques ressources pour un banc de montage, c’est le début des enregistreurs à cassettes VHS et nous aspirions à monter en qualité sur UMATIC comme la grande TV

Pour répondre à la générosité de l’Action de Carême, Jean-Marc Chappuis devenu entre temps vice recteur de l’université va solliciter un de ses amis d’enfance, banquier privé genevois qui va nous octroyer 20’000.- de subvention .

Grâce à ce don, nous avons pu nous équiper du banc de montage VHS-UMATIC dont nous rêvions, et les micros et table de mixage indispensable.

J’avais monté le système de communication interne entre la régie et les caméras à partir de pièces détachées et de plans que m’avait fourni mon beau frère, notre système était aussi performant que celui de la TV, et je n’en était pas peu fier !

Nous avons pu organiser assez régulièrement des sessions de créativité télévisuelle pour les paroisses genevoises, ainsi que des sessions de perfectionnement pour des personnes engagées dans l’église qui souhaitaient améliorer leurs manières de s’adresse au public.

Le studio a également été utilisé par des membres du COE pour préparer des cassettes afin de présenter des programmes dans des conférences où ils ne pouvaient se rendre.

Nous avons également réalisé des sujets pour présenter des activités, lors des assemblées d’églises annuelles. Nous avons pu collaborer avec Charles Devaud à la diffusion de la « bonne parole », au moment où les paroisses catholiques genevoises étaient consultées sur l’opportunité d’avoir un « évêque de Genève » : Cela intéressait particulièrement André Babel, dont la famille avait fui la ville le 21 mai 1536 pour ne pas porter atteinte à l’unanimité du vote en faveur de la réforme : André ne souhaitait pas le retour d’un évêque dans la seule église locale qui était « un peu » démocratique.

En 1981 Je suis encouragé par mon Professeur JM Chappuis, à poursuivre le cursus en vue d’un doctorat en relation avec les médias, à la Fac de Théologie de l’Université de Genève. Il décroche pour moi un poste d’assistant pendant six mois comme chargé du cours d’introduction aux médias électroniques. Je participe activement aux séminaires post grades des Fac de théologie de Genève et Lyon jusqu’au décès du professeur Chappuis. Même si Mgr Bourgeois me propose de poursuivre à L’université Catholique de Lyon, j’y renonce : Le successeur de J-M Chappuis est à peine plus âgé que moi et je ne me vois pas briquer un poste dans une autre université : ses intérêts sont totalement étrangers aux médias. Je m’en rend compte à la séance suivante du séminaire post grade, dont le programme était centré sur la liturgie de Calvin comme source de la tradition genevois… lanlaire !

Développer les médias communautaires à Genève

A peine arrivé à Genève, je suis sollicité pour devenir membre du Consistoire, dans ce qui et appelé à l’époque le « Collège Unique », soit des représentants attentifs a des aspects de la vie de l’Eglise qui ne sont pas pris en compte par les délégués paroissiaux.

En l’occurrence, il s’agira de mettre sur les rails une commission du Consistoire pour étudier les perspectives offertes par les nouveaux médias qui se développent : Radio-TV et pas encore vraiment l’informatique, utilisée seulement pour l’administration.

texte pour cbov

Le rapport présenté au Consistoire

Nous y travaillons assidûment pendant deux hivers et nous présentons un rapport rouge, même illustré. Nous animons sa présentation au Consistoire avec un montage audio-visuel.

Nous y suggérons de subventionner le studio de Communication Communautaire comme lieu de formation, et d’investir dans l’utilisation dans les paroisses des nouvelles technologies : téléprojecteurs et magnétoscopes, et d’améliorer notablement les techniques de sonorisation des édifices religieux qui sont d’une manière générale terriblement déficientes. Naturellement qu’il s’agit également de mettre du temps à disposition, et j’étais disponible à cet effet.

La discussion a été intéressante, jusqu’à l’intervention du délégué de Carouge qui a déclaré texte pour cbovpéremptoirement que tout cela était bien joli, mais n’était qu’une opinion, et qu’on pouvait en avoir une autre et que par conséquent, il proposait de renvoyer les décisions au bon vouloir des autorités exécutives…. Voté c’est pesé !

Trois mois plus tard, nouvelles élections au Consistoire, le responsable des candidatures me demande de me retirer : il y a un « gros projet de célébration pour l’an 2000 » et ils ont besoin du siège pour celui qui doit porter le projet. Je laisse ma place à mon ami Maurice Graber, et notre rapport sera « schubladisé » jusqu’à ce jour, comme on dit en Helvétie.

Chrétiens pour l’an 2000: Palexpo, 27-30 novembre 1986

c2000 P1060104 - CopieTraversant une période un peu difficile en paroisse, je suis encouragé à prendre quelque distance, et je m’engage comme « photographe » dans une agence de presse catholique et je « couvre » la manifestation monstre organisée par les Églises à Palexpo.

J’avais réalisé pour l’Eglise Protestante un programme vidéo de présentation des projets de l’église pour une « pastorale » renouvelée, et un montage audio-visuel sur le thème de la résurrection à partir des questions des sadducéens à Jésus.

c2000P1060087 - Copie

Palexpo espère une église vivante

Un matin tôt, dans le Hall de Palexpo encore vide, je sens une main se poser sur mon épaule : « Je sais ce que tu traverses, je prie pour toi … » C’était Mgr Pierre Mamie, l’évêque de Genève Lausanne et Fribourg, arrivé un peu tôt pour la manifestation.

Le 1er avril 1990 nous organisions une célébration autour du thème des « poissons » dans le Temple des Pâquis avec mes collègues Jill Bohning et Jean-Jacques Buard.

La mise en scène liturgique profitait des circonstances de la date : Humour, événement, et utilisation de l’espace que nous souhaitions réformer pour en faire un lieu cultuel et culturel. Nous en avions profité pour l’enregistrer, avec une caméra, faute de moyens supplémentaires, et avec le talent de Marc Bohning, le fils de ma collègue aujourd’hui physiothérapeute. Le résultat a été présenté lors de divers séminaires liturgiques comme un exemple de créativité. (Un CD est disponible pour les amateurs!)

A la même époque le Conseil Fédéral commence à réagir à toutes les sollicitations pour l’ouverture des concessions de radio privées en suisse, alors qu’elles foisonnent autour du bassin lémanique : Radio-Thollon, alimentée par des programmes venant de Lausanne et Radio 74 qui diffuse en anglais depuis le Salève et s’adresse principalement au public international genevois, avec une orientation religieuse évidente et adventiste !

Finalement le feu vert est donné par l’OFCOM, il faut déposer des dossiers de candidatures à Berne et une dizaine de concessions seront accordées, dont trois du côté du bassin lémanique.

Le pasteur André Laporte, un vieux compagnon de équipe de TV appelle Richard Schneider le secrétaire exécutif de l’EPG pour lui suggérer de déposer une demande de concession. Richard est à l’affût de nouvelles manières de faire connaître les activités de l’EPG et donc d’améliorer ses ressources. Il avait déjà organisé des campagnes d’affichage originales et m’avait associé à la réflexion.

André me contacte également, connaissant mes relations avec les radios locales à travers les rencontres de la WACC, et je le supplie de faire cause commune avec les catholiques.

OK une demande de concession commence à être rédigée en répondant techniquement aux question fédérales, mais sans vraiment aborder ce qui fait le succès des radios chrétiennes dans le monde : Leur indépendance commerciale, leur ouverture à toutes les opinions, et leur défense des droits humains, de la vérité et de la charité. Il ne s’agit pas seulement de gagner des auditeurs pour les annonceurs qui payeront les frais de la radio.

Je reçois le texte de Richard Schneider, et je le complète avec les sources que je peux trouver après de mes amis de la WACC.

La question œcuménique est au centre des préoccupation des autorités ecclésiastiques des deux cotés : Comment garantir l’équilibre. Un groupe se réuni au Gd Lancy chez nos amis Catholiques Chrétiens et nous en débattons : Qui sera responsable de la parole proférée ? Va-t-on prendre le modèle de Radio Notre Dame à Paris qui concède des heures à « Fréquence Protestante »ou des programmes qui donneront une heure aux Cathos, une heure aux protestants et une demi-heure aux Vieux Catholiques…et quelle sera la place des Juifs. Radio-Salève donne déjà dans la culture arabo-musulmane, c’est bien ainsi.

Je propose de mentionner dans la concession que c’est « la radio des chrétiens de la région genevoise » sans préciser et en laissant à chaque intervenant la responsabilité de sa parole, sous réserve d’une charte acceptée. Mon souci est de laisser aux uns et aux autres la possibilité d’exprimer des points de vue qui ne sont pas forcément conformes à la dogmatique de l’une ou l’autre des églises. Je suis soutenu dans cette proposition par l’Abbé Henri Nicod (Cath Rom) et le curé Franz Murbach (Vxcatho) qui ne plaît pas à l’unanimité mais qui remporte l’adhésion de la majorité.

La concession sera demandée par les trois églises, au nom des chrétiens de la région genevoise et la demande est envoyée à Berne.

Le groupe Tamedia convoque les responsables de la demande de concession et nous annonce tout candidement que les églises n’ont aucune chance dans le contexte actuel. Elles n’auront jamais les moyens de leurs ambitions, et ils nous proposent de nous joindre à eux, de renoncer à notre demande de concession moyennement quoi, ils nous permettront de diffuser des messages religieux à « doses homéopathiques ».

Ils sont tout surpris de notre refus : Ils croyaient être d’une générosité sans borne.

RAdio Cité

Radio-Cité 1 Rue du Valais

Quelques semaines plus tard la décision tombe, le courrier est adressé à Richard Schneider qui s’est chargé au nom des trois églises d’envoyer la demande : Il appelle le vicaire Épiscopal Fernand Emonet pour lui annoncer la nouvelle: « C’est la tuile, on a la concession », la seule concession accordée à un mouvement religieux : Elle a été retenue à cause de son ouverture au monde…

Les autorités ecclésiastiques genevoises n’avaient pas cru la chose possible et donc une fois la demande envoyée, on était retourné aux affaire croulantes…

Un animateur vedette de la radio Romande et juste à la retraite, sollicité par Henri Nicod accepte de préparer une grille de programme. On cherche des locaux, trouvés à la Rue du Valais. Au cours d’une rencontre de l’UER à Monte-Carlo où va se renseigner Richard Schneider(?) Il décroche un directeur qui semble avoir des idées… Une grille de programme est préparée. Le génial retraité déclare forfait. On cherche des sponsors, on se lance avec un budget sans doute disproportionné, mais on compte et sur la nouveauté et sur l’engouement des genevois pour une radio originale… qui ne le sera pas vraiment.

Après quelques mois, le directeur est viré, Jean-Jacques Buard relève le défi, et licencie le personnel. L’équipement est entassé dans les sous-sol du Centre Paroissial de la Jonction, Les « autorités » demandent à L’OFCOM de suspendre momentanément la concession.

Quelques anciens se retrouvent engagés par la Radio-Romande et sont reconnus pour leurs qualités comme Madeleine Caboche.

J’ai proposé bénévolement et épisodiquement des émissions sur des sujets qui m’intéressaient, les trois premières émissions ont passé sans que je sache quand !!

Puis Jean-Jacques m’a dit: « Ne te fatigue pas l’émetteur est muet »

Quelques semaines plus tard, téléphone d’Olivier Chanson, il m’annonce qu’un groupe de bénévoles, avec son collègue Monneron, des enseignants pour la plupart, regrettent de voir une concession offerte aux églises abandonnée et se proposent de relancer la radio sur des bases totalement différentes, Un fonctionnement essentiellement bénévole basé sur des contributions volontaires au programme, et avec un système automatique qu’il se fait fort d’organiser…Il m’appelle pour me demander si ce projet d’une radio m’intéresse toujours et si j’ai une idée pour un local …

P1060089 - Copie

Radio-Cité aux Avanchets

Le studio de Communication Communautaire est certainement utilisé, mais pas assez à mon goût, faute de temps et aussi d’une promotion. Je le maintiens à flots avec un budget serré, mais sans plus. Je consulte le comité qui répond unanimement « Notre objectif est d’être au service des communautés, nous devons être conséquents et permettre à Radio-Cité de continuer chez nous »

R6T

Radio-Cité 2 Avanchets et Carouge

Radio Cité s’installe aux Avanchets dans la partie « plateau » et va fourmiller d’activité et de jeunes journalistes qui deviendront célèbres comme Darius Rochebin , Joël Grivel….

Les séquences d’émissions sont de 55 minutes au maximum, relayées par un tapis musical aléatoire nourri par des CD..

Dès la première semaine je livre une bande magnétique de 55 minutes contenant un sujet sous le titre « Comment ça va ? » qui sera aussi bien une question adressée à Marie-Madeleine, à Jean Calvin, ou au directeur de la radio des vallées Vaudoises d’Italie qui ont diffusé mes émissions pendant dix ans.

Du 14 avril 1987 au 2 septembre 2004 j’ai livré 760 émissions originales à la radio avec 8 reprises l’été….la dernière émission qui devait être celle de la reprise n’a jamais été diffusée : Quand j’en ai demandé la raison j’ai reçu la réponse suivante : « Vous ne faites plus partie de la grille des programmes ! »

Il faut dire que les églises au lieu de soutenir leur radio comme un fleuron de leur présence, comme l’ont fait la plupart des églises dans le monde.Les églises ont acquis par là une notoriété et une réputation exemplaire d’objectivité et de liberté. Les églises genevoises ont seulement constaté qu’il y avait pas plus de monde le dimanche dans les édifices religieux et que cela coûtait de l’argent…dont on ne savait pas trop à quoi il servait.

Quand j’ai demandé à des membres de l’autorité ecclésiastique, conseillers ou consistoriaux, ce qu’ils pensaient de leur radio, la réponse était généralement : « Je n’écoute pas la radio et donc pas plus radio-Cité qu’une autre ! »

L’estimation de mon taux d’écoute variait entre 400 et 6000 auditeurs toutes les semaines selon le moment de la grille horaire, qui a pas mal varié pendant ces 17 ans. J’ai touché chaque semaine plus de monde que je n’en aurai jamais un dimanche matin, et c’est valable pour la plupart de mes collègues collaborateurs de la radio.

A l’été 2004, les conseils des Églises protestantes et catholiques, et au regret de l’Eglise Catholique Chrétienne, ont renoncé aux subventionnements de la radio, les recherches de sponsors extérieur n’ont rien donné (Quand le directeur de Globus a demandé à un membre du Conseil de l’Eglise Protestante s’il pouvait subventionner Radio-Cité, la réponse a été « Vous n’allez pas soutenir un projet sans espoir ! » )

Les derniers directeurs, un ancien de la Radio Romande et des Imprimeries réunies de Lausanne en particulier, a été écœuré des réponses des églises. Il a décidé de laisser tomber… dans l’escarcelle de Mme de Witt directrice maladroite de la Foire de Genève, qui a cru pouvoir faire de la radio la porte parole de l’économie qu’elle croyait représenter, en engageant des « pro de la communication » qui ont vite abandonné le navire et en se débarrassant des bénévoles qui fournissaient l’essentiel du programme.

Claude Torracinta disait que Radio-Cité était la pire radio sur le plan technique, mais la meilleure pour le contenu !

Au cours de ces années j’ai perfectionné mes techniques de production, commençant avec un enregistreur à K7, puis un Studer professionnel et finalement directement sur ordinateur, avec des reportages en Israël, en Hollande, en Angleterre, des interlocuteurs évêques, comédiens, médecins, journalistes, pensionnaires de Maison de retraite, des confrères pasteurs, prêtres, religieuses, mais aussi j’ai raconté des histoires suscitées par des rencontres fortuites, des préparations de services funèbres, des témoignages d’anciens. Des récits de voyages, des « road stories » entre Genève et le désert du Nevada au 19e siècle, l’histoire du quartier des Pâquis vu par une famille sur plusieurs générations. J’ai abordé la question du mariage des prêtres en pensant à quelques amis en particulier, aux aberrations de certaines prises de positions dogmatiques :j’ai été accusé d’anti protestantisme primaire, et réciproquement d’anti catho invétéré. J’ai fustigé les politiques, et raconté des dérives individuelles involontaires et la méchanceté des familles, sans oublier l’harmonie d’autres histoires familiales proches des contes de fées.

C’était extrêmement stimulant:j’écrivais dans le train, en avion, en vacances ces histoires que je racontais sur un tapis musical issu de notre collection de disques, duement répertorié et minuté pour la Suiza, dont les fiches d’accompagnement finissaient sûrement dans la corbeille à papier de la Radio… mais je les ai encore toutes !

Les textes bibliques ont été également une source importante de sujets suscités par les célébrations que je devais présider, et les études bibliques préparées en fonction de l’émission en projet.

Quand je n’ai plus eu d’émission à réaliser en septembre 2004 cela m’a fait un grand vide

et j’ai pris conscience que le temps de la retraite arrivait.

La fin des projets de TV communautaires.

A la fin des années 1990, Radio-Cité a trouvé des nouveaux locaux dans les combles de l’immeuble paroissial de Carouge ( qui avait remplacé le bâtiment original du théâtre de Carouge!) le studio des Avanchets redevenait disponible pour la vidéo et la TV. Entre temps les caméras se sont miniaturisées, il y en avait une dans chaque foyer.

Il n’a avait plus tellement d’intérêt pour les cours d’écriture de scripts. La production religieuse s’étoffait au point de couvrir presque tous les besoins de la catéchèse.

Il fallait prendre une autre direction : La professionnalisation des moyens de production, qui n’était pas encore à la portée de tout le monde sur son ordinateur personnel.

J’ai posé la question avec le Comité de Communication Communautaire à l’Assemblée Générale qui a suggéré de demander aux Églises quelle serait leur avis sur la question..

Radio-Cité fonctionnait en vitesse de croisière, modestement mais sûrement, il était question de TV locales à nouveau : TéléMont-Blanc arrosait (un peu) Genève, ceux qui ont développé « Léman Bleu » s’affairaient déjà et on savait que les programmes seraient les premières sources de souci des détenteurs de concessions – c’est toujours le cas.

Donc si les église pouvaient proposer des programmes, ils seraient sûrement diffusés.

Avec patience, nous avons pris contact avec la Conférence des Églises Romandes qui nous a répondu qu’en pleine restructuration des médias, ils ne pouvaient se prononcer. Les catholiques par l’intermédiaire des contacts que nous avions par le CCRT ont répondu « Si les églises protestantes s’engagent, on suivra : ils ont les ressources de « Miséréor » la fondation allemande pour la promotion religieuse et la mission, et Mgr Folley au Vatican qui soutenait tous les projets de nouveaux médias, sachant que ce serait là le meilleur canal pour diffuser l’Evangile et … peut être une meilleure image des églises…

La réponse a été claire, et sèche : « On a besoin de rien, nous n’avons pas besoin de vous, inutile d’insister ». Nous étions fin novembre 1999: J’ai dit OK donc si vous n’avez plus besoin de nous, et de moi en particulier, je donne ma démission pour le 1er janvier 2000 et je laisse Comunication-Communautaire à qui veut bien l’administrer !

Michel Eberlé diacre de l’Eglise de Genève et Jean-Jacques Buard, et sans doute un collègue catholique se sont chargés de vendre, répartir le matériel, vider le studio et ses archives et mettre un terme à l’association .

Pendant encore deux ans j’ai reçu des téléphones de pasteurs, de communautés qui me demandaient si je pouvais organiser une session de formation, faire un enregistrement, ou mettre du matériel à disposition …  « Désolé : Vos autorités ont décidé que c’était inutile ! »

Dès ce 1er janvier je n’a plus touché une caméra de vidéo ni participé à aucune réalisation de TV. J’ai également remis mon mandat à la WACC et attendu le départ du directeur des émissions protestantes de TV, Daniel Wettstein, pour quitter ce bateau occupé depuis 1967…sans un mot de reconnaissance des églises protestantes.

Mes amis catholiques du CREC, du CCRT , du « Jour du Seigneur » (A 2) eux ne m’ont pas oublié, et cela me réchauffe le cœur toutes les fois où un e-mail, une carte, me rappelle les bons moments.

André BabelAndré Babel est aussi décédé : il fut un compagnon fraternel et fidèle, sans qui sans doute je n’aurai pas eu le parcours que j’ai pu avoir dans les médias … et aussi dans l’Eglise Catholique Romaine où quelques niches m’accueillent toujours avec affection et où je me sens bien, solidaire d’une « autre » église en devenir.

La page tournée j’ai pu consacrer mon temps à ma dernière passion : La gravure et l’Atelier du Poisson Bouge.

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